Contre-Regards

par Michel SANTO

La noblesse de l’esprit, un idéal oublié.

Extrait de l’ouvrage de Rob Riemen: «La Noblesse de l’esprit, un idéal oublié», NiL, 192 p., 17 euros.

«Grand est le manque d’intégrité intellectuelle. Grande est la trahison des intellectuels. Sont-ils étonnants, ces manquements de la civilisation occidentale ? Pourquoi ? Pourquoi ce nihilisme ? Pourquoi cette trahison de la noblesse de l’esprit ? La tentation du pouvoir est une première raison : être enfin influent, être enfin écouté, voire admiré. Rien ne rend plus dépendant que le pouvoir et la gloire. Et pour les conserver, pour rester l’idéologue d’un parti ou un leader d’opinion, un porte-parole du « on », il faut en permanence s’adapter. S’il est un endroit où règne le conformisme, c’est bien chez les intellectuels politisés. Perdre en pouvoir et en influence en faisant montre d’indépendance d’esprit, voilà qui ne peut qu’emplir ces réalistes d’effroi.Pour le pouvoir politique, on abandonne le monde de l’esprit. L’excuse étant qu’il ne s’agit pas d’interpréter le monde, mais de le changer ! Finissons-en avec l’injustice ! Mais, comme le remarque avec justesse Benda dans son traité sur la trahison des clercs, de grands esprits tels qu’Erasme, Spinoza ou Kant sont toujours restés fidèles à l’esprit et à leur propre indépendance. Ils n’avaient pas l’orgueil de vouloir libérer l’humanité de tous ses maux, mais ils sont restés fidèles à leur obligation de faire perdurer la conscience de ce qui est bon. La connaissance du bien et du mal, la conscience des valeurs et de la dignité étaient préservées. N’est-ce pas là une justification suffisante à l’existence des intellectuels ? Pour beaucoup d’entre eux, apparemment pas : « De nos jours, les écrivains sont exposés à une nouvelle tentation : celle de pouvoir vivre largement en donnant leur sentiment sur des sujets dont ils ne savent rien », observait Stephen Spender en 1951. Quelque chose a-t-il changé depuis ?»

Comment réenchanter l’Europe?



Plutôt qu’un débat, un véritable échange entre deux grandes figures intellectuelles qui vous rend, sans effort, un peu plus intelligent. Et qui renvoie toute la production journalistique post élections européennes à son néant conceptuel. Un trou noir de la pensée que ne comblent même plus ses bavardages manichéens et pipolisés…
Les Controverses du Progrès n° 6 – 3/6/09
par franceculture

Il faut si peu de mots…

Chaque soir, je lis trois ou quatre pages du journal tenu par une jeune femme juive de 27 ans, Etty Hillesum, de 1941 à 1943, à Amsterdam.Comme l’écrit Yann Moix, ” On dirait de la lumière qui parle “. Qui illumine vos nuits aussi. Comme ce texte lu, hier, pendant que tout autour de moi dormait: ” Vendredi soir, 7 heures et demie: Cet après-midi, regardé des estampes japonaises avec Glassner. Frappée d’une évidence soudaine: c’est ainsi que je veux écrire. avec autant d’espace autour de peu de mots. Je hais l’excès de mots. Je voudrais n’écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchiffrer ce silence… comme cette estampe avec une branche fleurie dans un angle inférieur… Il faut si peu de mots pour dire les quelques grandes choses qui comptent dans la vie… Ainsi les mots ne devraient servir qu’à donner au silence sa forme et ses limites. Chaque mot serait comme une pierre milliaire ou un petit tertre au long de chemin infiniment plats et étendus, de plaines infiniment vastes… ” ( pages 121 et 122 dans la collection Points-Seuil )  Et le 3 septembre 1943, quatre jours avant de partir pour Auschwitz, où elle meurt le 30 novembre: ” Ce matin une de mes collègues m’a dit faisant allusion aux situations dramatiques qu’on voit ici:  ” Tout instant de la vie où on manque de courage est un instant perdu .” Bon, je vais chez le coiffeur. ” (page 344). Elle avait 27 ans!

Valet de nuit…

J’ai pris l’habitude de ne jamais lire un ouvrage l’année de sa parution. Une façon comme une autre d’échapper au temps des médias. Celui de l’actualité fabriquée à la va-vite par des petits-pères-la vertu à la fatuité sans limites. Celui aussi de la critique de bazar et de ses connivences douteuses. Ainsi, qui se souvient de Michel Host et de son roman, Valet de nuit, publié chez Grasset, qui lui valu pourtant le prix Goncourt en 1986, et dont j’ai entrepris la lecture hier ? Pour tomber sur ceci, page 79 : « Maman ne rit plus, et je ne sais ce qu’elle lit, ni même si elle lit. Nous recevons le Monde et le Figaro chaque matin. Il arrive que je trouve sur la console de l’entrée plusieurs exemplaires encore revêtus de leur bande de livraison. Ils iront directement à la poubelle. Pourquoi n’avons-nous pas résilié nos abonnements ? Négligence, sans doute. Ou désir inconscient de nous relier au monde extérieur par de fragiles signes de papier. S’il est quelque chose que maman et moi partageons vraiment, c’est l’opinion que nous nous faisons des nouvelles. Le terme désigne avec une impropriété absolue la répétition lassante et prévisible de faits ignobles dont les auteurs, authentiques crapules ou paranoïaques solennels portés au pouvoir par l’imbécillité des peuples, ne s’y maintiennent que par le concours naturel de l’intérêt et de la lâcheté. » Cet après-midi, le ciel est lumineux et le temps est à la plage. Je m’y rendrai vers les 17 heures. Le soleil aura perdu de son intensité et les « vacanciers » auront pliés leurs parasols. Seul, ou presque, en attendant d’être rejoint par mon habituelle et silencieuse mouette.En compagnie de laquelle, jusqu’à la tombée du jour, je poursuivrai ma lecture…

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