Lundi dernier, était-ce le matin ou l’après-midi, je ne sais plus. Pour quelles raisons me suis-je retrouvé devant l’entrée du passage de l’Ancre, je l’ignore. Et pourquoi en son milieu discutaient trois personnes de ma connaissance, je le découvris plus tard. La plus ostensiblement visible des trois — de par sa vêture —, qui m’aborda, était un des prétendants à la première magistrature de Narbonne, un personnage fantasque et haut en couleur qui a le goût de vestes et de cravates uniformément teintées d’un bleu marial qu’on croirait tout droit sorties d’un magasin spécialisé dans l’habillement ecclésiastique.
Il faut bien le reconnaître, le Palais des Arts des Sports et du Travail a toujours fait l’objet d’un rejet esthétique, culturel et politique de la part des élus de droite et de gauche qui se sont succédé à la « mairie », et ce depuis des décennies, pour administrer cette Ville. Or il ne cesse de se dégrader au point d’être aujourd’hui entouré de hautes barrières de sécurité afin d’éviter que des plaques entières de « béton-armé » ne tombent sur la tête de curieux, touristes, promeneurs ou amateurs d’architecture « moderniste ». Monument classé, il ne peut être rasé ; de sorte qu’il me semble temps de se poser enfin la question de savoir qu’en faire, avec son parc, comment et avec qui.
Chaque matin, avant d’écouter ou de lire les nouvelles du jour — qui en réalité sont de la nuit — chacun d’entre nous devrait lire une « pensée » prise au hasard d’un nos grands « moralistes » : La Rochefoucauld ou La Bruyère, par exemple. Ils ont cette vertu en effet de n’en laisser aucune — vertu — exempte de sa part, plus ou moins grande, d’hypocrisie.
Je ne le connais pas. Il doit avoir mon âge. Disons qu’il est dans un temps où les nuits sont courtes. Quand je le croise dans la rue, il siffle. Des airs joyeux. De sa composition ou arrangés à sa manière. Cet homme va toujours ainsi. Tout entier dans sa petite musique. Ce jour là, il s’est arrêté devant la vitrine où nous commentions l’éclat d’une perle. « Faites vous plaisir, la vie est si courte. » Puis très vite a repris son chemin et ses trilles. Anonyme messager du temps qui passe. Comme un souffle.
Nicolas Bouvier, dans « Les chemins de Halla San », note que « les trois divinité de l’île de Chedju (Corée du Sud) s’appellent Ko, Yang, et Puh. Puh, comme on le devine à l’oreille, est le dieu du pet… et l’ île la fille d’un pet marin : l’éruption originelle… Ce qui n’a rien de scabreux pour des Coréens : les traditions extrêmes orientales n’ont jamais humilié le corps et ses fonctions, en effet. Hokusaï, lui même, dans son « Encyclopédie » dessinée, représente non seulement d’hilarant concours de grimaces, mais aussi des concours de pets : les candidats sont fesses en l’air, concentrés, « leur prestation fusant comme autant d’étoiles. » Lisant ce passage du texte de Bouvier, je me disais, sans l’avoir lu avant, que c’était à ce genre de cannonade que me faisait souvent penser les commentaires et courtes publications publiés sur les réseaux sociaux. A la différence près toutefois qu’ils ne fusent pas comme des étoiles. Quant à leurs odeurs…
NB : Il suffit de lire Saint Simon et tant d’autres auteurs du XVIII siècle (Rousseau, Diderot…) pour mesurer à quel point l’univers d’alors, à la Cour, comme dans les salons, notamment, était étoilé de ces pets aujourd’hui proscrits en société ; au point de se demander d’ailleurs comment un Mozart pouvait se faire entendre… Je crois que c’est la jeune reine Victoria qui a mit fin à ces pétarades mondaines. Le silence a ensuite gagné toute l’Europe. Fort heureusement !
*Illustration tirée d’un rouleau illustré japonais datant de l’époque d’Edo ( 1603-1868 ). Université de Waseda
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