Contre-Regards

par Michel SANTO

A l’abri sous les niches!

486 niches fiscales ! C’est plus que le nombre de fromages.Comment en est-on arrivé là ? 73 milliards d’euros de niches pour cette année, alors que l’impôt sur le revenu devrait rapporter 60 milliards! Encore une exception française. Comme la culture, les fromages, le modèle social et que sais-je encore. C’est aussi le pays de l’OCDE où l’impôt sur le revenu est de loin le plus faible. Selon les prévisions de Bercy, il devrait collecter 3 % du PIB en 2008. Aux Etats-Unis,c’est 8,5 % du PIB, plus de 15 % en Suède…! Paient-on pour autant moins d’impôts? Non,bien sûr, car la pression fiscale est en France l’une des plus élevées au monde avec un système profondément injuste où les pauvres paient autant que les riches. Car les taxes les plus lourdes, comme la TVA avec 180 milliards d’euros de rentrées prévues en 2008, la CSG et la CRDS avec près de 90 milliards  et les cotisations sociales, sont toutes proportionnelles. Cette réalité nous ne voulons pas la voir. Nous préférons les impôts indirects invisibles qui nous évitent d’exiger de la part de ceux qui les administrent davantage d’efficacité…La France vit en fait dans l’inégalité. Et à l’abri…Dans ses niches !

Contre-regards sur l’économie du Languedoc-Roussillon.

Le Languedoc-Roussillon devrait connaître la plus forte croissance démographique en 2030 : 32,2% et la plus forte augmentation du vieillissement de sa population (+ 73 % ) où la part des 60 ans et plus en représenterait 31,5% ( 29,3% pour la France métropolitaine).
Ce phénomène constitue certes un atout pour le développement économique régional, notamment dans le domaine des services à la personne. Mais il constitue aussi un défi par ses conséquences en termes de cohésion sociale et territoriale.
L’économie « résidentielle », malgré son importance réelle, n’est pas, en effet, un moteur suffisant (le seul depuis un demi siècle !) pour pallier aux difficultés de secteurs traditionnels (comme les industries manufacturières et l’agriculture) fragilisés par la globalisation de l’économie mondiale. Et ce ne sont pas les industries et les services de pointe, peu présents, qui peuvent assurer le relais.
Quant aux fragilités sociales, elles s’expriment déjà au travers de plusieurs paramètres : chômage, niveau des salaires,saisonnalité, revenus sociaux, besoins en logement social et même, niveau des diplômes. La question de la précarisation possible d’une partie de la population et de certains territoires doit donc être d’autant plus posée que la stabilité des finances publiques, toujours sollicitées dans ces situations, n’est pas assurée.
Car si la croissance démographique crée de l’emploi, elle induit aussi une demande de financement pour satisfaire un niveau croissant de besoins collectifs en particulier dans les domaines de la santé et du logement, comme dans celui des équipements publics (eau potable, traitement des eaux usées,infrastructures, transports collectifs…).
C’est dire que, dans une situation de crise des finances publiques, les collectivités locales régionales ne pourront guère compter sur l’Etat et qu’il leur appartiendra de trouver des marges de manœuvre autrement que par l’augmentation des impôts.
Contrairement à ce que prétendent la plupart des « patrons » des exécutifs régionaux, elles existent. Mais cela suppose que toutes les collectivités «  réduisent leur voilure » et ramènent leur champ d’intervention à celui que définissent leurs compétences. Cela signifie aussi une plus grande coordination de leurs politiques publiques, une mutualisation de leurs moyens et de leurs services, plutôt que leur redoublement… Une véritable révolution dans un Languedoc-Roussillon où règne une classe politique pour qui la seule variable d’ajustement est la fiscalité…

 

 

La fureur de vivre en Languedoc-Roussillon.

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« Le Languedoc-Roussillon est une terre d’aventures où il y a une certaine « fureur de vivre », le tout associé à une tonicité économique. » C’est dans ces termes d’un lyrisme que je ne lui connaissais pas que Jean- Paul Volle, géographe-urbaniste, s’exprime dans le support de la communication (cette forme moderne du mensonge) de la Région Languedoc-Roussillon

Rendements décroissants?

Les enseignants font grève pour s’opposer à la suppression de postes et les élus de tout bords ne veulent pas entendre parler de leur diminution par la suppression des départements, par exemple, comme le prône J. Attali et, surprise, le groupe UMP de l’ Assemblée. Ce qui les unit ? la sociologie: nombre d’élus viennent de l’Education Nationale, et leurs revenus sont financés par l’impôt. Ce qui les sépare, le pouvoir que confère la loi aux élus d’appliquer aux autres ce qu’ils refusent d’appliquer à eux-mêmes. En l’espèce, la recherche d’une plus grande efficacité dans le service rendu aux contribuables-électeurs et conséquemment la diminution des dépenses publiques et l’allégement de la dette nationale. Car on ne nous fera pas croire que nos 558 102 élus de France métroploitaine, soit 1 élu pour 108 habitants, record du monde absolu et nouvelle exception française, seraient le prix de notre excellence démocratique. A l’inverse, ils marquent plutôt le conservatisme d’une offre institutionnelle pléthorique au rendement décroissant dont le coût n’a cessé d’augmenter. Ainsi,entre 2002 et 2007, les indemnités versées aux maires et présidents d’assemblées locales ont crû en moyenne de 55% ! Et depuis, avec la mise en place des nouveaux conseils municipaux et conseils communautaires, de droite ou de gauche, elles ont explosé … En pleine crise de pouvoir d’achat. Comme les revenus de près de trois patrons sur quatre de grandes sociétés françaises qui,selon une étude publiée en début d’année,ont gagné 40% de plus en 2007 qu’en 2006. Ce qui fait dire à Jean-Claude Juncker, patron de l’Eurogroupe que : « Nous courons le risque de ne plus être compris par nos concitoyens si nous leur adressons d’un côté des appels incessants à la modération salariale » pour freiner l’inflation et que,de l’autre, les chefs d’entreprise et les élus font l’inverse. Extravagants et paradoxaux comportements, en effet!

La fin des journaux!

 

Bernard Poulet et Vincent Giret annoncent, dans la dernière livraison de la revue « Le Débat », la fin des journaux et de la presse d’information, du moins sur support papier. Leurs arguments ! Le modèle économique qui associait information et publicité est « cassé », comme en témoigne, par exemple, la chute des ressources publicitaires des grands quotidiens. Ce qui traduit en réalité une baisse continue de la consommation d’informations, laquelle vaudrait également pour les « JT ». Une baisse nullement compensée par les journaux papier gratuits qui, au contraire, contribuent fortement à la concurrence faite aux producteurs d’information marchands.

La solution, pour financer la fabrication de l’information par des rédactions professionnelles onéreuses, réside-t-elle dans la constitution de grands groupes multimédias (sites web, TV, radios…). Pas sur, nous expliquent Poulet et Giret ! Outre le fait que l’information elle-même y occupe une place de plus en plus secondaire, ces grands groupes sont soumis en effet à des exigences de rentabilité  que les entreprises d’information ne sont pas capables de satisfaire.

Comment nos auteurs voient-ils donc l’avenir ? Expansion de la gratuité dans les années qui viennent et disparition plus ou moins rapide du papier au profit du tout virtuel ou du papier électronique, résistance des magazines papier spécialisés…Ne peut-on pas imaginer aussi que se développent sur l’Internet de nouveaux outils d’information de qualité, mais pas nécessairement moins exigeants. La véritable question étant de se demander comment peut se former une « opinion publique » dans un contexte de dispersion et de fragmentation de l’offre d’information ?

Bernard Poulet, Vincent Giret, « La fin des journaux », Le Débat, n° 148, janvier-février 2008.

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