Hier, 150 personnes, lit-on dans la gazette locale de ce dimanche de la Saint Ignace (d’Antiohe), se sont rendues dans la salle des Synodes de l’hôtel de ville consacrée à la 13e conférence franciscaine pour y voir discuter Ségolène Royal et Mgr De Sinety sur le thème : « Les vecteurs de changement ».
Je me suis arrêté quelques instants sur la situation politique et idéologique du moment. Manière de rassembler en quelques lignes ce que j’en pense. Ou plutôt d’en dégager les lignes de force. Pour moi-même. Voici :
Rembrandt, Harmensz. Van Rijn, Musée du Louvre, Département des Arts graphiques.
« Monsieur. Je suis perdu. Tu me raccompagnes à la maison. C’est triste. On s’habitue. Michel ? »
Dans sa mémoire trouée, elle s’efforce de raccorder des bouts d’image. Je vois bien ses efforts. Parfois elle y parvient. Alors elle lève sa tête ; tend ses joues en pinçant ses lèvres, plisse ses yeux et esquisse un sourire. Je veux croire à ces brefs instants de lucidité ; que l’image qu’elle se fait de moi est bien celle de son fils. Mais laquelle ? Et comment le saurais-je, si un jour je l’ai jamais su ? Et moi d’elle ! Quoi qu’on dise ou fasse, en bien ou en mal, on ne sait jamais comment les autres nous voient. Nous sommes prisonniers des apparences et vivons dans un monde de perpétuels malentendus. Et comme le langage n’épuise jamais l’infini du monde réel, les images que nous nous faisons d’autrui – et de soi – n’épuisent jamais l’infini de notre humanité commune. Je sais que rien désormais ne pourra changer le cours de cette fin de vie qui, un jour d’avril, donna la mienne. Émilienne sera encore longtemps là, fragile et perdue dans son coin. Cette laideur aussi, autour de nous, qui soudain s’impose, comme un reproche aux vivants de l’être…
Johannes Gumpp, Autoportrait, 1646. Musée des Offices, Florence
Elle a laissé son amie continuer son chemin sur la promenade des Barques transformée, comme tous les jeudis matin, en un populeux marché de plein air, pour venir, la mine soucieuse, à ma rencontre : « Comment ça va ? — Bien, merci. — Vraiment ? — Oui, je t’assure. »
C’était jeudi dernier. Des semaines et des mois que l’entrée de cet établissement hospitalier m’était interdite. Dans quel état allais-je la trouver aujourd’hui ? Me reconnaîtra-t-elle ? Quels seront ses premiers mots, ses premiers gestes ? Ces questions me tourmentaient tandis que je longeais ce sinistre couloir desservant les îlots et chambres réservées aux « personnes âgées en long séjour ».
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