Contre-Regards

par Michel SANTO

Articles marqués avec ‘Culture’

Fleur Pellerin: “Un ministre, en 2014 ou en 2015, n’est pas quelqu’un qui est payé pour lire des livres chez soi.”

Capture d’écran 2014-12-14 à 10.36.25Jeudi matin , sur France Info : «Un ministre, en 2014 ou en 2015, n’est pas quelqu’un qui est payé pour lire des livres chez soi. C’est vrai que c’est important, mais je pense que ce que les Français, les auteurs et les artistes attendent de moi, c’est que je défende leurs intérêts. Un ministre de la Culture doit défendre la culture et non sa culture.» Sur le fond, elle n’a pas tort. On ne demande pas au ministre des transports de savoir conduire un TGV, comme à celui de la Défense de piloter un Mirage. Mais à suivre son raisonnement on pourrait en conclure  que, pour défendre la Culture, il n’est pas nécessaire d’en posséder et d’en entretenir quelqu’une, la sienne ou celle que l’on présente en général comme commune.

Chronique de Narbonne : pousser une porte avec Francis Ponge …

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Rue Michelet : Narbonne .

 

“Les rois ne touchent pas aux portes. Ils ne connaissent pas ce bonheur: pousser devant soi avec douceur ou rudesse l’un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place, — tenir dans ses bras une porte. Le bonheur d’empoigner au ventre par son nœud de porcelaine l’un de ces hauts obstacles d’une pièce; ce corps à corps rapide par lequel un instant la marche retenue, l’œil s’ouvre et le corps tout entier s’accommode à son nouvel appartement. D’une main amicale il la retient encore, avant de la repousser décidément et s’enclore, – ce dont le déclic du ressort puissant mais bien huilé agréablement l’assure.”

Francis Ponge, Le parti pris des choses, 1942.

Le poids de la “culture” n’est pas celui dont il est fait état .

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Deux études commandées par d’honorables institutions culturelles (CNC, SACEM, etc.) présentent les industries culturelles comme un poids lourd de l’économie française : 75 milliards d’euros selon l’étude d’EY (Ernst and Young), plus que les télécommunications, la chimie ou l’automobile. Et , dans l’ambiance du moment où les intermittents du spectacle et les différents acteurs de la filière occupent le devant de la scène, sont régulièrement exhibées par les intéressés pour s’opposer à toute remise en cause des politiques publiques dont elles bénéficient. Sauf que ce résultat est fondé sur d’énormes erreurs économiques qui se cumulent pour surestimer de façon considérable (de 2 à 7 fois…) la vraie taille économique de ces industries culturelles.

Chez ma boulangère, on trouve aussi de bons livres …

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Chez ma boulangère et mon boulanger, j’y achète les meilleurs pains de Narbonne et de ses environs. Je vous l’ai déjà dit lors d’une précédente chronique, et n’insisterai donc pas au risque de paraître un peu trop complaisant.

Ce n’est pas la qualité de leurs viennoiseries que je voudrais aujourd’hui vanter, ni celle de leurs pizzas ou de leurs quiches! Non, c’est plutôt du petit tas de bouquins que l’on trouve en entrant sur sa droite dont il sera question: un hétéroclite dépôt de livres  alimenté par d’anonymes donateurs  ! 

Ce matin donc, figurait en bonne place une histoire de l’archéologie à couverture jaune de la collection “Que sais-je”, quelques polars de France-Loisirs, un  “poche” de Benoîte Groult, et d’autres encore dont j’ai oublié les titres et les auteurs. Et au milieu de cet ahurissant assemblage, une superbe image, une de celles que nous offre habituellement la maison d’édition “Actes Sud”. En l’occurence celle de la page de couverture d’un ouvrage et d’un auteur qui m’étaient jusqu’alors inconnus.

Un printemps et tout un été avec Antoine Compagnon et son Montaigne …

Un printemps et tout un été avec Antoine Compagnon et son Montaigne ...

Dan son merveilleux petit livre à l’usage de toutes les générations, Antoine Compagnon nous dit de Montaigne qu’il multiplie sans cesse les points de vue dans ses tentatives de saisir un monde lui-même plein de paradoxes et d’incohérences. Seule en effet l’illusion peut nous faire croire que nous irons au bout d’un sujet. Allant de-ci de-là, abordant toute chose par un petit côté, Montaigne n’écrit pas comme si c’était pour de bon, sérieusement, définitivement, mais en suivant son bon plaisir, en se contredisant à l’occasion, ou en suspendant son jugement si la matière est intraitable ou indécidable. Mon identité est instable ! nous enseigne -t – il . Montaigne n’a pas trouvé de « point fixe », mais il n’a jamais cessé de chercher…

Un printemps et tout un été avec Antoine Compagnon et son Montaigne ...

« Je festoie et caresse la vérité en quelque main que je la trouve, et m’y rends allégrement, et lui tends mes armes vaincues, de loin que je la vois approcher. Et pourvu qu’on n’y procède d’une trogne trop impérieusement magistrale, je prends plaisir à être repris. Et m’accommode aux accusateurs, souvent plus, par raison de civilité, que par raison d’amendement : aimant à gratifier et à nourrir la liberté de m’avertir, par la facilité de céder » (III, 8, 1447).

Emplacement 113 sur ma liseuse Kindle

Un printemps et tout un été avec Antoine Compagnon et son Montaigne ...

Il conseille aussi aux puissants de ne pas se prendre trop au sérieux, de ne pas « coller » entièrement à leur fonction; qu’ils sachent garder un certain sens de l’humour et de l’ironie. Et Antoine Compagnon de noter ( emplacement 700 Kindle):

" Si Montaigne, une fois élu maire, n’a pas joué à l’Important – comme disait le philosophe Alain –, il n’en a pas moins exercé toutes les prérogatives de sa charge avec fermeté, contrairement à ce que l’on a pu laisser entendre en le prenant au mot. Nul éloge de l’hypocrisie quand il demande que l’on isole l’être du paraître, mais une exigence de lucidité et, avant Pascal, une mise en garde contre la duperie de soi-même. "

Bonne lecture !

Un printemps et tout un été avec Antoine Compagnon et son Montaigne ...