Contre-Regards

par Michel SANTO

Covid-19 ! Trop de masques cachent d’autres morts dans l’indifférence générale…

 

     

Je ne sais par où ni comment conter cette petite scène vécue avant-hier devant mon – façon de parler – petit immeuble de la rue Hippolyte Faure. Peut-être en exprimant d’abord le trouble qui me saisit alors quand je vis soudainement apparaître, venant dans ma direction, affolée, la petite fille – une jeune femme déjà – de ma voisine : celle dont l’appartement se situe dans l’habitation mitoyenne à la nôtre. J’étais en conversation, en cet instant là, avec mon fils Laurent, sur cette place piétonne joliment rénovée qui, de fait, n’est plus une rue que pour des raisons historiques et administratives ; le temps était celui d’un après midi calme et doux. C’est dire le choc que fut, pour moi en tout cas, l’arrivée à notre hauteur de cette frêle personne, tremblant de la tête aux pieds, en larmes, le visage tout entier frémissant sous l’effet de la peur. À quelques mètres de distance son grand-père – que je connais de vue depuis fort longtemsps – la suivait, des feuilles de papier à la main. « Je n’en peux plus… il a Alzheimer … d’habitude il est calme… violent… je ne peux pas le retenir… il veut sortir… » Ses paroles s’entrechoquaient dans un mélange de chagrin, d’inquiétude et d’impuissance qui faisaient peine à entendre. Fort heureusement, la présence de Laurent, dans sa tenue de pompier symboliquement rassurante et par certains côtés dissuasive, comme son habitude à intervenir dans toutes sortes de situations de détresse ; sa faculté aussi à savoir prononcer les mots propres à calmer des états de panique, a réussi à pacifier cet homme perdu dans le temps et l’espace. Par bonheur – mon Dieu ! que cette expression est mal venue… –, sa femme, quelques minutes après, garait son véhicule un peu plus loin, véhicule à l’intérieur duquel cette petite famille désemparée s’est ensuite très vite engouffrée. Comme s’il fallait fuir le regard imaginaire ou réel du monde ordinaire ; et le nôtre en particulier. Depuis, je pense souvent à cette scène et, par contagion, à ma tante Dolorès. Elle, Lola, qui finit sa vie – qui n’en était plus une –, durant de trop longues années, avec cette terrible maladie, dans un Ehpad des Corbières – Durban précisément. L’avoir vu, ainsi seule, muette, dans sa chambre, ou dans la compagnie silencieuse et douloureuse de nombreux autres « résidents » très âgés, abandonnés là, pour la plupart, par des parents plus ou moins proches, dans la très grande salle commune où flottait cette odeur si caractéristique et prégnante de la mort, m’était insupportable. De cela, de cette souffrance, de cette déchéance, dont on ne guérit pas, à l’inverse du coronavirus, j’ai peur ; je l’avoue. J’ai peur aussi de devoir la faire supporter à mes proches : femme, enfant et petits enfants. Une peur plus présente et plus active que celle du covid-19 dans laquelle tentent de m’enfermer statistiques et commentaires macabres ; instrumentations politiciennes et corporatistes dont nous inondent quotidiennement médias et réseaux sociaux. Jusqu’au point de nous rendre collectivement victime d’une forme de  névrose obsessionnelle où les masques et les tests, dans l’indifférence et l’angoisse mêlées, cachent d’autres morts, physiques et mentales, encore plus effrayantes.

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Commentaires (1)

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    KRISDEN

    |

    Bonsoir,
    Vos propos m’inspirent la réflexion suivante.
    Et si tout n’était que virus….La vie, elle-même, n’est-elle pas un virus?
    De toute façon quoique nous fassions, elle se conclue toujours de la même façon.
    Bien à vous

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