Pourquoi donc ne pas se contenter de reprendre ici cette partie d’un texte publié hier dans » le Monde.fr » ? Le style de son auteur est aussi élégant qu’est claire sa pensée sur la France, ses peurs et ses vanités…
» Celle-ci ( l’Union Européenne ) doit se renforcer, mais elle ne sera pas une France agrandie, et nous devons chercher avec modestie ce qui nous rapproche, nos capacités complémentaires et nos limites communes, avant de nous flatter de nos différences.
Nous sommes sans doute moins différents des autres Européens que nous ne l’imaginons, mais parce que ce que nous sommes aujourd’hui ne correspond pas à un passé que nous idéalisons, nous paraissons parfois hésiter entre la rhétorique arrogante de la grandeur et les jérémiades du déclin. Or, pour changer, pour définir ce que nous voulons devenir, il faut d’abord nous réconcilier avec ce que nous sommes. Nous tombons trop souvent dans un défaitisme incompréhensible pour un observateur extérieur. Même si la permanente insatisfaction française nous aide parfois à rebondir, elle peut devenir destructrice quand elle devient déni de réalité.
Aujourd’hui, pour paraphraser Churchill, la France ne doit craindre que ses propres peurs, qui l’empêchent de voir le monde tel qu’il est, riche d’opportunités nouvelles avant d’être source de menaces. Elle doit définir des ambitions et un modèle de société à la mesure de ses moyens, qui sont substantiels mais pas illimités. Elle ne doit pas avoir honte de regarder ses voisins et même parfois de les imiter ; elle doit avoir le courage de faire avec eux des choix difficiles, sans prétendre qu’elle peut tout faire, et surtout pas toute seule. Sans arrogance ni défaitisme, pensons un peu plus à la manière dont nous allons peser sur un monde dont nous ne sommes plus le centre mais que nous avons les moyens d’influencer, en définissant avec nos partenaires européens un projet commun. «
Jean-Marie Guéhenno (Ancien président de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Professeur à l’université Columbia (New York))
Trappes : dernier billet et je la ferme ! A la Une du Monde.fr » A aucun moment je n’ai porté atteinte à un des policiers » et en première page d’écran de Libération.fr : » Les actions et menaces islamophobes en hausse » . Et ces deux quotidiens de zappercette phrase sans équivoque d’ Abdallah Zekri , le président de l’Observatoire de l ‘islamophobie, sur le cas des femmes portant le niqab et notamment celle dont le compagnon s’est rebellé lors d’un contrôle à Trappes (Yvelines), entraînant de violentes émeutes le week-end dernier: » un intégrisme qui en nourrit un autre. Un fondamentalisme qui en nourrit un autre, celui de l’extrême-droite « . Une question et une seule: pourquoi ces deux grands journaux n’ont pas titré sur cette déclaration, pourquoi donc laisser ainsi penser qu’un silence approbateur règnerait chez ceux qui jouissent d’une incontestable autorité morale dans la communauté musulmane ? Ces deux quotidiens trouveraient-ils déplacée et injurieuse cette parole sensée ? J’y vois plutôt un parti pris éditorial et politique : cultiver le terreau nauséabond sur lequel prospère les pires violences : physiques , idéologiques et politiques. Et à supposer même que leur bonne foi ne saurait être mise en doute, qu’il serait encore démontré que les bons sentiments journalistiques finissent toujours par paver l’enfer de tous les extrémismes…
C’est ainsi que les démocrates veillent ! Et l’un d’entre eux de nous expliquer dans son édito de » Libération » de ce jour : » Au-delà des causes immédiates des affrontements dans les Yvelines et après l’indispensable rappel à l’application stricte de la loi de la République, c’est bien de l’échec des plans successifs dont il est question, à Trappes comme dans la plupart des quartiers. » Et de poser l’argument sociologique habituel en principe explicatif d’émeutes dont l’origine factuelle tient pourtant au seul refus d’un couple de respecter une loi de la République réprimant un symbole vestimentaire féminin considéré par certains individus de confession ( ou s’en réclamant ) musulmane comme relevant d’un » sacré » supérieur en légitimité à toute Loi profane. Pour notre éditorialiste attentif à éviter le choc des cultures et le procès en islamophobie qui font le quotidien de ses lecteurs, le chômage deux fois plus élevé dans ces quartiers qu’ailleurs (22,8%, contre 9,4% selon des chiffres de 2011), la fuite massive des classes moyennes, l’augmentation croissante du niveau d’échec scolaire , la discrimination des jeunes ( «l’effet origine» s’ajoutant à «l’effet quartiers» ) seraient les facteurs principaux des réactions violentes subies par les forces de l’ordre à Trappes. Loin de moi l’idée de nier cette réalité qui fait de ces quartiers les culs-de-basse-fosse de la société métropolitaine ( une situation dont la responsabilité incombe à la gauche comme à la droite ). Mais il suffit de rappeler les sommes astronomiques distribuées à coups de » plans quartiers sensibles » depuis des décennies et celles qui le sont tout autant sous la forme de revenus indirects pour ne pas se contenter de ces seuls arguments de nature économique ou sociale. En réalité, se forment dans ces zones des noyaux identitaires dont les membres les plus actifs se sont engagés dans un combat culturel et politique visant à faire reculer les frontières d’un droit républicain considéré comme impie. A ce noyau, s’y agrège des bandes de » jeunes » désocialisés à la recherche d’une identité sociale que leur fournit une idéologie religieuse particulièrement clivante, tant sur les moeurs que sur sa relation à l’Etat laïque. Contrairement donc à la doxa véhiculée tous les jours par nos élites et les médias, les mesures à prendre sont d’abord d’ordre culturel: le système scolaire dans son organisation et ses méthodes en constitue le terrain d’action privilégié… Et s’il y avait un argument supplémentaire à faire valoir à ce diagnostic, je n’hésiterais pas à relever le silence éloquent de certaines autorités religieuses au premier chef concernées par les affrontements de Trappes… Il m’arrive parfois de penser ( à tort, évidemment !) que l’islamophobie présumée des souchiens n’est pas sans avantage à être cultivée par les adeptes d’un multiculturalisme contraire à notre tradition républicaine…
La phrase du jour !À la question abrupte d’un journaliste allemandlui demandant s’il croyait « vraiment à ce qu’il racontait », en annonçant comme il l’a fait le 14 juillet la reprise économique dans les prochains mois, François Hollande a répondu : « Les responsables politiques croient à ce qu’ils disent, c’est une erreur de penser qu’ils mentent, ils peuvent se mentir à eux-mêmes, se tromper, mais je crois à la sincérité des hommes politiques. » Il a raison ! et cette profession de foi vaut pour lui même et tous les autres : la sincérité en politique cache toujours un pieux mensonge…
Mercredi 10 juillet, au théâtre de Narbonne , un magnifique hommage était rendu au grand poète palestinien Mahmoud Darwich. Que dire de ce qui nous fut offert en deuxième partie de cette soirée d’un » Horizon Méditerranée » à la programmation remarquable – et qui restera longtemps gravé en nos mémoires et nos coeurs ? Que dire, sinon que Rodolphe Burger et ses musiciens, Ruth Rosenthal et Rayess Bek nous ont emmené dans un ailleurs où se noue, dans le plus grand secret , ce lien fraternel auquel aspirent tous les êtres épris de justice et de paix. Sur la scène, une récitante israélienne véritablement habitée par un Cantique des Cantiques traduit en hébreu et un rappeur libanais d’origine palestinienne déclamant en arabe, corps et voix mêlés, le poème de Darwich « S’envolent les colombes ». Au centre, superbe et profond, le maître d’oeuvre, metteur en musique et chanteur Rodolphe Burger, puissant et d’une douceur inouïe, dirigeant de sa guitare électrique et de sa voix, en français, musiciens et récitants dans une éblouissante mise en miroir de ces deux grands textes. Deux langues, deux peuples aussi… Le symbole vivant du pouvoir de la culture, de la musique et du chant en particulier, à unir, par delà toutes les peurs et les haines, ce qui, tous les jours, nous est pourtant présenté comme relevant de l’irréconciliable. Un dernier mot, peut-être, pour préciser que ce Cantique musicalisé par Burger, le fut d’abord à la demande de son ami Alain Bashung pour la célébration de son mariage , peu avant son décès . Et puis non! laissons encore vibrer ces vers, les premiers, de ces deux somptueux poèmes : l’émotion est toujours là, intacte. Comme ces trois voix qui ce soir là d’un bel été les sublimèrent : » Regarde l’hiver est fini / la pluie a cessé elle s’en va / On voit des fleurs dans ce pays / le moment de la chanson est arrivé » ( Cantique des Cantiques ). Le moment de la chanson est arrivé, oui ! et : » J’ai vu avril sur la mer / J’ai dit : Tu as oublié le suspens de tes mains, / Oublié les cantiques sur mes plaies. / Combien peux-tu naître dans mon songe / Et me mettre à mort, / Pour que je te crie: Je t’aime . » ( S’envolent les colombes )Mahmoud Darwichest mort un 9 août , en 2008. Ce jour là, chaque année, on fête la Saint Amour…
. Hier soir, dans la splendide cour du Palais des Archevêques de Narbonne, vernissage de « Rêves de Japon ». Beaucoup de monde. Les habitués de ces rendez-vous. Des bises, des sourires, quelques […]
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Un homme fête ses 86 ans. Le dessert arrive dans une pluie d’étincelles. Sa femme regarde ailleurs. Puis une longue robe rouge traverse la terrasse. Pendant quelques secondes, le cœur se trompe. […]
𝐍𝐢 𝐞𝐱𝐜𝐮𝐬𝐞 𝐧𝐢 𝐯𝐞𝐧𝐠𝐞𝐚𝐧𝐜𝐞. L’assassinat du jeune Louis à Narbonne me trouble d’autant plus qu’il est survenu dans ma ville. Et que les faits reprochés aux personnes mises en cause sont […]
Près du bord,une eau mêlée de sable. Puis des verts. Au loin,un bleu franc. Et enfin cette frontière d’air et d’eau. Une simple lignepour partager le monde. Photo : Plage des Ayguades. Gruissan. […]