Niko a cinquante-trois ans.
Il ne vit pas dans la rue.
— La rue est à moi.
Il le dit en vous regardant droit dans les yeux.
Des yeux bleus brûlés par l’alcool.
Comme son visage. Ravagé.
Et pourtant, dans son regard, de la tendresse.
Des éclats d’intelligence aussi.
Niko a du vocabulaire.
Il parle d’une voix calme.
Un jour, devant moi, un passant lui lance :
— Bon courage !
Niko sourit.
— Ce n’est pas du courage.
C’est de l’abnégation.
Ce n’est pas pareil.
La formule m’est restée.
Niko ne se présente jamais comme une victime.
Il semble avoir choisi son destin.
Ou s’être résigné à lui.
Je le croise souvent sur la promenade des Barques.
— Bonjour Niko.
— Bonjour Michel.
Je ne sais pas qui lui a donné mon prénom.
Ses compagnons de galère le connaissent aussi.
Niko dessinait.
J’ai retrouvé un dessin
qu’il avait fait pour ma petite-fille Mila.
Il est daté de 2018.
Nous l’avions attendu longtemps.
Puis, alors que nous n’y pensions plus,
il nous l’avait apporté.
Un labyrinthe.
Au centre, une couronne.
Et ce prénom : Mila.
Au verso, quelques mots d’excuse pour le retard.
Un détail qui lui ressemble.
On l’aime pour cela.
Même les jours où la détresse
et l’alcool reprennent le dessus.
