
Je viens dâachever lâĂ©coute de
LâInsoutenable lĂ©gĂšretĂ© de lâĂȘtre.
Je lâavais lu lors de sa sortie.
Quarante ans plus tard,
câest une voix qui me lâa fait entendre.
Le livre est le mĂȘme.
Moi, non.
Je me souvenais des questions philosophiques.
Nietzsche. LâĂ©ternel retour.
La pesanteur et la légÚreté.
Je me souvenais moins de Karénine.
Le chien de Tomas et Teresa.
Sa vieillesse. Sa maladie. Sa mort.
Cette fois, jâai Ă©tĂ© bouleversĂ©.
Peut-ĂȘtre parce quâun livre lu
et un livre écouté ne nous atteignent pas
de la mĂȘme façon.
La page expose.
La voix sâadresse.
Elle ne parle pas seulement Ă lâesprit.
Elle traverse le corps.
Jâai Ă©coutĂ© KarĂ©nine mourir.
Jâai entendu Tomas et Teresa
lâaccompagner jusquâau bout.
Sans pouvoir le sauver.
Seulement lâaimer.
Alors jâai compris ce qui me touchait tant.
Ce nâĂ©tait pas la mort du chien.
CâĂ©tait ce quâelle rĂ©vĂšle.
Les ĂȘtres ne sont pas prĂ©cieux
parce quâils durent.
Ils le deviennent parce quâun jour
ils disparaissent.
Le livre est terminé.
LâĂ©coute, elle, ne lâest pas.