Contre-Regards

par Michel SANTO

Lecture d’Anatole France (2).Une rencontre!

  Une rencontre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toujours dans la lecture d’Anatole France et de son Histoire universelle, page 343 et suivantes, dans ma version papier: extrait ( que l’on peut lire aussi, pages 316 et suivantes dans l’édition numérisée, chez Gallica ) :

 

 « — Monsieur Bergeret, dit l’archiviste, voulez-vous écouter un bon conseil ? Vous êtes républicain ; ne tirez pas sur vos amis. Si nous n’y prenons garde, nous retomberons sous le gouvernement des curés. La réaction fait des progrès effrayants. Les blancs sont toujours les blancs ; les bleus sont toujours les bleus, comme disait Napoléon. Vous êtes un bleu, monsieur Bergeret. Le parti clérical ne vous pardonne pas d’avoir appelé Jeanne d’Arc une mascotte. (Moi-même j’ai grand’peine à vous en excuser, car Jeanne d’Arc et Danton sont mes deux idoles.) Vous êtes libre-penseur. Défendez avec nous la société civile ! Unissons-nous ! La concentration nous donnera seule la force de vaincre. Il y a un intérêt supérieur à combattre le cléricalisme.

— Je vois surtout à cela un intérêt de parti, répondit M. Bergeret. Et, s’il me fallait mettre d’un parti, c’est dans le vôtre forcément que je me rangerais, puisque c’est le seul que je pourrais servir sans trop d’hypocrisie. Mais, par bonheur, je n’en suis pas réduit à cette extrémité, et ne suis nullement tenté de me rogner l’esprit pour entrer dans un compartiment politique. À vrai dire, je demeure indifférent à vos disputes, parce que j’en sens l’inanité. Ce qui vous distingue des cléricaux est assez peu de chose au fond. Ils vous succéderaient au pouvoir que la condition des personnes n’en serait pas changée. Et c’est la condition des personnes qui seule importe dans l’État. Les opinions ne sont que des jeux de mots. Vous n’êtes séparés des cléricaux que par des opinions. Vous n’avez pas une morale à opposer à leur morale, pour cette raison qu’il ne coexiste point en France d’un côté une morale religieuse et de l’autre côté une morale civile. Ceux qui voient les choses de la sorte sont trompés par les apparences. Je vais vous le faire entendre en peu de mots. »

 

Remplacez donc  curés et cléricalisme par droite (s) et libéralisme, et complétez le tout par cette remarque de Milan Kundera dans « Une rencontre » :

 

« Dans notre temps, on a appris à soumettre l’amitié à ce qu’on appelle les convictions. Et même avec la fierté d’une rectitude morale. Il faut en effet une grande maturité pour comprendre que l’opinion que nous défendons n’est que notre hypothèse préférée, nécessairement imparfaite, probablement transitoire, que seuls les très-bornés peuvent faire passer pour une certitude ou une vérité. Contrairement à la puérile fidélité à une conviction, la fidélité à un ami est une vertu, peut-être la seule, la dernière. »

 

Que rajouter ?

 

 

Lecture d’Anatole France.

Anatole France - Histoire contemporaine. L'Orme du Mail, le Mannequin d'osier, L'Anneau d'améthyste, Monsieur Bergeret à Paris

 

 

 

 

 J’ai déniché, la semaine dernière, chez mon bouquiniste, l’édition du 28.12.1948, chez Calmann-Lévy, en parfait état, d’ «  Histoire contemporaine », d’Anatole France. Depuis, passant outre le jugement commun et celui d’Aragon sur l’auteur de cette tétralogie satirique de la société française sous la Troisième république : «  Exécrable histrion de l’esprit. Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. », je suis, avec délectation, les heurs et malheurs conjugaux et professionnels de M. Bergeret, professeur de lettres anciennes, esprit sceptique et doux. Hier au soir, par exemple, je me suis endormi, le sourire aux lèvres sur les pages 299-303. Extraits :

 

« Le journal, en effet, portait en manchette l’annonce d’un de ces incidents communs dans notre vie parlementaire, depuis le mémorable triomphe des institutions démocratiques. Les Saisons alternées et les Heures enlacées avaient ramené en ce printemps, avec une exactitude astronomique, la période des scandales. Plusieurs députés avaient été poursuivis dans ce mois. Et la feuille déployée par M. Bergeret portait en lettres grasses cette mention : « Un sénateur à Mazas. Arrestation de M. Laprat-Teulet. » Bien que le fait en lui-même n’eût rien d’étrange et révélât seulement le jeu régulier des institutions, M. Bergeret jugea qu’il y aurait peut-être quelque affectation d’insolence à l’afficher ainsi sur un banc du Mail, à l’ombre de ces ormes sous lesquels l’honorable M. Laprat-Teulet avait joui tant de fois des honneurs que les démocraties savent accorder aux meilleurs citoyens. C’est là, sur ce Mail, que dans une tribune de velours grenat, sous des trophées de drapeaux, M. Laprat-Teulet, siégeant à la droite de M. le président de la République, avait, aux grandes fêtes régionales ou nationales, aux inaugurations diverses et solennelles, prononcé ces paroles si propres à exalter les bienfaits du régime, en recommandant toutefois la patience aux masses laborieuses et dévouées. Laprat-Teulet, républicain de la première heure, était depuis vingt-cinq ans le chef puissant et vénéré de l’opportunisme dans le département. Blanchi par l’âge et les travaux parlementaires, il se dressait dans sa ville natale comme un chêne orné de bandelettes tricolores. Il avait enrichi ses amis et ruiné ses ennemis. Il était publiquement honoré.Il était auguste et doux. Il parlait aux petits enfants de sa pauvreté, chaque année, dans les distributions de prix. Et il pouvait se dire pauvre sans se faire de tort, car personne ne le croyait, et l’on ne pouvait douter qu’il ne fût très riche ….Sage, jaloux de ne pas fatiguer la fortune, modéré, ce grand aïeul de la démocratie laborieuse et intelligente avait depuis dix ans, au premier souffle de l’orage, renoncé aux grandes affaires ; il avait quitté même le Palais-Bourbon et s’était retiré au Luxembourg, dans ce grand conseil des communes de France où l’on appréciait sa sagesse et son dévouement à la République. Il y était puissant et caché. Il ne parlait qu’au sein des commissions. … Ni l’honorable M. Laprat-Teulet, ni son juge d’instruction, ni son avocat, ni M. le procureur de la République, ni M. le garde des sceaux lui-même n’avait prévu, n’avait compris la cause de ces déclenchements subits et partiels de la machine gouvernementale, ces catastrophes burlesques comme un écroulement d’estrade foraine et terribles comme un effet de ce que l’orateur appelait la justice immanente, qui par moments culbutaient de leur siège les plus vénérés législateurs des deux Chambres. Et M. Laprat-Teulet en concevait un étonnement mélancolique…. »

 

C’est fin, élégant, subtil et ironique. Le style est l’homme même, en effet, et le sien suffit à définir la petitesse de nos histrions contemporains gangrénés par l’exécrable esprit journalistique…

La moustache de Vercingétorix.

 

 

 

 

Que retenir d’une semaine en compagnie des invités et des chroniqueurs des matins de Marc Voinchet , sur France Culture ? Qu’Olivier Duhamel s’en va rejoindre Nicolas Demorand dans le privé et que nous n’entendrons plus ses commentaires précis et sans appel dispensés sur le ton professoral particulier à sciences- po, qui les rend naturellement exempts de toute trace idéologique. Que  Christine Lazerges, professeur de droit à Montpellier,qui n’est plus député après que G.Frêche l’ait renvoyée à ses précieuses études et  qui s’est récemment signalée en signant, la première,  l’héroïque « Appel du 14 juillet sur la liberté de la justice », aurait mieux fait de se taire, ce 19 juillet, afin de nous épargner cette phénoménale sottise selon laquelle la « militarisation des banlieues serait la conséquence de la militarisation de la police », énorme bêtise prononcée sur le ton onctueux de nos porteurs d’hermine que l’on croyait réservé aux seuls porteurs de calottes. Mais ce que je retiendrais surtout, et qui me fut une véritable révélation, ce matin, grâce à Jean-Louis Brunaux, c’est que nous ne disposons d’aucune preuve archéologique ou scripturale, sur le caractère moustachu de Vercingétorix, la couleur et la longueur de son poil. Certes, je savais que  l’histoire est toujours le récit qu’en font les vainqueurs, en l’occurrence César dans La guerre des Gaules, mais, là, par la seule force de cette image, je dois humblement avouer que tout un pan de mes représentations historiques, anciennes ou récentes, est brutalement tombé dans la fosse aux fantasmes. Comme Abraracourcix de son bouclier…

L’amour est dans le pré.

 

Pour sa cinquième saison, le sixième épisode de « l’amour dans le pré », sur M6, le 12 juillet, a battu tous ses records d’audience. La recherche de l’âme sœur par une agricultrice ou un agriculteur célibataire aux quatre coins de la France a plus passionné les téléspectateurs que les efforts de Nicolas Sarkozy, sur France 2, à la même heure, pour reconquérir le cœur des français. Il est vrai que la poursuite d’un objet désiré et jamais atteint offre plus de plaisirs que sa possession et son usage…

Un jardin sans nom.

UnknownIl est des endroits ignorés de la foule où flotte un sentiment de paisible quiétude. On y trouve souvent des jeunes gens rêveurs tout à leur amour, parfois un homme seul aux cheveux gris, toujours le même, perdu dans ses songes; ce jour là, une jeune maman et  son enfant dans ses bras endormi. Des touristes aussi traversent ce jardin pour rejoindre le cloître auquel il se trouve adossé. Ils le font à petits pas respectueux du silence et de la beauté du lieu. Un immense cèdre, quelques platanes, trois carrés de pelouses bordés de buis et une fontaine le composent. J’y retrouvais, certains soirs d’été, son gardien. Un homme discret qui me racontait sa dernière pêche dans l’étang de Bages , les habitudes des rouges-queues et les méfaits d’un couple d’éperviers devenu sédentaire. En fond sonore, l’apaisant murmure des eaux de la fontaine ajoutait un air de nostalgie à notre innocent bavardage. « Le temps s’écoule comme l’eau qui coule. » peut-on lire autour de son bassin… Depuis, mon jardinier est parti. Où ? Je ne sais ! Mais désormais , en cet endroit ignoré de la foule, je dois avouer que je n’y respire plus tout à fait le même air…

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