Contre-Regards

par Michel SANTO

Le règne de la bêtise.

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Dans « La bêtise s’améliore », Belinda Cannone fait dialoguer trois personnages autour de l’amour, la politique, l’économie, l’art, la morale, le désir, le bonheur…, trois personnages qui s’étonnent de ceux, nombreux, dont nous respectons l’intelligence et qui s’en servent…bêtement. Comment comprendre en effet que des esprits sophistiqués et en apparence libre en viennent à patauger dans les idées toutes faites ? A cette question, l’un de nos protagonistes (page 128 et 129…), Gulliver apporte la réponse suivante : « …Tu te souviens que j’avais désigné le réflexe, la pensée-mode et la paresse comme trois sources de la bêtise intelligente. Il faut y inclure un quatrième mécanisme : le bon sentiment. Appelle-le compassion, empathie  ou révoltisme, selon les cas. » Autrement, et plus succinctement dit : le penser-court, les bons sentiments avant le raisonnement. Ou le militantisme compassionnel  nourri « par le cordon ombilical de la misère des autres, par ces souffrances collectives où elles abolissent du même coup leur individualité. », comme le dit si bien Philippe Muray. Un constat sociétal que partage, un jeune homme de 89 ans, Lucien Jerphagnon, qui nous livre aujourd’hui un savoureux florilège des réflexions sur la sottise, de Lucrèce à Cioran, tout en essayant de définir ce qu’il appelle la « sottise atmosphérique ». Celle qui traîne dans l’air du temps et à laquelle on n’échappe guère. Par exemple, au XIXe siècle, l’excès de rationalisme qu’incarne un M. Homais. Et aujourd’hui celle  alimentée par des opinions proférées avec solennité dans certaines émissions de télévision ou dans des « réseaux sociaux », comme Facebook, par exemple. Le remède à cette moraline ? La prudence et la modestie : celle des sages, Socrate et Jean Gabin : « Je sais que je ne sais pas. » Et l’humour aussi…

Edward Hopper et l’éloge du rien.

Les toiles d’Hopper m’ont toujours fasciné. Et les commentaires érudits sur son œuvre toujours déçus. Exclusion, mélancolie, aliénation reviennent sans cesse. Surtout sous la plume de critiques français, qui ne voient , chez Hopper, que le peintre d’une société américaine par essence plate, froide et opprimante. Comme si le silence, la tension, l’exclusion, voire la mélancolie qui enveloppent ses personnages étaient le propre d’un pays, d’une époque. Comme si George de la Tour, Goya, Munch… , en d’autres temps et d’autres espaces, n’avaient pas, eux aussi, tentés de cerner ce qui réside au plus profond de nos consciences : la solitude et l’attente. Ainsi de cette toile où le lieu de la scène, un bar vivement éclairé et sans murs, semble plonger, tel l’étrave d’un paquebot, dans l’océan de la nuit. Trois personnages y bavardent. Indifférents au quatrième, de dos, dont l’ombre ne laisse à la lumière que le bas d’un visage penché sur un verre que l’on devine à peine. Le mouvement de ses épaules marque la fatigue de l’attente. Le monde entier semble reposer sur lui. Mais que regarde-t-il ? Ce jour qui s’éteint, emporté ?  La pensée et le monde, vides en cette heure ? La solitude est en nous comme une lame, nous dit Christian Bobin, dans son « éloge du rien », profondément enfoncée dans les chairs. On ne peut nous l’enlever sans nous tuer aussitôt. L’amour ne la révoque pas, il la parfait. Et qui nous dit de cet homme, qu’en cet instant où plus rien n’est à attendre sinon l’inattendue, dans sa nuit, au loin, qu’il n’est pas au plus près de la saisir. Comme une prière le vent, comme une âme son être. Le génie d’Edward Hopper est dans cette faculté qu’il a de transformer la banalité des formes et des situations en représentations d’un univers métaphysique d’une profondeur inouïe. Le glacé de ses toiles en lumineuses rêveries. Le rien de la vie en tout de l’être… Inutile de dire qu’on l’aime… 

 

La part manquante.

Combien de jours déjà sans écrire une seule ligne ? Six, sept ? Et le sentiment de n’en éprouver aucun qui ne vaille de s’en émouvoir. Sinon celui de ce soudain désir d’en taire l’expression. Aussi vaine et dérisoire que celle là même dont elle s’est fait l’objet. Cette espèce de soupe qui nous est à toute heure balancée sur nos têtes. Ce jus insipide et grossier, cette rumeur du monde où la bêtise satisfaite du plus grand nombre nourrit l’agressive arrogance de quelques uns. Et qu’un sourire retrouvé suffit à démentir…

Un jardin sans nom.

UnknownIl est des endroits ignorés de la foule où flotte un sentiment de paisible quiétude. On y trouve souvent des jeunes gens rêveurs tout à leur amour, parfois un homme seul aux cheveux gris, toujours le même, perdu dans ses songes; ce jour là, une jeune maman et  son enfant dans ses bras endormi. Des touristes aussi traversent ce jardin pour rejoindre le cloître auquel il se trouve adossé. Ils le font à petits pas respectueux du silence et de la beauté du lieu. Un immense cèdre, quelques platanes, trois carrés de pelouses bordés de buis et une fontaine le composent. J’y retrouvais, certains soirs d’été, son gardien. Un homme discret qui me racontait sa dernière pêche dans l’étang de Bages , les habitudes des rouges-queues et les méfaits d’un couple d’éperviers devenu sédentaire. En fond sonore, l’apaisant murmure des eaux de la fontaine ajoutait un air de nostalgie à notre innocent bavardage. « Le temps s’écoule comme l’eau qui coule. » peut-on lire autour de son bassin… Depuis, mon jardinier est parti. Où ? Je ne sais ! Mais désormais , en cet endroit ignoré de la foule, je dois avouer que je n’y respire plus tout à fait le même air…

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