Contre-Regards

par Michel SANTO

Les paroles étoilent la nuit des choses.

 

 

 

10 heures 30. Dimanche. Direction le Moulin du Gua ! Avant de rejoindre la rue de l’Aude, je coupe à travers une résidence. Ce que jamais je fais. Devant moi, un poème de Max Rouquette ! Couvrant de ses quelques mots toute une façade… Juste avant que ne tombe la pluie…

 

« Les paroles étoilent la nuit des choses

  Elles se mirent dans l’étang

  [des monstres abandonnés

  au fond du puits éternel des ténèbres.

 

 Les paroles sont de la lumière en chemin

 qui ne savent pas si quelqu’un les attend.

 

 La nuit infinie. »

 

Quelques heures plus tard, étrange et douloureuse coïncidence, une étoile s’éloignait…

Une lecture d’Yves Bonnefoy.

Unknown    

Mes lectures :

   

Celle d’Yves Bonnefoy, en ce début d’année. Et pour donner le goût de ce poète à ceux qui n’ont jamais croisé ses lignes, cet extrait de « Deux langues mais une seule recherche ».

 

 

« On dit volontiers aujourd’hui que notre parole va son chemin sans rencontrer jamais d’aspects du monde ou de situations de la vie qui échapperaient à sa prise et néanmoins nous pénétreraient d’une vérité qui leur serait propre. Le réel ne serait selon cette vue que le produit du langage. Est-ce vrai ? Oui, pour ce qui est des objets, en cela artificiels, à l’aide desquels nous avons bâti notre lieu, mais ne s’attacher qu’à ceux-ci, et aux événements qui s’y articulent, serait ne pas tenir compte des moments pourtant innombrables qui, au contact de la réalité naturelle, bouleversent nos systèmes de représentation et nous font ainsi percevoir dans la profondeur de notre rapport à nous-mêmes des dimensions que recouvre la pensée qui se fait langage et, dans cet espace des mots, se voue au concept. Qu’une nuée se déchire, par exemple, qu’un rayon de soleil se glisse entre ces deux masses d’ombre, et voici que quelqu’un en nous s’éveille à une expérience … »

Mark Twain et la France.

 

Le contre-regard de Mark Twain sur la France et les français, présenté par l’ami blogueur P.H.Thoreux. ( Extraits )

 

« Évidemment, Mark Twain cultive avec délectation la caricature. N’empêche, à bien y réfléchir, il n’a pas complètement tort. Les haines assez binaires qu’on voit encore de nos jours s’exprimer lors de maintes confrontations idéologiques ou sociales, témoignent de cet esprit de querelle et de détestation réciproque. Le renvoi permanent de tout débat, aux sombres références des années quarante, est également un stigmate de cette tendance à diaboliser l’autre, de cette vraie névrose qui consiste à s’obséder de manière manichéenne et ridicule sur la distribution des rôles de salauds et de héros. Au plan politique enfin, peu de pays cultivent encore avec autant d’obstination que nous, le fantasme rétrograde de la lutte des classes, et du Grand Soir.

 

L’autre sujet d’étonnement de l’écrivain américain est l’aptitude apparente du peuple français à se soumettre aux dirigeants « à poigne », et d’une manière générale aux grands principes intangibles. Capables de se muer en tigres s’ils sont contrariés ou simplement laissés un peu trop libres, les Français sont des lapins faciles à dresser pour ceux qui savent s’y prendre. Ainsi Louis XVI, trop faible et dont ce n’était pas « le style de faire les choses au bon moment » se trouva submergé par un torrent de violence, qui lui fit perdre la tête en même temps qu’il mit à bas l’ancestrale monarchie dont il était l’héritier maudit. Napoléon en revanche, « qui porta l’esprit militaire jusqu’aux cimes de la perfection, lorsqu’il le jugea bon, fit reprendre à la nation son ancienne peau de lapin, lui mit son pied sur le cou, et les Français le glorifièrent pour cela. » 

Au passage, Mark Twain observe que « s‘il est convenablement discipliné et entrainé » le Français peut devenir « le plus redoutable des soldats« , et que si on exploite habilement sa vanité on le rend « capable de tenter des miracles dans tous les domaines, art, industrie, politique, littérature…« 

L’étoffe de la nuit.

 

Mes lectures

 

 

 

 

Il est des nuits comme çà! On se couche très tard, après un copieux repas, trop ! Trop de bruit aussi… Et le froid et le vent qui vous glacent les os… Et le sommeil qui s’attarde, longtemps…Trop. On tourne autour et on finit par l’ouvrir ce livre posé là, sur un fauteuil. Des poèmes, ceux d’Andrée Chédid. Pour tomber sur celui-ci:  » Bruits « .

 

La nuit
Parfois
S’anime
Du clapotis de l’eau
Et des sanglots du vent
Vibrante,comblée
Par cet étrange bruit
Je brûle soudain pour un feu qui
S’embrase
Puis pour me recueillir
Je brûle pour le silence glacé d’un feu éteint

 

Un poème qu’elle prolonge d’un commentaire de l’admirable métaphore de Kulluka Bhaffa (le plus fameux des exégètes des lois de Manou):  » Comme le feu qui pénétrant les mondes prend la forme inombrable des choses, le Soi unique au fond de tous les êtres emplit les formes et l’espace autour d’elle « . Il me suffit, dit-elle, de remplacer le mot  » feu  » par  » poésie « … Ce langage des Dieux.

 

Le règne de la bêtise.

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Dans « La bêtise s’améliore », Belinda Cannone fait dialoguer trois personnages autour de l’amour, la politique, l’économie, l’art, la morale, le désir, le bonheur…, trois personnages qui s’étonnent de ceux, nombreux, dont nous respectons l’intelligence et qui s’en servent…bêtement. Comment comprendre en effet que des esprits sophistiqués et en apparence libre en viennent à patauger dans les idées toutes faites ? A cette question, l’un de nos protagonistes (page 128 et 129…), Gulliver apporte la réponse suivante : « …Tu te souviens que j’avais désigné le réflexe, la pensée-mode et la paresse comme trois sources de la bêtise intelligente. Il faut y inclure un quatrième mécanisme : le bon sentiment. Appelle-le compassion, empathie  ou révoltisme, selon les cas. » Autrement, et plus succinctement dit : le penser-court, les bons sentiments avant le raisonnement. Ou le militantisme compassionnel  nourri « par le cordon ombilical de la misère des autres, par ces souffrances collectives où elles abolissent du même coup leur individualité. », comme le dit si bien Philippe Muray. Un constat sociétal que partage, un jeune homme de 89 ans, Lucien Jerphagnon, qui nous livre aujourd’hui un savoureux florilège des réflexions sur la sottise, de Lucrèce à Cioran, tout en essayant de définir ce qu’il appelle la « sottise atmosphérique ». Celle qui traîne dans l’air du temps et à laquelle on n’échappe guère. Par exemple, au XIXe siècle, l’excès de rationalisme qu’incarne un M. Homais. Et aujourd’hui celle  alimentée par des opinions proférées avec solennité dans certaines émissions de télévision ou dans des « réseaux sociaux », comme Facebook, par exemple. Le remède à cette moraline ? La prudence et la modestie : celle des sages, Socrate et Jean Gabin : « Je sais que je ne sais pas. » Et l’humour aussi…

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