Contre-Regards

par Michel SANTO

Une belle et vieille dame digne de mon quartier !

 

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Tous les jours, je la vois passer sous ma fenêtre. Tous les jours et en toute saison , par tous les temps. Elle s’aide d’une canne : son corps l’entraîne irresistiblement vers le sol. Tous les jours, je la vois s’en aller faire ses courses, ou en revenir. Son sac, trop grand, effleure la chaussée.Trop grand, et trop lourd parfois, me dit-elle, quand je la trouve assise sur un banc , devant ma porte… Dimanche, infatigable et obstinée, c’est dans le cœur des halles que je l’ai trouvée au milieu de badauds et d’acheteurs pressés. « Sale temps ! quel vent ! ». Elle m’a détaillé ses achats d’une voix enrouée, pour me quitter ensuite et ouvrir un passage dans la foule affairée, sa canne pointée comme une épée. Un peu plus loin , elle s’est retournée, un petit sourire aux lèvres : « 102 ans quand même ! » Madame Serres, ma voisine, puisqu’il s’agit d’elle, a en effet 102 ans. À n’y pas croire, et pourtant ! Bon et nombreux autres bons dimanches, Madame …

L’esprit de Charles, avec Lou Salomé, a hélas quitté le festival Trenet !?

 

 

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Joli moment en compagnie d’une jolie chanteuse et de ma jolie petite famille à la terrasse du Ramblas Café , place des Quatre Fontaines. Lou Salomé chante comme on aime entendre une voix: la grâce et la sincérité mélodieusement s’y mêlent. Entre deux airs, on entendait même  l’eau couler ! Comme sur une île, le public attentif et ravi goûtait un peu de l’esprit de Trenet. Son élégance, sa légèreté musicale et poétique, sa joie de vivre nous avaient donné rendez vous avec Lou et son guitariste tandis qu’après la nuit venue sous une lune voilée ( on la comprend! ) nous soit tombée sur la tête une infernale tornade de décibels. J’ai même aperçu, de la table de la ” Jument Verte “ où je dînais, des fantômes de ” poilus ” s’échapper du monument aux morts encerclé par des cabanons associatifs et une titanesque ” Grande Scène “. Mon voisin s’est même inquiété de ces beuglements de ” sirènes d’alertes “. J’ai tenté de le rassurer en lui disant que c’était sans doute le tournage d’un film catastrophe, pour disserter ensuite sur Séville, son campo, ses parfums d’oranger, ses bodegas et ses verres de Fino … Loin, très loin, là encore, de Narbonne , son cours, ses stands, ses odeurs de frites et ses bocks de bière. Je sais , je sais , j’exagère et suis, par tempérament, d’esprit romantique: une faute de goût évidente en ces temps barbares. Comme celle d’évoquer celui de Charles ! Que j’ai fini par trouver sur le coup de 22 heures 30, place ” Digeon “, au village du Grand Narbonne. Désert ! les producteurs de vins de la région y broyaient du noir, en silence … Ah! que j’eusse aimé entendre Lou à ce moment là…

Les Barques à travers les films de Jean Eustache (1938 – 1981)

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De 1951 à 1957, Jean Eustache habitait Narbonne place Albert Thomas (actuelle place des Quatre-Fontaines). Il se souvient de son adolescence narbonnaise dans un court métrage tourné dans notre ville l’hiver 1965-1966, Le père Noël a les yeux bleus, avec Jean-Pierre Léaud, et dans un film réalisé durant l’été 1974, Mes petites amoureuses avec dans les rôles principaux Martin Loeb et Ingrid Caven.

Découvrir Narbonne, l’été ! Les Barques …

 

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Photo Michel Santo

Les Barques de Cité, ce matin. Tout est calme avant le feu du midi. Ombre et fraîcheur… L’espace est désormais ouvert sur la Robine et le cours Mirabeau. Plein champ sur la ville ! Un coup d’oeil suffit pour que s’offrent Bourg et ses Halles. Le Pont des Marchands aussi. L’espace est fluide, élégant ! Un miroir aux lignes fines ; un coeur recréé  . Qui le rend plus léger et le met en beauté. Comme jamais ! J’aime, le matin, ses jeux d’ombre. Le passé s’y mêle. Qui rend ces Barques encore plus belles… Les voix sont restées à peu près pareilles. Quelqu’un vient de passer. Il reste un soupir… 

 

Les martinets ! Il n’est pas d’yeux pour les tenir…

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8 heures ! Et ce plaisir toujours renouvelé au spectacle de vols de martinets au nombre infini zébrant ce ciel de juillet . De petits groupes criant foncent droit devant ma terrasse pour  au dernier moment filer à toute allure dans un ciel plein d’arabesques aux formes inouïes. S’y mêlent parfois  le ventre blanc de quelques hirondelles comme affolées, perdues dans ces nuées sans cesse sifflantes . Le clocher de la cathédrale Saint Just disparaît lui aussi sous leurs fraternelles rondes  noires … et comme chaque matin , à la même heure, ils quitteront leurs joyeuses escapades urbaines pour laisser  place au lourd et écrasant silence d’un ciel d’été sur les toits de Narbonne… Il n’est pas d’yeux pour les tenir, en effet, comme le dit magnifiquement René Char :

 

” Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S’il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l’hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour?

Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le coeur. “

 

René Char : Le Martinet ( Fureur et Mystères ).