Contre-Regards

par Michel SANTO

Les paroles étoilent la nuit des choses.

 

 

 

10 heures 30. Dimanche. Direction le Moulin du Gua ! Avant de rejoindre la rue de l’Aude, je coupe à travers une résidence. Ce que jamais je fais. Devant moi, un poème de Max Rouquette ! Couvrant de ses quelques mots toute une façade… Juste avant que ne tombe la pluie…

 

« Les paroles étoilent la nuit des choses

  Elles se mirent dans l’étang

  [des monstres abandonnés

  au fond du puits éternel des ténèbres.

 

 Les paroles sont de la lumière en chemin

 qui ne savent pas si quelqu’un les attend.

 

 La nuit infinie. »

 

Quelques heures plus tard, étrange et douloureuse coïncidence, une étoile s’éloignait…

Un monde halluciné d’êtres digitaux.

 

 

Conversation de ce matin au « Soleil Noir ». Avec un ami. De ceux avec lesquels je m’écartent du temps présent pour en extraire quelques aspects ou objets qui en définissent le sens. Ainsi de cet i phone en particulier et des Smartphones en général. Des téléphones dont la fonction principale n’est plus de téléphoner mais de « glisser ». Nos contemporains passant plus de temps à surfer du bout de leurs doigts sur des images qu’à transmettre des infos utiles à leurs correspondants. Un mouvement venu des plages californiennes et qui semble transformer toutes nos manières de faire et d’agir. On glisse sur l’eau, sur la neige, sur le net. On le fait à présent sur les écrans de téléphone portable. L’ivresse de la vitesse et de la légèreté étant désormais recherchée et vécue comme l’expression même du bonheur. Un artefact de bonheur siglé et présenté en toutes circonstances et en tout lieu. A table, devant la télé, au boulot, dans le métro et jusqu’au dodo… Un objet qui fixe dans les esprits un monde lisse, sans adhérences et pesanteur. Un monde de « glisse » dans lequel l’ivresse du moment présent emporte tout sur son passage. Un monde halluciné « d’êtres digitaux »…

Une lecture d’Yves Bonnefoy.

Unknown    

Mes lectures :

   

Celle d’Yves Bonnefoy, en ce début d’année. Et pour donner le goût de ce poète à ceux qui n’ont jamais croisé ses lignes, cet extrait de « Deux langues mais une seule recherche ».

 

 

« On dit volontiers aujourd’hui que notre parole va son chemin sans rencontrer jamais d’aspects du monde ou de situations de la vie qui échapperaient à sa prise et néanmoins nous pénétreraient d’une vérité qui leur serait propre. Le réel ne serait selon cette vue que le produit du langage. Est-ce vrai ? Oui, pour ce qui est des objets, en cela artificiels, à l’aide desquels nous avons bâti notre lieu, mais ne s’attacher qu’à ceux-ci, et aux événements qui s’y articulent, serait ne pas tenir compte des moments pourtant innombrables qui, au contact de la réalité naturelle, bouleversent nos systèmes de représentation et nous font ainsi percevoir dans la profondeur de notre rapport à nous-mêmes des dimensions que recouvre la pensée qui se fait langage et, dans cet espace des mots, se voue au concept. Qu’une nuée se déchire, par exemple, qu’un rayon de soleil se glisse entre ces deux masses d’ombre, et voici que quelqu’un en nous s’éveille à une expérience … »

Alévêque et l’enfer du « rire ».

 

 

Alévêque, que je ne connais pas,  est, paraît-il, un humoriste. De ceux qu’apprécie notre époque et nos médias: méchant, grossier, vulgaire. Avec tous ses confrères et ses bigots, il appartient à ce nouveau clergé de la bien-pensance petite bourgeoise qui défile à Beaubourg et se gave au cynisme. Le crachat compassionnel enrobé d’anti-libéralisme pailleté est leur mode d’être et la culture «  sous vide » leur rosette. On les reconnaît aussi à leur chic négligé qui suinte le « fric ». Gardiens du langage contemporain, ce sont nos nouveaux bergers de l’être : « Ce mec est une pute ! Écris le ! Je te jure, ce qu’il fait, c’est toujours en fonction de son nombril. C’est écœurant. » Ils ne parlent pas aux oiseaux. Ils les tuent et les mangent. Tout cru !

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