Contre-Regards

par Michel SANTO

Salles d’attentes

Toutes les salles d’attente se ressemblent. Qu’on y attende un avion, un train ou son médecin, partout le même mobilier minimaliste et fonctionnel, la même atmosphère saturée d’angoisse et d’ennui, les mêmes murs fatigués aux peintures griffées et noircies.  
Dans certaines y trônent des tables basses sur lesquelles gisent des magazines et des revues informes et sans âge, aussi vaines que ridicules.
Celle dans laquelle j’attendais qu’on me soigne, hier, était de surcroît…vide.

Offrande noire à l’ Hospitalet

images-copie-1.jpgA propos d’offrande, celle du Golden Gade Quartet au  Château l’ Hospitalet, hier au soir, était de celles que l’on n’est pas prêt d’oublier. Quatre voix à faire chanter les cigales au cœur de la nuit. A réveiller les âmes grises. A renouer aussi avec le temps du désespoir et de l’espérance.

Quatre voix noires et américaines qui chantait une parole anachroniquement chrétienne en ces terres méditerranéennes qui ne le sont plus. Ou presque.

Et pourtant, le plaisir du public et ses manifestations de joie témoignaient que malgré une langue et une culture qui nous sont à beaucoup d’égards étrangères les corps savaient entendre ce que nos esprits ne savent plus distinguer. Un au-delà des textes et des musiques.Une présence rayonnante de simplicité et de sincérité qui si souvent nous trouble en ces temps où les contrefacteurs de la création artistique nous sont démagogiquement présentés comme d’authentiques génies… 

Lagrasse, Quignard et l’effroi.

 Quignard

Lagrasse est un des rares endroits silencieux dans cette région un peu trop complaisante à l’égard de touristes drogués aux décibels. Les seuls bruits qu’on y entend en ce début du mois d’août sont ceux des livres que l’on feuillette et des voix qui les commentent. Celle de Pascal Quignard, l’invité du « Banquet du livre», est légèrement grave et profondément douce. Elle ressemble aux titres de ses textes : « Le vœux de silence », « Le lecteur », « Les ombre errantes », « Tous les matins du monde »… Qui sonnent comme une viole de gambe.

Gruissan, ce matin…

 

 images.jpg

Ce matin, la petite église de Gruissan était  trop petite pour   accueillir    la famille proche, les parents éloignés et perdus de vue que l’on retrouve toujours quand la mort est au rendez- vous, et les amis de Françoise. Il y avaient aussi des voisins et des badauds. Et des dames âgées. Nombreuses. Très nombreuses. Au point que je me suis demandé où pouvaient bien être leurs hommes. Au  » Joffre  » ou  » Au café de la Paix  » à se désaltérer d’une bonne bière fraîche? Ou peut-être bien couché à l’ombre d’un de ces magnifiques cyprès du cimetière accroché au pech et dominant le village? Leurs bavardages et leurs petits sourires complices de celles qui ont déjà connu ça m’agaçaient au plus haut point. Comme m’agaçaient aussi l’empressement de certaines à se distinguer de toutes les manières possibles par de longues stations debout et de petits saluts ostentatoirement mouillés. J’en étais là de mes pensées peu amènes sur cette navrante petite comédie humaine quand, sur le coup de dix heures, juste avant l’arrivée de Marinette sa mère, Eugène son père,sa soeur et Francis, son oncle et mon ami,et tous les siens, le soleil a frappé les vitraux de l’abside recouvrant le manteau de pierre du christ d’un rayon bleu doré d’une éclatante beauté . Devant l’église, un peu plus tard, un flûtiste, peut-être de ses amis, se lançait de manière tout à fait inattendue dans de  » joyeuses  » partitas de Bach. Musique profonde, limpide et fraîche, comme un chant d’espérance au coeur d’une cruelle douleur. Comme les volutes d’encens aussi qui,quelques instants auparavant,s’étaient élevées en spirales bleues dans cette colonne de lumière traçant une diagonale de l’endroit où tu reposais au Christ aux bras ouverts … Marinette, ta maman, nous l’a dit! Tu leur a donné, ces derniers jours, une grande leçon d’amour et de courage.Ce matin, t’accompagnant, tu nous a aussi  offert, en dernier adieu , de la beauté. Merci, Françoise !

Je t’écris de Narbonne.

Mon cher Louis,

Je t’écris de Narbonne, cette petite ville qui fut, autrefois, bien grande. Assis à la terrasse ombragée d’un café situé sur la place de l’hôtel de ville, je peux d’ailleurs en apprécier quelques beaux restes. Ce qui me distrait et me console de la laideur déambulatoire de ces promeneurs d’un type bien particulier que sont les « touristes ». Habillés de la tête aux pieds par Décatlhon, ils traînent leur ennui estival et leur marmaille rebelle, vêtus des mêmes informes bermudas multi-poches sur lesquels flottent ce qui semble s’apparenter à d’inusables « Marcel » décolorés par des lessivages à répétition. Parmi eux, on distingue les Anglais, excentriques à souhait, avec leurs éternelles chaussettes grises, et les Allemands à leurs invraisemblables bobs aux couleurs indéterminées . Nos compatriotes, eux, ayant manifestement un faible pour la casquette américaine, souvent celles de leurs entreprises. À noter cependant que la classique « Ricard » fait toujours de la résistance. Elle attend sereinement son heure, celle de la pétanque, juste après l’apéro,  au camping, où elle règnera, souveraine, en maîtresse absolue des lieux…

Au fait, quoi de neuf en Avignon, Louis? Qu’en disent tes chers « critiques » de Télérama et du Monde. Les commentaires doivent aller bon train sur la dernière sortie de Mouchkine? J’y vais, j’y vais pas au Collège de France. Finalement, elle y va.Nommée par un décret signé Nicolas Sarkozy. Elle en est malade, la pauvrette! Suis ou ne suis je pas une traîtresse, c’est la question, ne cesse-t-elle de se répéter. Pathétique! Un vrai numéro de mauvais théâtre de boulevard. Tu me diras que :  » n’est pas Sartre qui veut  » , n’est ce pas?

Finalement, je le trouve plus authentique mon théâtre de rue narbonnais sans acteurs ni metteur en scène. Mon humeur suffit à distribuer les rôles et mes lectures à imaginer dialogues et actions. Mais il est déjà près de midi! Il fait un soleil de plomb et la place me manque pour continuer. Il est donc temps de te quitter pour commander un pastis: « garçon, s’il vous plaît! ». Pas commode le cabaretier, et d’une mauvaise foi. Son prénom? Je te le donne en mille: Jean Paul…

Bien à toi,

Michel