Contre-Regards

par Michel SANTO

Tourisme : La Cour des Comptes critique, malgré les efforts, le « déficit d’attractivité » du Languedoc-Roussillon

Le rapport annuel de la Cour des Comptes 2018 vient d’être publié. Comme chaque année il est abondamment commenté. Le tourisme en Languedoc-Roussillon figure au sommaire de cette édition. La Cour des comptes, à plusieurs reprises, a relevé les insuffisances des politiques touristiques régionales et l’examen de la politique touristique conduite en Languedoc-Roussillon entre 2010 et 2016 corrobore ces constats. De cette analyse approfondie j’ai retenu les points suivants :

1 – Le contexte général.

Le Languedoc-Roussillon dispose d’atouts touristiques indéniables, fondés sur son climat, sa façade maritime, ses massifs montagneux, sa diversité paysagère, ses six sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco et ses parcs naturels.Son aménagement touristique doit beaucoup au volontarisme de l’État pendant deux décennies, de 1963 à 1983 : la mission interministérielle « Racine » a favorisé la mise en valeur du littoral languedocien. L’action de l’État visait à offrir un nouveau pôle touristique afin de contrebalancer l’influence de la Côte d’Azur et de l’Espagne vis-à-vis du nord de l’Europe et du reste de la France. En vingt ans, de grands travaux d’équipements ont été réalisés sur les 250 km de littoral, la zone a été démoustiquée et cinq grandes stations touristiques ont vu le jour. L’initiative privée a pris le relais en développant un parc important de résidences secondaires et près de 530 000 lits marchands, en camping pour l’essentiel (65 % de l’offre contre 51 % en moyenne en France).

En 2015, le tourisme participe pour 12,7 % du PIB du Languedoc-Roussillon, comme en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

2 -Des taux d’occupation inférieurs aux moyennes nationales.

Plusieurs indicateurs révèlent la faible compétitivité du secteur.

  • Le nombre des nuitées en hébergement marchand s’élevait à 34 millions en 2015. Sa progression, de 4,5 % depuis 2010, supérieure à la moyenne nationale (3,9 %), est exclusivement liée au dynamisme de l’hébergement en camping (+ 8 % sur la période). À l’inverse, la fréquentation stagne dans l’hôtellerie et les autres hébergements touristiques.
  • Alors que la région PACA bénéficie d’un taux moyen d’occupation de 46,2 %, la France métropolitaine de 44,3 %, la région Languedoc-Roussillon affiche 42,4 % en 2015. En 2016, la capacité d’hébergement touristique est estimée à 2,2 millions de lits dont les trois quarts en résidences secondaires. Or, celles-ci ne sont occupées que 42 jours par an en moyenne, obligeant les collectivités à un effort d’équipement et de services publics correspondants, surdimensionné par rapport à la population résidente en permanence. Le logement en résidence secondaire représente 60 % des nuitées touristiques. Il s’agit en partie de petites surfaces (un tiers compte moins de 35 m²) situées dans des immeubles collectifs, dont la réhabilitation est lente. L’hébergement hôtelier, de faible qualité et comportant peu d’hôtels haut de gamme, n’est pas adapté aux exigences d’espace et de confort de la clientèle, notamment internationale.La qualité de service et d’accueil ne répond pas suffisamment aux attentes des touristes. Ces lacunes limitent l’attractivité de la destination, désormais en concurrence avec d’autres pays du bassin méditerranéen ou d’Europe de l’Est.

3 – Une clientèle peu diversifiée.

  • La clientèle étrangère, qui ne représente qu’un quart des nuitées, est en baisse. Elle est moins nombreuse que dans les autres grandes régions touristiques. Les flux de passagers des cinq aéroports sont nettement moins importants que dans les régions limitrophes (PACA, Aquitaine).
  • L’activité de croisière demeure encore très réduite. Port-la-Nouvelle n’opère pas de transport de passagers, Sète et Port-Vendres n’accueillent chacun qu’une vingtaine d’escales par an avec moins de 10 000 passagers340. D’importants investissements sont prévus à Sète (gare maritime) et Port-Vendres (3ème quai) alors même que les enjeux de stratégie, de concurrence et de gouvernance ne sont pas encore maîtrisés

4 – Un tourisme très saisonnier et concentré sur le littoral.

  • La saison touristique, de mai à septembre, est un élément structurant de l’activité économique en Languedoc-Roussillon. Cette forte saisonnalité, particulièrement marquée sur le littoral avec un taux de 32 % contre 19 % au niveau national, constitue également une contrainte forte. Au cours de l’année, l’emploi touristique fluctue entre 5 à 10 % de l’emploi régional.

5 – Des sites culturels insuffisamment mis en valeur.

  • Le Languedoc-Roussillon peut se prévaloir d’un tourisme culturel axé sur de nombreux sites [1], mais ces sites ont été mal exploités, faute d’un accord des collectivités territoriales sur une programmation pluriannuelle d’aménagement et de valorisation.
  • Le manque de coordination entre les acteurs touristiques n’a pas permis de mettre en place des actions de développement communes entre sites proches ou relevant de thématiques voisines. Les données statistiques fournies par le conseil régional sur la fréquentation des sites remarquables ne sont pas exhaustives et apparaissent peu fiables : les musées sont confondus avec les monuments tandis que les baisses de fréquentation ne font pas nécessairement l’objet d’une analyse. Entre 2010 et 2014, le conseil régional a consacré 28,8 M€ au financement des projets visant à structurer les équipements et aménagements touristiques, notamment au travers de l’opération grands sites, dans l’objectif d’allonger la durée des séjours. Cet effort a produit peu de résultats. De fait, deux tiers des touristes visitent au moins un grand site régional mais ils n’y restent, le plus souvent, qu’une demi-journée et leurs séjours ne comptent que pour 7 % du total régional des séjours.
6 – Des recommandations.
  • Adapter la stratégie à la nouvelle région

La diversité des territoires nécessite une meilleure structuration des intervenants publics, et notamment une plus grande mutualisation des ressources, une rationalisation du réseau des offices de tourisme, une plus forte sélectivité dans l’investissement public.

  • Assurer un pilotage plus opérationnel de la formation professionnelle

Il s’agirait à cette fin de mieux mobiliser les employeurs et d’œuvrer à une amélioration des conditions de travail, de rémunération et de reconnaissance des salariés de ces secteurs, éléments pouvant constituer des freins au recrutement dans des professions en tension.

  • Reconsidérer les possibilités de dérogation aux transferts de compétences à l’intercommunalité

Le transfert des compétences touristiques aux intercommunalités au 1 er janvier 2017 devrait mécaniquement contribuer à la mutualisation des moyens et des charges en la matière. Pour autant, en l’état, le cadre légal permet aux stations touristiques ou aux collectivités disposant d’une marque touristique de déroger à ce transfert et de conserver les compétences au niveau communal. Ces possibilités de dérogations sont de nature à limiter le développement de l’intercommunalité, notamment sur le littoral et dans le massif pyrénéen où les enjeux financiers sont les plus prégnants, et les stratégies locales isolées les plus fréquentes. La nécessaire rationalisation des interventions publiques sur un niveau plus cohérent pourrait pâtir de leur mise en œuvre.

[1] Cité de Carcassonne, pont du Gard, tour de Constance et remparts d’Aigues-Mortes, les arènes, la maison carrée et la tour Magne de Nîmes, le site archéologique d’Ensérune, l’abbatiale de Saint Guilhem, etc.

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