Hier, j’étais devant mon premier café à la terrasse à moitié vide de « Chez Léonie » – qui a remplacé « Chez Michèle » ! La folie des premières sorties étaient heureusement passée. Il faisait moyennement beau. J’étais là à errer dans mes humeurs et pensées, quand j’ai vu arriver dans ma direction une mère et son enfant à demi allongé dans une chaise roulante adaptée à son handicap : un garçon d’une dizaine d’années environ. Pendant que sa mère, à la table voisine, attendait qu’on la serve, j’observais discrètement ce petit homme. Je ne voyais que son visage – une « laine » couvrait son corps – , et par dessus tout ses grands yeux gris qui semblaient perdus dans l’immensité d’un ciel passablement tourmenté. Je ne pouvais non plus détacher ma pensée de cet être si jeune et « sans vie » ; d’un monde aussi où paysages et objets, corps et visages, livres et mots ne nous ne disent plus rien, nous laissent indifférents ; un monde vide de sens… Avant qu’ils ne partent – très vite –, j’ai tourné un long moment autour de ces idées… Et puis j’aurais aimé porter ma main dans les cheveux de ce petit garçon. Un geste sans doute inutile et puéril, comme pour me persuader qu’il ne peut en être ainsi, pour lui ; qu’il n’en sera jamais ainsi pour qui veut vivre en ce monde…
La capacité de nuisance de l’individu fait des progrès considérables. Sur le banc voisin du mien, hier, sur la promenade des Barques, une dame, son téléphone portable collé à l’oreille et son caniche jappant à ses pieds, m’imposait son interminable et sénile conversation.
C’est fini ! « Chez Michèle », n’est plus. Michèle Sanchez et Jean Louis Santacruz ont cédé leur kiosque. Il était temps pour eux de « prendre leur retraite ». Je le savais depuis quelques jours et n’en pensais ni ne disais rien. Un peu nostalgique toutefois.Et puis hier après midi, j’ai vu les serveurs de la « Rotonde », le café situé de l’autre côté du boulevard, prendre possession du lieu. Ils allaient et venaient, agités, tout de noir vêtu. On aurait dit les employés d’une société de pompes funèbres pressés d’en finir avec l’histoire commerciale d’une famille, et, avec elle, d’un emblème cher à la mienne et à d’autres, nombreuses, aussi.
Première sortie urbaine : une demi heure seulement. Le souffle est encore court, et le masque (sanitaire) n’arrange pas les choses. Le ciel est sombre et bas. Passage devant l’hôtel de police ; une compagnie de corbeaux niche dans les platanes qui le borde : ils s’agitent bruyamment en poussant d’épouvantables croassements. On pourrait se croire dans un film d’après guerre et on s’ imagine allonger le pas : la peur que surgissent de ce commissariat des hommes vêtus de noir. Plus loin, je croise un jeune couple. La jeune femme tient en laisse – en corde ! –, d’une main, deux gros chiens ; son compagnon pareillement ; elle avance, lui à ses côtés, en serrant, dans l’autre, le guidon d’une poussette contenant deux bébés. Affolant attelage ! Je songe à leur quotidien dans un petit appartement du centre ville, dans le quartier de Bourg – je les vois souvent, de ma fenêtre, aller dans cette direction. Je pense surtout à ces enfants envers lesquels j’éprouve spontanément, à tort, peut-être, un pénible sentiment de crainte et tendresse mêlés . Il pluviote ; il est tard ; les rues sont vides : le couvre-feu ! Il est donc temps de rentrer. J’aperçois, au bas de la promenade des Barques, deux policiers municipaux : ils patrouillent, débonnaires, nonchalants. L’ordinaire d’un jour comme les autres. Pas tout à fait dependant. Finalement, ce court moment de « plein air » et d’images, contrairement aux apparences, m’aura fait beaucoup de bien – Je suis sérieux !
Le matin, quand le vent s’est éteint dans la nuit et qu’un ciel uniment bleu couvre la ville au midi, j’aime m’asseoir sur un banc de la promenade des Barques. Je choisis toujours celui qui m’offre la vue la plus large possible sur le quartier de Bourg – celui de mon enfance. Il se prête idéalement à de paresseuses pensées ; j’y suis aussi aux premières loges pour regarder les passants et observer toute la variété humaine que présente une petite ville de province comme la mienne.
. Le bitume est gris, l’écharpe est tricolore. Entre deux villages de l’Ariège, la route serpente, prévisible. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime chargement… […]
La scène se répète. À Montpellier, Paris ou Avignon, des cadres écologistes quittent les rangs. Ils rejoignent La France insoumise. Ce n’est plus une anecdote, c’est une hémorragie. Une […]
Da Empoli poursuit son inventaire. Après le chaos et le mage, voici les prédateurs. Il décrit la retraite du politique. Les dirigeants parlent. Les flux décident. Les nouveaux souverains tiennent les […]
Au procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, un avocat a parlé. Il n’a pas défendu. Il a sali. Dans le prétoire, lieu de droit et de mesure, l’infâme a trouvé une voix. Des mots pour […]
Les rayons craquent. Ce n’est plus de la littérature, c’est une offensive. En France, la librairie est devenue un champ de tir. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime chargement… […]