Contre-Regards

par Michel SANTO

De la « distinction »… à Narbonne !

 

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Entendu ceci, à la fin du dîner, dans la bouche de Michel, notre hôte:  » On est établi à Narbonne quand on possède une maison en ville, un chalet à Gruissan, un autre à Font Romeu… bien entendu on roule en 4*4…  » J’ai rajouté, pour faire bonne mesure :  » Et on ne se prive pas pour autant d’une semaine à Marrachech pendant la semaine sainte… » Le profil d’un concessionnaire auto, d’un notaire ou d’un entrepreneur du bâtiment fréquentant le   » Club des amateurs de cigares  » !

Ma fête de la musique au domaine du Griffon !

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Hier, je n’ai pas fêté la musique ! C’est le silence que je suis allé chercher. Pas très loin, à Boutenac  , au  » Domaine du Griffon « , une belle demeure vigneronne du 19 ème siècle tenue par Michel et Christophe, qui y ont aménagé cinq splendides chambres. Calme et beauté du lieu ; gentillesse et intelligence de nos hôtes; excellence de la table et des vins; et , hasard merveilleux, des convives charmants et agréables. Tout était réuni pour une belle fête de l’esprit et des palais; de la musique aussi, comme dans ce grand salon aux murs « chauds  » où nous fut présenté un vin gris, tout simplement exceptionnel, du domaine de Fontsainte. Mozart et son concerto n° 23 en rehaussait ses arômes délicats pour nous faire tomber dans une douce et bienheureuse rêverie… Le bonheur ne se décrit pas, me disais je !  Tard dans la soirée , loin, si loin de la foule et du bruit, le mien avait, en cette nuit ailleurs grégaire, les couleurs, l’âme et la beauté d’une ancienne demeure où vibre encore une certaine idée de la vie. De la vie, comme éveil des sens à l’infinie bonté des êtres et des choses…

La L.G.V tombe à l’eau !

 

 

 

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La guerre du rail aura-t-elle lieu ? C’est la terrible, l’angoissante question que se pose tout le département. Ce matin, en ce jour bien choisi où l’on fête la musique, nos grands élus sonnent le tocsin. La Ligne à Grande Vitesse ( L.G.V ) serait renvoyée aux calendes grecques ! C’est le rapport Duron – à ne pas confondre avec son presque homonyme – qui le préconise. Audacieux à n’y pas croire, ils ont décidé de poser un lapin à madame Batho; elle voulait les embarquer dans un débat vaseux sur la transition énergétique. Les nerfs à vif, mais les poches vides, comme celles de l’Etat, on retient son souffle à l’idée qu’ils osent entrer en dissidence. On tremble même dans l’attente d’un si grave déraillement politique. On a beau préconiser des sacrifices à Paris, il n’est pas question d’en subir à Narbonne et Montpellier. Non , mais ! Didier Mouly, n’est pas en reste dans ce  » roulage des mécaniques  » général . Viril et offensif, seul avec son micro parti local apolitique de droite  ( !!! ), il déclare solennellement que nos élus sont incompétents et qu’avec lui on ouvrira… Quoi donc ? Des perspectives ! Bigre, quel culot ! Allez, soyons cléments envers les acteurs de cette pathétique bataille du rail et donnons leur rendez vous ce soir devant le café de la gare. On y chantera  » si toi aussi, tu m’abandonnes « , la chanson bien connue du film  » le train sifflera trois fois  » .

Marc Kaprielan à la Poudrière !

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Hier avait lieu le vernissage de l’exposition (1) des oeuvres de Marc Kaprielan à la Poudrière; il y avait foule à tourner autour de ses toiles. Deux ans déjà qu’il nous a quittés ; sans prévenir ! Marc était la bienveillance et l’humilité même. La salle de son  resto, la   » Jument verte « ,  lui ressemblait : onirique et paisible. Par sa grâce – lui pourtant si solitaire – convergeaient vers elle tous ceux qui aimaient à le voir entre tables et cuisine incarner une certaine idée de la vie et de la sociabilité. Marc avait en effet ce don de rassembler. L’angoisse au coeur et la mort aux trousses, le temps lui pressait de nous donner sa part de mélancolique joie. Ses tourments, ses peurs, les toiles rassemblées à La Poudrière par Graziella et son ami Cauchy, aidés par Jacques Bascou, en témoignent de façon saisissante. Cris, corps et visages déformés, toreros aux yeux masqués d’un violent coup de brosse noir… Images d’un spleen qui lui masquait l’horizon. Voyait-il plus loin que le soir ? Qui pourra jamais répondre ? Ce dont je suis sûr, par contre, c’est qu’il savait éclairer, par sa seule présence, le nôtre. Et hier soir, à la Poudrière, si sa souffrance était ainsi montrée, ce n’était pourtant que bonne humeur. Dans l’air flottait comme un parfum venu d’ailleurs. À l’évidence, il était parmi nous. Comme avant! 

(1) Du 20 juin au 7 juillet. Tous les jours, de 10h à 12h et de 13h à 18h.

Une phrase de Georges Frêche !

 

 

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Cette scène: un début d’après midi, à la terrasse d’un café à deux pas de la préfecture de Montpellier. C’était en 1985, au début de l’automne, il faisait beau.  Georges Frêche, le jeune maire de Montpellier, alors, dominait de son physique, de son verbe et de sa gloire le petit groupe que nous formions avec deux ou trois de mes collaborateurs. Je venais de prendre mes fonctions, depuis deux mois à peine, à ce qui n’était pas encore le Conseil Régional et dont Georges, c’est ainsi que nous l’interpellions, avec le tutoiement d’usage, était le puissant Vice-Président. Cette scène, et cette phrase surtout par lui jetée sur la table, sont toujours présents à ma mémoire. Elle fit bien rire Jacques, qui pigeait à l’époque aux  » Echos  » et me fut complaisamment présenté comme le meilleur des journalistes régionaux, cette triviale saillie. Hier, lisant André Blanchard , je l’ai retrouvée, et avec elle son véritable auteur, page 179 de son dernier carnet   » À la demande générale  » . La voici :  » Paris est comme une femme et comme les femmes elle ne se donne qu’au vainqueur « . Avec Montpellier dans la bouche de Georges, cette phrase, je la trouvais hier comme aujourd’hui consternante.  Elle est de Jünger et on peut la lire dans   » les journaux d’Occupation « . C’est de la virilité en chaleur, écrit Blanchard. Elle cadre bien avec le dada de ce guerrier: l’éloge de la force, ajoute-t-il. Que dire d’autre, sinon qu’elle dit beaucoup des hommes politiques, de leurs profondes motivations…

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