Promeneur de centre-ville, je me désole chaque jour du visage offert à ses visiteurs par des alignements de façades d’une laideur épouvantable. Je ne fais pas allusion ici à celles de certaines rues du quartier populaire de Bourg, encore moins à celles de Cité, pourtant plus bourgeoises, encore que!, mais à cette espèce d’immense panneau de murailles lépreuses vérolées par des fenêtres et des climatiseurs d’un autre âge, reliant l’Office du Tourisme à la rue des Marchands, côté canal. La face arrière du noble cours Jean Jaurès, me diront certains esprits économes, mais aussi l’entrée de ville des nombreux touristes, anglais surtout, qui traversent notre Cité au rythme lent de leurs embarcations, faut-il donc le leur rappeler.
Passé le pont des Marchands en direction de « la Maison des Trois Nourrices » , quelques pas suffisent pour rejoindre la place des « Quatre Fontaines » .
C’était un matin du moi de juin. Je venais de quitter mon marchand de journaux de la rue du Pont et me dirigeais, plutôt content, vers la place de l’hôtel de ville. Mais, par malheur, je tombai, au sens propre comme au sens figuré, sur le nouvel occupant d’un magasin autrefois spécialisé dans la friandise. Et qui, sans l’habituelle transition météorologique narbonnaise, m’entreprîtsur le dur métier de « commerçant de centre ville ». Blindé, je m’apprêtais à encaisser le lot habituel de critiques sur les conséquences néfastes de la piétonisation et du plan de déplacement urbain. L’esprit déjà ailleurs pour en sauvegarder le peude considération qui me reste encore envers cette pourtant fort honorable corporation. C’est son regard attristé dirigé vers le ciel qui m’a mis la puce à l’oreille. Les voitures et les piétons ne volant pas encore, je m’inquiétais qu’un pot de fleurs ne nous tombât sur le crâne. Enfait de fleurs, c’est de la fiente des hirondelles dont se désolait notre commerçant. Elles souillaient son auvent de toile récemment installé. Et de me demander tout de go si la mairie ne pouvait pas faire quelque chose? Abasourdi, je lui fis remarquer que c’était une espèce protégée ( les hirondelles, pas la mairie…), et qu’on ne pouvait pas en demander l’élimination. A sa tête de carpillon privé d’air, j’ai tout de suite compris que ma réponse ne l’avez pas convaincu. Je décidai donc de le planter devant sa boutique pour aller m’installer à la terrasse du « Petit Moka » en la compagnie ironique d’un ballet aérien mêlant joyeusement hirondelles et martinets . Un moment de pur bonheur…
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