Contre-Regards

par Michel SANTO

A vau-voeux.

Est-il donc établi que la conscience soit à gauche et le cynisme à droite ? Qu’au spectacle du monde un soupir attristé suffise à divertir nos âmes ? Qu’aux malheurs des autres un regard désolé nous libère du courage ? Que de grands discours nous dispensent de franches vérités ? Qu’une victoire dans les urnes soit plus belle que des cœurs en détresse? Que le Père Noël soit rouge et le petit Jésus blanc ? Que le béton soit à droite et la pierre à gauche ? Que les blacks soient « trops »… et les harkis « riens » ? Que les mots soient pour Sarko et le sens pour  Ségo ? Que la langue de bois soit goûteuse et la sauce piquante ? Que 2007 ne soit pas 2006 ? Que la vie va trop vite et  le temps pas assez ? Que ma plume s’affole et les signes m’enivrent ? Qu’il suffise d’un espoir pour que se forment des vœux ?

   

Les matins blêmes.

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Le jour de Noël, quatre condamnés à mort ont été exécutés. Au japon. Par pendaison.

La journaliste de Radio Classique qui nous donne cette information oublie,  sous le coup de l’émotion, de nous signaler que l’immense majorité des japonais ignore tout de la Nativité et de sa puissante charge symbolique.

Les bienveillantes de Jonathan Littell.

Unknown

Nos journées sont un tissu serré d’habitudes. Au moment où j’attaque ma joue gauche de la lame de mon rasoir, comme tous les samedi, à la même minute où j’accomplis ce même geste, la voix d’Alain Finkielkraut ouvre son émission du samedi matin sur France Culture par la première phrase du roman évènement de Littell : « Les Bienveillantes » : « Frères humains, laisser moi vous raconter comment ça s’est passé. » 

 C’est de la parole d’un bourreau dont il s’agit tout au long de ce livre. Que je suis en train de lire. Un bourreau nazi, cultivé et raffiné. Qui obéit aux ordres. Qui tue aussi avec méthode. Avec le souci aussi d’être reconnu comme un grand professionnel de la « chose ». Et qui est pris, en conscience, dans un faisceau d’habitudes où le mal est en partage avec ses frères en barbarie.

La lecture des « Bienveillantes » secoue. Son « héros », Max Aub, est une parfaite allégorie d’une fraternité fondée sur l’abjection. Elle montre qu’au cœur de tout homme et de tout agrégat humain gît la violence. Et que la culture n’en est pas l’antidote absolu. Il suffit  d’entendre ce qui ce dit  autour de vous…

 

       
 

Gamers!

Soir 3, le journal de 19H30, vendredi. Le sujet : les achats de Noël dans un magasin de jeux électroniques.

Le vendeur interrogé! Un manche à balai hirsute revêtu d’une culotte longue, informe et de couleur indéterminée. Sur laquelle retombait une chemise fatiguée et probablement sortie d’une essoreuse à bout de souffle.

Début de son propos charabianesque : " les gamers…"

Et de voir apparaître en bas, à gauche de l’écran: " gamers = joueurs ".

Le progrès fait rage…

Joyeuses Fêtes!

Le Palais du travail de Narbonne n’a vraiment rien qui puisse attirer l’œil et l’esprit du promeneur égaré. Surtout à la tombée de la nuit, qui, en cette mi décembre, le recouvre tôt d’un manteau de froidure à travers lequel percent néanmoins des plaques de murs zébrés de longues cicatrices de ferrailles rouillées. Le vent du Nord, violent hier, et qui vous met  les nerfs à vif, ne pouvait, hélas, me distraire de cet édifice marqué par le temps et m’en faire oublier ses formes désespérément tristes. C’est dans ces ténèbres architecturales que M. Raynaud, le président-sénateur du Conseil Général tenait une réunion sur les orientations (le mot est joli) budgétaires du Département. Dans la salle « Lacroix », précisait le carton d’invitation. Tout un programme ! Autant dire que l’ambiance n’était pas à la fête. Les millions d’euros volaient au dessus des quelques têtes présentes. Quatre ou cinq maires, six ou sept conseillers généraux, des fonctionnaires du Conseil Général  et deux ou trois «  personnalités » seulement, qui semblaient plus préoccupés par les derniers préparatifs de leur soirée du réveillon que par la démonstration quasi inaudible de Marcel sur la sempiternelle responsabilité de l’Etat et de la droite « dans la dégradation des finances locales ». Un grand classique de la rhétorique politicienne. De gauche comme de droite… Avec cependant une surprenante nouveauté en ces terres d’Aude : l’insistance sur la modération fiscale et, surtout, pour le R.M.I et l’A.P.A, l’essentiel des dépenses, sur le « nécessaire contrôle » et « l’effectivité des prestations ». En langage moins diplomatique « la chasse aux fraudeurs ». Et une nouvelle illustration du théorème de « Bascou-Andrieu » selon lequel : « il n’y a pas de problèmes de droite ou de gauche, par contre les solutions qu’on y apporte, elles, le sont…c.q.f.d ». Joyeuses fêtes ! et bonne année 2007 aux rmistes audois! Feu !!!

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