Contre-Regards

par Michel SANTO

Contre-regards sur l’économie du Languedoc-Roussillon.

Le Languedoc-Roussillon devrait connaître la plus forte croissance démographique en 2030 : 32,2% et la plus forte augmentation du vieillissement de sa population (+ 73 % ) où la part des 60 ans et plus en représenterait 31,5% ( 29,3% pour la France métropolitaine).
Ce phénomène constitue certes un atout pour le développement économique régional, notamment dans le domaine des services à la personne. Mais il constitue aussi un défi par ses conséquences en termes de cohésion sociale et territoriale.
L’économie “résidentielle”, malgré son importance réelle, n’est pas, en effet, un moteur suffisant (le seul depuis un demi siècle !) pour pallier aux difficultés de secteurs traditionnels (comme les industries manufacturières et l’agriculture) fragilisés par la globalisation de l’économie mondiale. Et ce ne sont pas les industries et les services de pointe, peu présents, qui peuvent assurer le relais.
Quant aux fragilités sociales, elles s’expriment déjà au travers de plusieurs paramètres : chômage, niveau des salaires,saisonnalité, revenus sociaux, besoins en logement social et même, niveau des diplômes. La question de la précarisation possible d’une partie de la population et de certains territoires doit donc être d’autant plus posée que la stabilité des finances publiques, toujours sollicitées dans ces situations, n’est pas assurée.
Car si la croissance démographique crée de l’emploi, elle induit aussi une demande de financement pour satisfaire un niveau croissant de besoins collectifs en particulier dans les domaines de la santé et du logement, comme dans celui des équipements publics (eau potable, traitement des eaux usées,infrastructures, transports collectifs…).
C’est dire que, dans une situation de crise des finances publiques, les collectivités locales régionales ne pourront guère compter sur l’Etat et qu’il leur appartiendra de trouver des marges de manœuvre autrement que par l’augmentation des impôts.
Contrairement à ce que prétendent la plupart des « patrons » des exécutifs régionaux, elles existent. Mais cela suppose que toutes les collectivités «  réduisent leur voilure » et ramènent leur champ d’intervention à celui que définissent leurs compétences. Cela signifie aussi une plus grande coordination de leurs politiques publiques, une mutualisation de leurs moyens et de leurs services, plutôt que leur redoublement… Une véritable révolution dans un Languedoc-Roussillon où règne une classe politique pour qui la seule variable d’ajustement est la fiscalité…

 

 

Notre croix et notre chance.

Dans le numéro 150, mai-août, de la revue Le Débat, Marcel Gauchet signe, page 153-161, une stimulante contribution sous titrée ” Le combat des Lumières aujourd’hui “.

A l’opposé d’une vulgate post-moderne pour qui les tragédies du XXè siècle s’expliqueraient par le mythe d’une raison toute puissante enfantant un inéluctable progrès, Gauchet plaide en faveur du programme des Lumières, ” pour peu qu’on sache l’actualiser .”

Le constat: ” nous sommes sous la menace d’un obscurantisme démocratique qui pourrait rien avoir à envier à l’obscurantisme religieux de jadis.”… En effet, la spécialisation des savoirs et l’expertise rendent paradoxalement le monde incompréhensible et  les flux permanents d’informations sans cohérences et mémoires masquent la marche d’ensemble de nos sociétés. Quant à la critique, son emploi dégénère dans une culture de la dénonciation devenue une fin en soi qui, à ce titre, fait obstacle à l’intelligence. Une dénonciation qui s’enracine dans une idéologie des droits de l’homme et qui envahit l’espace public d’un moralisme d’autant plus pervers qu’il ” mobilise les ressorts intimes de l’affectivité.” 

Et
Gauchet de nous alerter sur ce nouveau règne de la méconnaissance et de l’illusion fort susceptible ” d’inspirer une tyrannie douce. “

Sa proposition: ” c’est d’un nouveau discours de la méthode dont nous avons besoin…les maîtres mots : auto-réflexion et autocritique.” Car nous sommes structurellement voué à croire, religion ou pas. Qu’il ne suffit pas de se vouloir éclairé pour l’être, qu’ on peut l’être aussi aveuglement… Mettre en oeuvre le programme des Lumières, certes, nous dit-il, mais le soumettre au même tamis que l’antagoniste contre lequel on s’oppose en ayant conscience que cette opposition peut aussi être obtuse.

Analyse que je conclurai par ce bel et puissant paradoxe symbolique de notre auteur: ” Ce redoublement réflexif est notre croix et notre chance.”

Le sacre du mot et de la chose ( actualisé ce jour )

                                   


«Je suis libéral. La droite ne l’est pas. La gauche doit se réapproprier avec fierté et le mot et la chose», assure Bertrand Delanoë. Après De Gaulle,la Nation et la sécurité voilà que la gauche de ” gouvernement ” , une partie, pour l’heure, ose, par la voix du ” manager ” ( autre réappropriation ) de Paris, une nouvelle transgression sémantique.Une véritable révolution culturelle en ce mois de Mai décidemment propice à l’enterrement des vieilles idées.Cela dit, s’il convient de ne pas négliger la portée ” symbolique ” du  propos,
Eric Le Boucher, le chroniqueur du Monde, ne manque pas de pointer, comme le note Eric Dupin : ” les limites d’un socialisme naïvement “moral” et invite ces “cossards” de socialistes au travail “. En attendant , que la fête continue jusqu’au ” sacre ” du mot et , surtout, de la chose. Bientôt (?!) , à Reims..

PS.
  «Le mot libéralisme est le mot de nos adversaires politiques», a lancé dimanche sur Canal + Ségolène Royal. Ah bon! S’il y a bien un terme qui réunit la gauche et la droite conservatrice dans une même aversion, c’est pourtant bien celui-là.