Contre-Regards

par Michel SANTO

Gloire à Justin Gatlin et Usain Bolt !

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D'abord, ce fut, dans la colonne "sommaire" de la "Une" de l'Indépendant de ce jour, cette annonce d'article : "Athlétisme/Gatlin, l'ex dopé, détrône Bolt", qui me fit bondir. Puis, dans le corps du journal, en très gros et très gras caractères, ce titre, scandaleux, couvrant la page entière consacrée au Mondial de Londres"Gatlin, le pardon interdit". Pour les responsables de ce journal, la cause est donc entendue : le sprinter américain de 35 ans, condamné en 2001 et 2006 (!) pour dopage, qui a remporté le titre mondial sur l'épreuve reine du  100 m, ne devait tout simplement pas concourir en compagnie de l'icône jamaïcaine Boltchampion d’exception au CV sans tâche ni soupçon ; et le battre brillamment ! La justice "sportive"aurait donc dû (devrait) lui interdire "à vie" l'accès à toutes les compétitions sportives internationales. Ce que Guy Ontanon, l'entraîneur français spécialiste du sprint, confirme en qualifiant de grotesque la situation créée par le retour triomphal de Justin Gatlin. On l'aura compris, je trouve ces derniers  propos et cette couverture de presse indignes. Ils cachent mal en effet un profond ressentiment et un vrai désir de vengeance envers celui qui, pourtant, au terme d'un travail acharné pendant plus de dix ans, leur a ôté le plaisir intéressé de gloser  sur la troisième victoire consécutive de l'étoile du sprint mondial cher au coeur de millions de "fans". Un Bolt qui, à l'inverse, a fait preuve, dans la circonstance, de sa grande classe habituelle en faisant l'éloge de son vainqueur et en remettant à sa place une journaliste qui lui demandait "si les chronos moins rapides constatés cette année sur la ligne droite étaient dus au renforcement de la lutte antidopage". « Je trouve ça très irrespectueux » a-t-il lancé ! Tout était ainsi  dit sur la vulgarité d'un monde médiatique incapable d'unir dans la même gloire la magnifique rédemption de JustinGatlin et  l'étincelant  destin d'Usain Bolt.

La Cranquette, et les songes de certains soirs d’été devant cette maison aux volets bleus…


J’ai longtemps rêvé, certains soirs d’été, devant cette maison aux volets bleus située en plein coeur du vieux Gruissan. Ses occupants, sous la  treille, goûtaient le calme et l’air frais du moment. Je m’imaginais alors les rejoindre autour de leur petite table basse sur laquelle reposaient des verres emplis d’une boisson fraîche. Une main m’attendait pour me conduire dans sa pièce la plus sombre où je m’installais entre les bras du fauteuil le plus profond.

Gérard Calvet était un peintre du bonheur ! Il vient de nous quitter…

Gérard Calvet. Collection privée.

 

C’est avec un étonnement douloureux que j’ai appris le décès de Gérard Calvet, un peintre de mes amis , – malgré notre grande différence d’âge. Son sourire, son regard malicieux vont nous manquer ! Il était né en 1926 à Conilhac-Corbières dans l’Aude ; et après des études secondaires au Lycée de Carcassonne, il est « monté » à Paris, en 1945, pour entrer à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, dans l’atelier de Eugène Narbonne où il fut  particulièrement impressionné par l’art vigoureux et incisif de Bernard Buffet.

2017, une bonne année de la main gauche !

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Maxime Zecchini et Paul Wittgenstein.

 
 

Connaissez-vous Maxime Zecchini ? Le jeune pianiste vient de signer chez Ad Vitam Records le sixième enregistrement de son anthologie du répertoire pour la main gauche. Le projet paraît un peu fou, voire complètement inoffensif et inutile. Car pourquoi réhabiliter un répertoire qui ne connaîtra qu’un succès de curiosité, ou combler un manque éditorial qui ne répond à aucune attente du public ? Avez-vous déjà croisé quelqu’un vous parlant de son amour brûlant pour ce répertoire ? Moi pas. Un peu comme si on traduisait La recherche du temps perdu en latin : une entreprise colossale certes, mais pourquoi ? pour qui ? Heureusement les vrais artistes ne raisonnent pas comme ça.

Zecchini nous invite à la découverte d’un continent de la littérature pour piano, celle écrite pour la main gauche. Il s’agit parfois d’œuvres spécifiquement créées pour cet appendice mal aimé (à part des gauchers dont je suis), comme les concertos écrits par Britten, Prokofiev et Ravel pour Paul Wittgenstein, frère du philosophe prénommé Ludwig et amputé lors de la première guerre.

Mais l’essentiel est composé de transcriptions d’œuvres écrites à l’origine pour deux mains (Bach, Chopin, Scriabine), ou pour des orchestres (Wagner, Beethoven). La cerise sur le gâteau, le comble de la mise en abyme étant la transcription pour la main gauche du concerto pour la main gauche de Ravel, incluant les parties orchestrales !

Le défi de la virtuosité est parfaitement relevé par Zecchini, je veux dire par là que l’on se demande inmanquablement comment il fait pour jouer toutes ces notes avec une seule main, comment il saute aussi vite des graves aux aigus. Mais l’essentiel n’est pas là. Le répertoire pour la main gauche est écrit différemment. Cette différence d’écriture est audible, et c’est une voix autre, avec sa subtilité et son identité propres que Zecchini parvient à faire sonner sur le clavier.

Dix disques sur le sujet sont annoncés par le pianiste qui, je tiens à le préciser, possède le total usage de sa main droite.

Il y aurait une anthologie à faire des artistes qui, avec d’évidentes limites physiques ont pratiqué leur art au sommet, de Django Reinhardt dont la main gauche était brûlée à Evgen Bavcar le grand photographe aveugle. Avec ses enregistrements, Zecchini écrit ainsi un hommage à l’art prétendument empêché, exprimant à quel point la contrainte est un grand moteur de la créativité.

 

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