Contre-Regards

par Michel SANTO

Scènes de la vie narbonnaise…

 

Jeudi, 17h20. C’est l’heure à laquelle Mila et moi longeons le boulevard qui nous sépare du Palais du Travail. Comme tous les jeudis, nous nous rendons à son studio de danse. D’habitude, seuls des collégiens en grappes occupent les escaliers et le parvis de ce bâtiment public de style “moderne” : ils attendent leurs bus. Aujourd’hui, ce sont des militants de la CGT, drapeaux rouges au vent, qui monopolisent l’espace ; le verrouillent plutôt, massés devant les entrées. L’une d’elles est fermée, symboliquement, par une corde ; j’y vois des feuilles de papier suspendues : des tracts sans doute. Devant l’autre, le gros des troupes (façon de parler), fait bloc. Une sono dopée entretient l’ambiance ; elle fait entendre une voix d’homme. Il beugle. Je n’entends que « 49.3 ». Le reste s’éparpille et se fond dans un magma de paroles auxquelles je ne comprends rien. « Papi ! c’est pas possible… je vais le dire à papa… tu vas voir… il va les faire partir… pourquoi ils crient… non, c’est pas possible… » Au moment même où j’allais lui répondre, je croise une de mes connaissances. Elle se rendait précisément au Palais pour participer au Forum de Narbonne 21, la liste conduite par David Granel, que soutient la REM. C’était donc ça ! Un rassemblement « citoyen, pacifique, participatif et démocratique » de la CGT pour pertuber une manifestation publique d’une des listes en compétition dans cette campagne des municipales. Comment donc vais-je expliquer cela à ma petite Mila : 8 ans ! Mais surtout, qui m’inquiète un peu, quelles images retiendra-t-elle de cette scène inhabituelle pour elle. Le reste du parcours, elle m’a serré la main un peu plus fort – la sienne était un peu plus chaude. C’est à une cinquantaine de mètres de son studio de danse, qu’elle s’est finalement envolée, très vite, vers ses « copines », me laissant seul sur le trottoir. Les premiers gestes d’un désir d’autonomie, d’un vouloir de liberté. Bientôt, il y en aura d’autres. Et puis… Quand je l’ai rejointe, elle était tout entière dans son « univers ». Tout était oublié…

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