Contre-Regards

par Michel SANTO

La Grèce est-elle l’avenir de la France?

« Nous revenons… au Moyen Age. » nous dit J. Marc Vittori dans son excellent éditorial des « Echos ». Un Moyen Age où les Etats, jusqu’au XVII e siècle, étaient des emprunteurs comme les autres et qui, pour faire la guerre, avaient besoin d’argent. Un argent qu’ils payaient très cher à leurs créanciers car ils faisaient souvent défaut. Nombre de rois y ont perdu leurs terres ou leur trône.Et c’est pour mettre fin à cette impéritie qu’est née la démocratie parlementaire. Les dépenses, emprunts, dettes et recettes relevant depuis de la seule responsabilité du peuple et non du Roi.
Mais si, depuis, nous vivions avec l’idée que les Etats ne pouvaient pas faire faillite,la situation financière de la Grèce vient de la faire exploser. Les Etats sont désormais des emprunteurs comme les autres auxquels il peut arriver, comme au Moyen Age, que les marchés comme les peuples ne leur fassent plus confiance pour cause de mensonges et d’incompétence.
Les prêteurs attendent donc des Etats une plus grande solvabilité qui passe nécessairement par la mise en oeuvre d’efforts colossaux afin de rétablir des finances publiques dramatiquement déséquilibrés. Et ce dans un contexte où les dépenses de retraite et de santé vont fortement augmenter dans les prochaines années.
Les gouvernants sauront ils les faire accepter à leurs électeurs ? A entendre ceux d’aujourd’hui et ceux qui prétendent leur succéder demain on peut en douter.
Pour l’heure, c’est la Grèce qui est placée sous tutelle. Mais rien ne nous garantit que nous ne le serons pas un jour… On en imagine les conséquences dans une France où plus de 50% de la richesse produite est contrôlée et redistribuée par l’Etat !
Dans notre beau pays, qui est aussi celui de Descartes, on dit, paradoxalement, que les réformes s’engagent toujours au bord de l’abîme… La Grèce nous en indiquant le chemin, il serait sage de nous arrêter pour ne pas demain la suivre…

Nous sommes tous grecs!




Qu’est ce qui importe pour notre avenir et celui de nos enfants ? Les prochaines élections régionales en Languedoc-Roussillon et ses dernières péripéties politiciennes ou les décisions que prendront aujourd’hui les responsables de l’Union Européenne concernant une Grèce à la dérive ? La réponse est évidemment dans la question.
Ce n’est pas avec une richesse produite par habitant qui nous place en queue du peloton des régions françaises depuis des lustres et une institution régionale sans pouvoir réel sur les ” fondamentaux économiques et sociaux ” que son futur « patron » pourra modifier cette situation. A l’inverse, que l’Union Européenne laisse « tomber » la Grèce, que ses Etats et sa banque centrale ne prennent pas sa dette à des taux d’intérêts acceptables en contrepartie d’ajustements budgétaires sérieux, et c’est toute la zone euro qui en pâtira. Les marchés (c’est-à-dire les gestionnaires de notre épargne….) ne manqueront pas en effet d’aller demander des comptes à d’autres.Y compris à la France dont on ne peut pas dire que sa politique budgétaire et fiscale soit marquée du sceau de la responsabilité. Les marchés, mais aussi les pays vertueux comme l’Allemagne qui commencent à en avoir assez de « payer » l’incompétence et les mensonges de ceux qui pratiquent la plongée dans les dépenses publiques et dans la dette comme seuls leviers de leurs politiques économiques et sociales.
Ce que révèle la situation de la Grèce, c’est que le « pacte de stabilité » de Maastricht comme moyen de coordination des politiques budgétaires et fiscales de l’Union Européenne n’est plus suffisant. Si tant est qu’il ne l’ait jamais été! L’heure est donc venue d’une plus grande « intégration » de ces politiques. Ce qui signifie moins de « souveraineté nationale » et donc plus de contraintes sur les choix des «  peuples ». Les accepteront-ils ? Avec toutes leurs conséquences ?
Dans les dix ans qui viennent c’est à ces questions que nos dirigeants devront répondre. Quant à celle de savoir qui sera, dans ce contexte et dans les mois qui viennent, le prochain président du Languedoc-Roussillon, j’avoue ne lui accorder d’autre intérêt que celui que l’on peut allouer au dérisoire et à la bouffonnerie.
C’est à Bruxelles en effet que se joue aujourd’hui et pour demain notre avenir et celui de nos enfants.Pas à Montpellier!

Le plus dur est devant nous.

Avant de tenir chronique dans la Croix, Alain Vernholes le faisait dans le Monde. L’économie est son sujet. Ou plutôt les politiques publiques économiques. Sa dernière, datée du 8 février 2010, est titrée «Le plus difficile est pour demain». Sa conclusion est qu’il faudra 10 à 12 ans d’équilibre budgétaire pour retrouver le niveau d’endettement qui était le nôtre en 1997 (60% du PIB ) et, en conséquence aussi serrer les budgets de l’Etat, des collectivités locales et de la sécurité sociale. Donc réformer sans désordre, agir sans autoritarisme et assainir les comptes publics en évitant le risque de la stagnation économique. Trois « grands écarts » qu’une droite fatiguée pourrait refiler à une gauche pas très motivée afin de gérer la crise sociale que ne manquera pas de produire ces ajustements budgétaires au combien nécessaires!Mais qui en contrepartie de ce transfert démocratique de la gestion du pays à la gauche lui permettrait, à l’occasion d’élections intermédiaires, de reprendre, mairies, départements et régions… En attendant, observons à la manœuvre les gouvernements espagnols, grecs et portugais, socialistes et sous pression des marchés financiers. Un avant goût de ce qui pourrait, peut -être, nous échoir un jour…

Les limites du don?





Ce soir là, nous étions entre amis et la discussion tournait autour des limites du don. L’actualité en toile de fond. Qu’en retenir aujourd’hui, pour mieux en reparler à l’occasion?
Que nous vivons dans une économie de marché, dont le fonctionnement suppose l’échange et dans un système juridique, qui  exige la réciprocité.Et que ces deux domaines étroitement imbriqués finissent par structurer notre pensée au point d’envisager toute relation sur le seul mode de l’échange. Au point de considérer comme douteux, suspect ou hypocrite tout acte qui n’aurait pas de contreparties matérielles ou « symboliques ».

C’est ainsi, par exemple, que le “sourire de la boulangère ou de la crémière” ne peut être qu’intéressé par ses éventuelles retombées commerciales.
Bref, il n’est pas d’actes gratuits. Chaque don a nécessairement sa contrepartie. A la seule exception, peut-être, du ” juste ” qui, pour sauver la vie d’un inconnu donnerait la sienne.
Que ces propos visent tout ce qui relève du « pathos de la bonne conscience satisfaite », certes. Mais peut-on en déduire, conséquemment, qu’il serait inutile de chercher la gratuité dans le don et qu’il convient de le considérer, comme tout échange, qu’intéressé et forcément imparfait au plan moral ?
Soit! Admettons que tout don ait sa contrepartie. Mais pourquoi donc devrait-elle induire chez le « donateur » un sentiment d’incomplétude ou d’imperfection ? Ou que le peu de fierté ressenti dans le fait de donner de son temps, ou d’autres choses, soit vécu comme une déchéance morale ? Et qui ne voit, qu’à trop  ” filer ” cette idée, on offre ainsi, paradoxalement, au cynisme propre à notre époque l’argument « moral » qui le justifie.

Alors, entre ne pas donner pour ne pas être « dupe » et donner dans l’espoir d’en tirer quelques “bénéfices”, convenons tout simplement de suivre la sagesse de nos cœurs. Celle qui commande de nous conformer à notre nature profonde. Et qui nous invite à accepter tout aussi naturellement la seule joie de donner…

Les mots et leur contexte.



Que les derniers propos de Georges Frêche sur Laurent Fabius soient démagogiques et gras comme ceux qu’il distribue généreusement devant des auditoires serviles et conquis d’avance, sans doute. Je ne manque jamais de les rapporter ici. La grossièreté populiste pour gagner des parts de marché politique et la servilité intéressée qui en justifie l’usage m’insupportant au plus au point. Mais, aujourd’hui, peut-on, avec sa sortie sur la « tronche » de L. Fabius l’accuser, comme de nombreux dirigeants du PS le font explicitement, d’antisémitisme. Les inconditionnels de ce personnage, il en existe de nombreux en Languedoc Roussillon par crédulité, intérêt, fascination ou soumission psychologique, le nient et s’insurgent. Leur « idole » serait, à l’inverse, une pauvre victime innocente « objet d’une grossière manipulation orchestrée par d’odieux dirigeants socialistes », ” parisiens ” de surcroît. Une exécution scandaleuse, nous disent-ils, avec, pour seul et dérisoire attendu, une « banale et inoffensive phrase » sur la tête d’un des leurs qui ne serait pas catholique (la tête !). Une ligne de défense maintenant bien rodée faisant valoir l’innocence quasi ontologique de leur « grand homme ». Mais qui a comme revers, si je puis dire, de mettre en relief ou sa bêtise (il ne se rend pas compte !) ou son mépris (tous des cons !). Sur le mépris, n’insistons pas, il le revendique fièrement. Quant à sa bêtise, se serait faire injure à son intelligence, qui est bien grande. Car ce monsieur, élevé chez les «  Mao », sait, lui, que les mots, les formules, les adages et autres « expressions populaires » ne sont pas neutres. Qu’ils prennent tout leur sens dans le contexte où  ils sont prononcés. “Une tronche pas très catholique” jetée à la face d’une Martine Aubry élevée chrétiennement, par exemple, n’aurait, à l’évidence, pas produit un tel tumulte. A l’inverse, la même « appréciation » portée par J.M Le Pen sur une personnalité musulmane ou juive aurait, n’en doutant pas, soulevée le cœur de l’ensemble des « consciences ». Même celle de Georges Frêche et de ses adorateurs ! Aussi, sans me prononcer sur le procès en « antisémitisme réel » que lui font les dirigeants du PS, force est de constater, qu’ en la circonstance, dans cette traque à l’électeur désormais lancée, ce qui ne peut lui être dit lui est ouvertement suggéré en jouant sur les situations, les personnages et les mots avec tout ce qu’ils peuvent charrier de fantasmes et de haines tapies dans les recoins de toutes les « communautés » politiques, ethniques ou religieuses. Tout en les arrosant de généreuses subventions…au point de les rendre complètement schizophrènes.A ce jeu là, notre « artiste » de la manipulation psychologique, est un maître. Et on l’aime, claironne-t-il. Une expression populaire, elle aussi, toujours proférée par les grands et petits autocrates…Qui s’aiment tant!