Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique de Narbonne. Conversation avec Edouard R…

 

conversation


Un dimanche matin de janvier comme je les aime. Lumineux et doux. Face au soleil, en compagnie de mon jeune ami Edouard, nous improvisions sur le thème de la liberté «permise» dans l’engagement militant et l’exercice d’un mandat politique.

Je soutins qu’elle est très réduite, voire, pour le plus grand nombre, nulle. Sauf à considérer le projet politique qui mobilise le militant ou le politicien tout entier dans ses pensées et dans ses actes comme intrinsèquement libérateur. Dans ces conditions, en effet, «la privation de liberté» dans le présent de l’engagement politique (traduire : sens des responsabilités) est la condition d’une totale liberté dans la réalisation espérée du projet politique qui la porte.

Un clochard céleste.

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Un clochard a élu domicile dans l’entrée de l’ancien magasin Gagnoud. En quelques jours, il l’a transformée en un «confortable» abri  tapissé de cartons, du sol au plafond.

Ses collègues viennent souvent lui rendre visite; des jeunes surtout.

De ma fenêtre, tous les matins, je l’observe. Il est 9 heures. Il sort de son refuge. Saute et s’amuse avec son chien. Comme un enfant ! Pousse du pied les papiers et les mégots qui jonchent «  son » trottoir. Se baisse, en ramasse quelques uns qu’il s’empresse de jeter dans une poubelle voisine. Un moment inattendu d’élégance et de dignité.

La vulgarité n’est pas où habituellement on la croit. 

Le jour et l’heure.

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En souvenir de Gil Jouanard et de nos conversations littéraires :
Dans quelques heures, nous allons ouvrir la 2007ième page du grand livre du temps. Une page déjà écrite et jamais finie. Ni noire ni blanche. Grise, comme un ciel après la pluie, comme ces traces sur nos visages. Tout change et rien ne change. Le temps passe trop vite, on en manque. Il peut peser aussi et on en souffre. On court toujours après et on le fuit tout autant. On a bien du mal à le suivre. Le temps passe et nous restons. Confiants et sans voix. Joyeux et désarmés. La chose étant assurée, le plus juste est de s’en moquer.

L’esprit des lieux.

Un ami a eu la gentillesse de m’adresser, samedi dernier, la copie d’un article de l’Indépendant de juillet 1994 rappelant la création, en 1932 , à Narbonne du « centro espagnol ». L’article est illustré par une  photo des membres fondateurs posant devant le chantier de cette « maison ».

Mon grand père n’y est pas! Et plus personne autour de moi pour me parler de ce moment de la vie de ce que l’on appelerait aujourd’hui " la communauté espagnole " ! Peut-être ce Belmonte ? J’ai en effet connu, enfant, une Danièle Belmonte dont la maman était originaire de Cox. Un village entre Alicante et Murcia d’où mon grand père est parti dans les années 20 .Je crois! Et , coïncidence extraordinaire, je venais de lire ,dans le Midi Libre du vendredi, un article relatant l’occupation de ce qui fut un cinéma, le Vox, par des S.D.F et des dealers. Cinéma qui prit (quand ?) la suite de ce même « centro espagnol ».

Comment interpréter,  à 74 ans de distance, ce télescopage des images produit par l’imprévisible succession d’un courrier amical de Robert et d’un  malheureux «  fait divers » rapporté par le Midi Libre ? D’un côté, des déracinés, certes, mais au port altier, fiers et en costumes cravates. De l’autre, des paumés venus de je ne sais où, aux corps et à  l’esprit ravagés par l’alcool et la drogue.

Ce site serait-il habité par des fantômes ? Désormais, je ne regarderai plus de la même manière ce qui reste de ce cinéma promit à la démolition.Une résidence de standing va bientôt  le remplacer. En gardera-t-elle ses spectres?

Les bienveillantes de Jonathan Littell.

Unknown

Nos journées sont un tissu serré d’habitudes. Au moment où j’attaque ma joue gauche de la lame de mon rasoir, comme tous les samedi, à la même minute où j’accomplis ce même geste, la voix d’Alain Finkielkraut ouvre son émission du samedi matin sur France Culture par la première phrase du roman évènement de Littell : « Les Bienveillantes » : « Frères humains, laisser moi vous raconter comment ça s’est passé. » 

 C’est de la parole d’un bourreau dont il s’agit tout au long de ce livre. Que je suis en train de lire. Un bourreau nazi, cultivé et raffiné. Qui obéit aux ordres. Qui tue aussi avec méthode. Avec le souci aussi d’être reconnu comme un grand professionnel de la « chose ». Et qui est pris, en conscience, dans un faisceau d’habitudes où le mal est en partage avec ses frères en barbarie.

La lecture des « Bienveillantes » secoue. Son « héros », Max Aub, est une parfaite allégorie d’une fraternité fondée sur l’abjection. Elle montre qu’au cœur de tout homme et de tout agrégat humain gît la violence. Et que la culture n’en est pas l’antidote absolu. Il suffit  d’entendre ce qui ce dit  autour de vous…

 

       
 

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