La première fois que je la vis à la télé, je la trouvai franchement moche. Elle me déplu , enfin . Petite et rondouillarde, pâle et mal coiffée, je n’avais pas aimé sa façon de s’habiller. Elle venait d’un pays qui n’existe plus. Les années ont passé, et elle n’a pas changé. Une petite veste à trois boutons toujours serrés à présent l’habille. On la prend au sérieux! Protestante et parlant le russe, difficile de faire autrement. À l’entendre, on s’étonne que l’on puisse l’écouter. Pas de grands mots, ni de grandes phrases; encore moins de grandes idées au service de l’humanité. Un physique ingrat, aucune élégance, une absence d’éloquence et des projets concrets; le souci de la performance , de l’économie et de l’épargne font d’elle un contre modèle de l’esprit français. Pourtant cette dame est chancelière d’un état que les chinois, les russes et les américains respectent. Elle le sera sans doute encore demain, les Allemands en sont certain. Comme les français qui, selon un sondage récent, le souhaiteraient. Un camouflet pour notre président et sa majorité, qui voulaient » lui tordre la main « ; et une victoire hautement symbolique pour Angela Merkel. Un coup de grâce aussi à nos élites et à leur mépris envers cette dame pour eux sans qualités. Une dame, petite, boulotte et mal fagotée, mais une dame qui pourrait leur en remontrer sur l’art de bien gouverner un grand pays, son état et son économie… et leur administrer une leçon de grande politique si ce soir elle triomphait…
Ah cette « Une » de Libération ! Quelle cruauté ! Par un phénomène étrange d’association certainement voulu par sa rédaction, j’ai immédiatement pensé, je ne dois pas être le seul, au film de Scorcese : » les Affranchis « . On ne me fera pas croire en effet que la mise en image, le verbe récidiver et les allitérations internes du statut ( les apprentis ) qui leur est donné avec celui des gangsters ( les affranchis ) d’un des metteurs en scène les plus vénérés par cette même rédaction et ses lecteurs relèvent du plus grand des hasards. La référence est explicite, et elle leur fait mal, très mal… eux qui furent très nombreux à voter pour ce Président. J’imagine aussi la tête de Claude Sérillon, le conseiller communication du Président devant son café croissant. Mettez vous à sa place, et vous dégainez le téléphone et tirez à vue sur ces iconoclastes torpilleurs passés dans le camp des empêcheurs de gouverner en rond… Je fais le pari que cette » Une » d’anthologie va faire des petits et qu’au casino des jeux médiatique et politiques elle n’a pas fini de » faire de la valeur « . En attendant, ce qui est avéré dans cette affaire, c’est que contrairement aux promesses faites, ces deux là n’ont pas fini de faire les poches des français…
Dimanche dernier, à Marseille, le ton et les thèmes de campagne de Marine le Pen m’ont irrésistiblement rappelé ceux d’une époque où ont convergé, venant d’une certaine gauche et d’une certaine droite, une critique sans concession du libéralisme économique et politique, la promotion d’une économie administrée et planifiée, un anti américanisme de principe, une glorification patriotique délirante, la peur de l’ouverture au monde…
Russes et Américains sont parvenus à un accord sur le conflit syrien à Genève pendant que Laurent Fabius faisait des claquettes à Pékin; et John Kerry est à Paris aujourd’hui en service minimum pour l’expliquer et le commenter à François Hollande. Et notre Président , qui toujours la ramène, hier soir de nous expliquer que le patron dans cette affaire, c’était lui, rien que lui et toujours lui, car avec Hague et Kerry, dès lundi, c’est à dire aujourd’hui : « Nous allons mettre en forme la prochaine résolution du Conseil de sécurité qui va mettre en forme l’accord et le traduire». Bon ! on ne l’avait pas compris ainsi, mais il faudra bien l’admettre puisqu’il nous le dit : John Kerry n’est pas le négociateur des Etats-Unis, mais celui de Paris , et cet accord on ne le doit ni à Poutine, ni à Obama mais à lui. On connaissait l’humour de François, mais pas son sens de l’autodérision. Hier soir, sur ce dossier syrien, il a atteint le toit du monde…
Grand moment de télévision au journal de 20 heures sur TF1, jeudi dernier. Gille Bouleau recevait Marine le Pen. Un Gilles Bouleau au regard malicieux, courtois mais incisif . Et doté de surcroît d’un humour anglo-saxon ( j’adore ! ) redoutable d’efficacité. Le ministre du Budget, Cazeneuve, qui était passé sur son plateau la veille au soir, s’en souviendra longtemps de son bonsoir assorti d’un : » vous n’avez pas répondu à ma question » , prononcé face aux téléspectateurs sur un ton , certes policé, le sourire aux yeux, mais aussi léger que cinglant : une lame ! Marine le Pen, le lendemain, sitôt installée déroulait donc son catéchisme habituel , antilibéral, antieuropéen, ultrasécuritaire , ultra protectionnistes, patriotique… quand lui tomba sur la tête cette apparente et innocente question du Bouleau de service: » Pour vous quel est votre référence politique: de Gaulle, Mendes-France…? » Lueur de panique dans les yeux de Marine, quelques secondes de silence hébété ( elle devait penser à toutes les vieilles badernes de son parti entendant ces deux noms la grimace aux lèvres… ), puis cette pathétique réponse: » Jeanne d’Arc « . Entrainant illico cette relance du Gilles, d’un trait : » Non, non dans l’histoire contemporaine! » . Toujours pas de réponse, et fuite dans la langue de bois, à l’abri ! Et pour cause, ses thèmes, son ton étaient ceux d’une certaine époque et ses référents politiques imprésentables : ceux d’une extrême droite écrasée au lendemain de la deuxième guerre mondiale et qui voue à la droite libérale et républicaine une haine profonde et tenace. Il défilaient là, devant nos yeux, surgis de notre mémoire encore vivante. Il suffit de peu de chose , me disais je, pour que soudainement jaillisse le fond de vérité d’une personne: une seule petite question judicieusement conçue et posée au bon moment . Ce Gilles Bouleau a passé des années aux Etats Unis comme correspondant de la même antenne; il a beaucoup appris des méthodes de ses confrères américains et cela nous change de la fadeur mielleuse de l’insupportable Chazal, notamment. Jeudi soir, moment rare, j’ai assisté par le plus grand des hasards à une sorte de petit miracle télévisuel ! Gilles Bouleau serait-il en train d’enfin bousculer une certaine forme de déférence envers le personnel politique, dans l’attitude et le ton, dont témoignent habituellement nos » grands » journalistes » ? On voudrait le croire…
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