Contre-Regards

par Michel SANTO

Yves Jeuland. Le Président de la Région Languedoc-Roussillon et sa Vérité.

     

   

Le réalisateur Yves Jeuland a filmé Georges Frêche pendant sa campagne régionale de septembre 2009 à mars 2010: son dernier combat électoral. Un documentaire admirable, fascinant.

Une leçon sur une des façons de concevoir et de vivre la politique qui tient toute dans ce postulat frêchien énoncé devant ses étudiants : « Les électeurs sont des cons. » Précepte que son directeur de cabinet Frédéric Bort lui rappelle avec la fougue du courtisan (un dircab n’ayant d’autre fonction que de renvoyer à son patron l’image qu’il se fait de lui-même): « Il faut mentir, sortir des chiffres avec de l’aplomb, dire que vous avez fait le double, etc. C’est ça qui compte, c’est l’essentiel. En période électorale, n’importe quoi peut se dire et peut être accrédité de la même manière, alors même que c’est faux. »

Robert Ménard? Premier ministre!

 

Tous les matins (enfin ! pas tous, j’ai fini par craquer.), quand il m’arrive de tomber sur « un journal » radiophonique, je me dis, reprenant à mon compte cette remarque de Patrick Besson sur l’inénarrable Rober Ménard : « C’est le journaliste qu’il aurait fallu nommer au gouvernement. A la tête de l’opposition. Aux commandes d’Areva. De Total. Du Monde. Dans tous les jurys littéraires. A la direction du Festival de Cannes. Des Francofolies. De Lapérouse. De l’armée. De la police. Comme entraîneur de l’équipe de France de foot-ball. De volley-ball. De water-polo. Ne savent-ils pas, ainsi que le montre la pertinence tous azimuts de leurs innombrables questions, tout et tout faire ? C’est trop dommage de se priver de tant de talents rassemblés dans quelques personnes. » Quel gâchis, en effet !

Le ressenti et le réel.

 

 

Les Assises nationales de la qualité de l’environnement sonore s’ouvrent aujourd’hui, mardi 14 décembre. Trente cinq ans de politique contre le bruit, et des enquêtes d’opinion qui se suivent et se ressemblent. Pour deux français sur trois le bruit est une nuisance. Un niveau d’insatisfaction qui ne baisse pas. Bien au contraire! Ce qui fait dire à Dominique Harbaultque « Toute la réglementation est basée sur les décibels… or cela ne suffit pas à expliquer la gêne, qui est liée à de nombreux autres facteurs. ». Et d’expliquer que des travaux sont en cours autour de la « sonie », qui permet de prendre en compte le « ressenti » du bruit. Ah! ce maudit ressenti…Qu’on ferme une boîte de nuit et ce sont les pas du voisin qu’on entendra. Qu’on constate une montée de la violence et c’est un sentiment d’insécurité qu’on diagnostiquera. Qu’on se désole du brouhaha politicien et c’est une sensation de vide démocratique qu’on théorisera…A croire que le ressenti n’a pas d’autre réalité que subjective. Que sa source n’est pas dans le réel social et politique. A Narbonne, le thermomètre affiche 5 degrés. Mais avec le vent du Nord qui souffle à 90 kilomètres à l’heure, mon ressenti, lui, bien réel, tourne autour de 0…Comme celui éprouvé à l’égard d’un discours dominant qui, s’effrayant d’un réel aux effets dissolvant, nous serine à profusion des  » ressentis  » culpabilisants…Gare au retour du refoulé!

 

Un triomphe sans péril.

 

 

 

François Bayrou a été réélu (94,69 % des voix lors d’un vote effectué par Internet) à la présidence du Mouvement démocrate (MoDem) a annoncé, dimanche, à Paris un cadre du parti ( !), François-Xavier de Peretti, à l’ouverture de son troisième congrès.Et «  Le Point » de titrer : « François Bayrou, triomphalement réélu à la tête du MoDem ». Triomphalement ! Bigre ! Seul candidat en lice, élu avant  son congrès avec un taux de participation de 26,40% et à la suite d’une série électorale catastrophique pour son parti, on se dit que la rédaction du Point à du triomphe une définition peu glorieuse…et sans péril. Au point de se demander si cette inflation sémantique ne vise pas à masquer la dévalorisation politique de cet homme et de son mouvement. N’est ce pas Francis Bacon (1561-1626) qui disait : « La gloire ressemble au marché ; parfois, quand vous y restez quelque temps, les prix baissent. » Rien de changé sous le ciel des idées …                            

Les marchands d’illusions.

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Que noter aujourd’hui qui n’ait l’air d’une reprise (dans tous les sens du terme) de ce que les médias nous font entrer dans la tête du soir au matin ? Puisqu’il est établi une bonne fois pour toutes que si la neige tombe en abondance, les chinois restreignent les libertés, les juges libèrent les truands (et emprisonnent les policiers), le climat se réchauffe, les déficits se creusent, la santé se dégrade, l’éducation n’en parlons pas et tout le reste à  l’avenant, la faute en revient à nos gouvernants et que les solutions sont dans les serviettes de leurs opposants, pensons à autre chose. Je ne sais pas moi ! A la chapelle des Auzils, tout en haut de la Clape, avec pour horizon la mer et la chaîne des Pyrénées, à Andrée Chédid et son dernier livre de poèmes, à cet espagnol de 90 ans rencontré ce matin qui connut bien mon grand père, à cet homme ou cette femme inconnue qui me tendait la main, à cette amie et mes étoiles… A tout ce qui fait l’étoffe de nos vies. A ces mouvements du corps et de l’âme qui me font tourner le dos au spectacle du monde, enfin. Un spectacle qui, en ce temps d’Avent, nous en présente la forme la plus vulgaire et la plus mercantile dans ses marchés de Noël: des baraques en rondins synthétiques couvertes de coton et remplies de pacotilles. L’image même d’une société tombée dans l’oubli de sa culture et dopée au dérisoire.  Prête ainsi à s’offrir à tous les marchands d’illusions…

           

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