Contre-Regards

par Michel SANTO

Les arbres


…C’est qu’ils portent en eux, les arbres fraternels,
Tous les débris épars de l’humanité morte
Qui flotte dans leur sève et, de la terre, apporte
A leurs vivants rameaux ses aspects éternels.

Et, tandis qu’affranchis par les métamorphoses,
Les corps brisent enfin leur moule passager,
L’Esprit demeure et semble à jamais se figer
Dans l’immobilité symbolique des choses.

Photo Gilbert BRUN ; extrait d’un poème d’Armand SILVESTRE  

Le ridicule ne tue pas encore.

On ouvre les journaux, comme tous les matins. Une nécessité plus qu’un plaisir. Vite, vite pour ne pas désespérer le reste de la journée. Le ciel est clair et le soleil est au rendez-vous. Et je n’ai pas l’intention de me laisser envahir par ce sentiment de révolte qui me monte à la gorge et me laisse muet d’indignation. Ainsi, dans le Monde, Madame Savigneau, l’ex papesse du Monde des livres, interviewe Julien Dray, qui vient de sortir, lui aussi, comme tant d’autres, un témoignage pathétique sur ses démêlés avec la justice et ses camarades. A la Une du même, toujours, le syndicat SUD, qui a lancé la curée vendredi 18 septembre, contre Sarkozy en visite à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Val-de-Marne) pour y  pour fêter la 2 500e greffe du foie. Une chronique, cependant, bien écrite et pour sauver le tout, sur «  les jeux de pouvoir », qui illustre sur un mode léger, cette remarque d’Orwell dans je ne sais plus quel texte, à savoir que la politique n’est que violence et mensonge. J’ajouterais qu’il est dans sa nature, aujourd’hui plus que jamais, d’être aussi ridicule…

Le pari d’Eric Andrieu…

Mais enfin, que reproche-t-on à Eric Andrieu qui ne soit conforme à l’intérêt et à la dignité de son parti ? Depuis quand un divers gauche, qui n’a de gauche que sa langue, devrait imposer à tous les partis, à commencer par celui auquel il doit sa carrière et  qu’il méprise au plus au point, ses hommes, son programme et son mode de gestion. Le Languedoc – Roussillon n’est quand même pas une ex-province de feu l’ex-empire soviétique.

J’ai souvent critiqué Eric Andrieu quand il prétendait que Georges Frêche était le meilleur d’entre les socialistes, pour ne pas saluer à présent son vrai courage politique. Si les militants du PS le désigne pour conduire les socialistes aux régionales, il lui restera cependant à négocier avec celui qu’il considère toujours (tactiquement ou sincèrement ?)  comme le leader naturel ( !) de la gauche régionale. On lui souhaite d’avance beaucoup de plaisir, d’autant que l’actuel président de la région a déjà répondu : « niet ! trois fois niet ! » . Qui pliera et avec quelles contreparties ? Et enfin, quelle sera l’attitude d’Eric Andrieu et de ses alliés s’il n’est pas désigné ? Arbitrage d’Aubry ? Capitulation…

Il fut un temps, pas très lointain, où il était reproché à certains hommes politiques de risquer leur âme pour gagner à tout prix des élections. C’était des régionales aussi… La même question est aujourd’hui posée par André Vézhinet, Hélène Mandroux , Eric Andrieu et bien d’autres… On se souviendra , au moins, qu’ils aient osé la poser !

 

Un petit hommage à Willy Ronis.

Image Hosted by ImageShack.usWilly Ronis, l’un des derniers représentants de la photographie humaniste française, est décédé dans la nuit du vendredi 11 septembre, à peine un mois après son 99e anniversaire. Au-delà des scènes capturées sur les pavés parisiens, Ronis était aussi le photographe de la condition ouvrière. Des clichés simples et d’une puissance saisissante comme celui, devenu mythique, de cette femme qui harangue la foule aux usines Citroën en 1938. Il disait : « J’ai de l’empathie naturelle pour mes semblables et sans faire d’angélismej’ai rencontré assez peu de salauds. » Une chance dans ce monde où ils pullulent…

La baffe d’Hortefeux et le pavé du PS.

« Brice Hortefeux a oublié qu’un ministre doit représenter à chaque instant les valeurs de la République. Et mesurer dans chaque mot ce qu’il peut contenir d’irrespect, de violence et d’humiliation. » nous dit Eric Fottorino, en conclusion de son éditorial du 11 septembre. Un texte respectueux et équilibré. Et qui, par sa modération même,  frappe fort les esprits précisément là où ça fait mal. Là où les élus, les ministres passés et présents de tout bord,  ne veulent pas être jugés ; dans ce domaine  où rien ne s’inaugure à coups de ciseaux et sous les flashes des caméras ; ne se « liste » dans les bilans présentés en fin de mission ou de mandat ; ne se négocie lors d’une passation de pouvoir ou la constitution d’une coalition électorale. Dans ce domaine invisible de toute pratique politique et pourtant nécessaire à la santé civique d’une nation que tous les « machiavels » peuplant nos institutions démocratiques refusent de prendre en considération. Cet espace symbolique où se structurent, à travers des valeurs, les actes et les comportements d’une citoyenneté éclairée. Un espace que l’on définira, pour aller vite et à l’essentiel, comme celui d’une « certaine éthique républicaine », et qui, par ce genre de petite phrase concédée à la foule militante est revenue en boomerang sur le visage de Brice Hortefeux. Comme une énorme baffe dont l’empreinte n’est pas prête de s’effacer. Une énorme baffe qui ne saurait  cependant faire oublier, dans le même registre, le livre-pavé envoyé sur la façade du PS qui, désormais, lui, ne peut plus dissimuler que sa « démocratie interne », à l’inverse des principes éthiques qu’il affiche, a servi jusqu’ici de couverture à des pratiques frauduleuses et claniques. Un  retour du refoulé dont les traces marqueront durablement son visage jusqu’à ce qu’il soit mis fin, enfin et le plus tôt possible, à ce double jeu éthique. Car, comme Fottorino aurait pu l’écrire, un parti et ses dirigeants devraient représenter à chaque instant, dans leur dire et leur faire, les valeurs de la République…

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