Contre-Regards

par Michel SANTO

Joyeuses Fêtes!

Le Palais du travail de Narbonne n’a vraiment rien qui puisse attirer l’œil et l’esprit du promeneur égaré. Surtout à la tombée de la nuit, qui, en cette mi décembre, le recouvre tôt d’un manteau de froidure à travers lequel percent néanmoins des plaques de murs zébrés de longues cicatrices de ferrailles rouillées. Le vent du Nord, violent hier, et qui vous met  les nerfs à vif, ne pouvait, hélas, me distraire de cet édifice marqué par le temps et m’en faire oublier ses formes désespérément tristes. C’est dans ces ténèbres architecturales que M. Raynaud, le président-sénateur du Conseil Général tenait une réunion sur les orientations (le mot est joli) budgétaires du Département. Dans la salle « Lacroix », précisait le carton d’invitation. Tout un programme ! Autant dire que l’ambiance n’était pas à la fête. Les millions d’euros volaient au dessus des quelques têtes présentes. Quatre ou cinq maires, six ou sept conseillers généraux, des fonctionnaires du Conseil Général  et deux ou trois «  personnalités » seulement, qui semblaient plus préoccupés par les derniers préparatifs de leur soirée du réveillon que par la démonstration quasi inaudible de Marcel sur la sempiternelle responsabilité de l’Etat et de la droite « dans la dégradation des finances locales ». Un grand classique de la rhétorique politicienne. De gauche comme de droite… Avec cependant une surprenante nouveauté en ces terres d’Aude : l’insistance sur la modération fiscale et, surtout, pour le R.M.I et l’A.P.A, l’essentiel des dépenses, sur le « nécessaire contrôle » et « l’effectivité des prestations ». En langage moins diplomatique « la chasse aux fraudeurs ». Et une nouvelle illustration du théorème de « Bascou-Andrieu » selon lequel : « il n’y a pas de problèmes de droite ou de gauche, par contre les solutions qu’on y apporte, elles, le sont…c.q.f.d ». Joyeuses fêtes ! et bonne année 2007 aux rmistes audois! Feu !!!

Notes sans titre.

Dans un de mes billets précédents : un tête à queue idéologique, je notais l’ambiguïté des thèmes de campagne de Sègolène Royal. Marc Lambron, dans son dernier ouvrage , est encore plus précis.D’après notre auteur, elle serait, comme François Mitterand," le révélateur de l’inconscient de droite,de la gauche…" En moins littéraire cependant. Ce qui expliquerait la condescendance hautaine et ironique d’une grande partie de la classe politico-intellectuelle. Qui la voue, avec Sarko,et au reproche de son populisme, aux gémonies. Assisterait-on à la fin d’un cycle marqué par un mode de pensée " aristocratique" et des pratiques politiques " élitaires" ?   

Toujours à propos de Ségolène.Faut-il donner plus de compétences et de responsabilités aux Régions? Oui, pour Madame la candidate. Non, pour les français. C’est du moins ce qui semble ressortir d’un récent sondage de l ‘I.P.S.O.S selon lequel 45 % des Français jugent aujourd’hui que la décentralisation est allée trop loin, 31 % estimant qu’elle a atteint un niveau suffisant et 18 % qu’elle n’est pas allée assez loin. En trois ans, la défiance a ainsi progressé de 20 points. Il est vrai que le spectacle que nous donnent à voir, et à entendre, un certain nombre de grands féodaux n’est guère ragoûtant.

D’autant que le maquis institutionnel s’épaissit, les dépenses de fonctionnement s’envolent et le clientèlisme prospère… Dans son rapport,Pierre Richard, président du conseil de surveillance de Dexia Crédit local,  en appelle donc à la sagesse des élus et à la maîtrise de la dépense publique locale: "une nouvelle gouvernance des relations entre l’Etat et les collectivités territoriales fondée sur la négociation et la responsabilisation" est nécessaire. Il invite aussi ces dernières à "s’engager davantage dans des démarches de rigueur financière et d’amélioration de la productivité de leurs services".

Sera-t-il entendu? Pour l’heure, on n’entend que des promesses de dépenses, à structure de coût identique… Espérons qu’elles n’engagent que ceux qui les écoutent…

 

 

Un soir, au théâtre.

Avant-hier soir, théâtre. A l’affiche, de la danse contemporaine. Le ballet de Lorraine y présentait cinq pièces. La meilleure, à mon goût, signée Mathilde Monnier et Jean François Duroure : Mama, Monday, Sunday or Always. Le programme nous invitait à y voir des danseurs (en réalité des danseuses dont deux hommes en longs tutus) ayant « des airs de détectives privés ». Que je n’ai pas vus. Je les ai pourtant longtemps cherché. Scrutant les moindres indices. Gestuels et vestimentaires. Les imperméables, peut-être ? La pièce ne durant que 20 minutes, j’ai vite abandonné. Vaincu ! L’art contemporain vous place souvent dans ce genre de situation. La création est une co-production. L’artiste assure la livraison des matériaux. Les spectateurs la «  mise en quelque chose ». Forme (!!!), perspective (???), abyme (pourquoi pas), situation (forcément), concept (sans doute). Qui, chez les plus cuistres de nos amateurs, se résume à un « c’est intéressant » aussi vague que prétentieux. L’infiniment creux au service de l’infiniment vide…

 

 

 

Vive les belges!.

Chaque gare a son odeur.

A Lille, c’est celle de la frite et à Bruxelles celle du chocolat,dont on connaît les vertus apaisantes. Elles expliquent sans doute le comportement de nos amis belges : un mélange d’innocence, de bonhomie et de sérieux .Travailler dans une ambiance conflictuelle leur est par exemple insupportable. Ils aiment faire la fête aussi, mais à regret. Et leur légendaire discrétion leur fait généreusement rater les occasions de nous rappeller l’origine belge du…français.

C’est en lisant la presse régionale couvrant l’inauguration de ” l’ambassade ” ouverte par G. Frèche à Bruxelles que ces traits de caractères me sont revenus à l’esprit.

Si j’en crois les photos et les commentaires, une nombreuse et souriante cour d’élus, de fonctionnaires et de « politiquement-dépendants » s’était déplacée et serrait de près notre grand féodal. Ah le ruban ! Et ces coups d’épaules pour coller au chef et se placer dans le champ du photographe ! Quelles bouffonneries … Piteuses images sorties du « bain » culturel bruxellois. La vérité du politique perverti par un désir maladif  de reconnaissance. 

Mais les belges sont gens intelligents. Ils savent notre région accueillante. Elle n’a pas ce visage enflé de suffisance. Ils viendront… Quant à l’Europe son budget est à sec. Ses subventions sont réorientées vers les nouveaux entrants. Et notre région, qui n’ est pas à un paradoxe près, elle a voté massivement contre le traité constitutionnel,elle ouvre aujourd’hui, en grande pompe, une « ambassade » à Bruxelles. Treize autres vont suivre ! A Londres, Shanghai… J’en suis fier !

 

 

 

 

 

 

     Vive les belges!

 

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