Contre-Regards

par Michel SANTO

Les objets ne sont pas neutres.

On ne prête pas suffisamment attention aux choses et appareils de toute espèce qui constituent notre environnement domestique et social.

Cette indifférence au monde inanimé est le produit d’une de nos caractéristiques anthropologique : l’habitude. Il suffit pourtant que l’un d’entre eux se rappelle à nous dans de malencontreuses circonstances pour qu’en jaillissent ses aspects les plus funestes.

Comme ce matin, où un monstre mécanique piloté par une jeune mère de famille fanatiquement pressée a failli me briser les chevilles. J’espérais, de cette conductrice d’une machine issue du croisement d’un kart et d’une tondeuse à gazon, un petit geste de compassion. Je n’eus droit qu’à un sourire pincé et méprisant. De ceux qu’elle doit réserver à qui fait obstacle à sa seule liberté et, par extension, à celle de son enfant. Sinistre bambin,au demeurant, affublé de lunettes au design  de tankiste et qui, à l’unisson de sa génitrice, n’aspirait visiblement qu’a achever son travail de démolition.

Depuis, j’avoue regarder autrement ces « poussettes » modernes, qui me semblent idéalement symboliser tous les travers de  notre société. Notamment celui de « l’enfant-roi ».Cet enfant à qui tout est permis.Ce petit individu autonome,  tourné face au monde et non plus face à la génération précédente comme dans les berceaux sur ressorts d’antan.

Plus rien ne doit s’interposer, en effet, entre nos « petits anges » (tu parles !) et l’univers. Il leur revient désormais de construire eux-mêmes leur vie et leurs savoirs.Les adultes, et papa et maman (oh! les vilaines appelations!) n’ont plus rien à transmettre sinon des ressources. Quant au reste des vivants ils représentent une contrainte insupportable au « désir d’avenir », pour utiliser une formule à la mode.

J’indiquais, dans un billet précédent, que les mots n’étaient pas neutres. Les objets, non plus ! Et notre « poussette » actuelle , hautement sophistiquée,en véhiculant, si j’ose dire, une certaine conception de l’enfance construit aussi l’imaginaire de nos petits chérubins.Un imaginaire à certains égards barbare.Est ce un progrès? Technique,probablement. Moral,j’en doute! 

 

 

 

 

 

Du respect pour le client!

Je constate depuis quelque temps, chez certains de nos jeunes professionnels audois de la chose politique, ce qui semblerait être, malheureusement, une prédisposition au style « vulgaire ». Ainsi, dans le flot quotidien des communiqués et des conférences de presse que nous rapporte la presse locale, j’ai pêché, aujourd’hui, cette perle de l’un d’entre eux : « Nous sommes dans la même marmite, maintenant il faut agir sur le contenu de la recette. » Limpide, non ? Quelle audace ! Eric, Georges (un amateur éclairé des plats lourds et gras) et les autres, baignant dans un « cassoulet de Montpellier ». Vous me direz que l’on cuisine avec les mots et les images dont on dispose. C’est vrai ! Comme il est aussi vrai que l’auteur de cette métaphore culinaire n’est pas prêt de  figurer dans le « Michelin » du bien parler. La « tambouille » qu’il nous présente sent plutôt en effet l’apprenti de cuisine pressé : ingrédients de second choix et technique médiocre. C’est quand même manquer de respect pour le « client » !  

 

L’Amérique,notre histoire?

Samedi 25 novembre, 16 heures, à l’auditorium de la médiathèque de Narbonne, diffusion en avant-première du documentaire: « L’ Amérique, leur histoire. » en présence du réalisateur  Jean-Michel Meurice  ( qui a eu la bonne idée de s’installer à Bages ). Une salle comble et attentive, plutôt âgée et féminine. Pour un film qui, d’après l’auteur, lui a été commandé par ARTE (ce soir à 20H 40) « et qui doit s’adresser à un public de 7 à 77 ans. » Ironie involontaire de la situation !!!

Le parti pris de J.M Meurice ? Notre image des Etats-Unis découlant largement de celle que Hollywood en a fabriqué, soumettre deux grands témoins : Russell Banks et Jim Harrison  à la diffusion d’un montage d’extraits des plus fameux films afin de les leur faire commenter. Ça commence avec Naissance d’une nation et ça se poursuit avec La case de l’oncle Tom, les Raisins d de la colère…

Sur la durée, Banks voit les américains comme des évangélistes voulant imposer leurs valeurs au reste du monde. Le sauver du malheur quitte à tuer au nom d’une mission à remplir pour la plus grande gloire de Dieu, les Indiens comme les irakiens , avec cette arrogance et cette « imbécillité heureuse » qu’il y a à vouloir être admiré dans le monde entier.

Curieusement, en l’écoutant, et par un mouvement incontrôlé de mon esprit, les mots : « Français, Lumières, Etre Suprême, Paysans vendéens, Africains… » venaient se couler dans sa voix. A croire qu’avec l’Amérique de Meurice et R. Banks, c’est de notre histoire dont il est question. Ce qui expliquerait, peut être, le profond ressentiment des français à l’égard de ce peuple. Si différend et si proche…

 

 

Les mots justes de Ségolène.

C’est dans des circonstances difficiles que se révèle la vérité des caractères et des sentiments. Et que tombent les masques.La leçon nous en a été  donnée hier encore, par J.C Gayssot, le vice président communiste de la Région Languedoc-Roussillon, qui, après avoir démissionné mardi, est rentré dans les rangs en criant victoire pour avoir obtenu de G. Frèche…Quoi donc ?…Une délégation aux droits de l’homme ! Sans rire ! Une parfaite illustration de l’idée que se fait « l’Impérator » des êtres en général et des politiques en particulier. De médiocres «  petits tas d’intérêts égoïstes » affamés de pouvoir et de notabilité.Pour ses propres « amis », il n’a pas eu à faire ce petit effort. Soumis et dépendants grâce à une distribution bien ciblée des vices présidences assortie des généreux émoluments qui vont avec, ils n’ont pas le choix. Sinon celui de l’honneur (1). Mais qui ne suffit pas à ceux, de gauche, de droite et d’ailleurs, dont la politique est le seul métier et le seul souci de ne le pas perdre. Avec, comme valeur, un cynisme absolu et, comme méthode, la manipulation des consciences.La version contemporaine du "sens des responsabilités".Et demain, après l’orage, une rose à la main et un sourire attendrissant sur les lèvres, on ira à la chasse aux voix en clamant la pureté de ses intentions humanistes. Pour l’heure, Ségolène a précisé qu’elle attendait des élus des "retours de terrain" pour lui permettre notamment de "trouver les mots justes et avancer des propositions qui rencontrent un écho profond" auprès des Français. Le plat lui a déjà été servi en Septimanie ! Bon appétit…

(1) J. Bascou est le seul à l’avoir sauvé, en terre d’Aude, en faisant part de sa consternation.Je signale aussi, dans " Le Monde " d’aujourd’hui, un article définitif de P. Palat sur le " Frèchisme ".

 

 

 

Réponse à une de mes connaissances.

Une de mes connaissances, journaliste de son état, me fait observer, je le cite : « que je reste assez distant de l’arène politique locale ». Ce qui, d’une certaine façon, est vrai. Mon propos n’est pas, en effet, de chroniquer sur les faits et les dires quotidiens du microcosme politico journalistique narbonnais. Cela ne m’intéresse vraiment pas. Et parce que je veux pouvoir exprimer ma pensée sur ce qui me paraît poser un problème de principe, au plan moral comme au plan politique, par exemple, je me refuse à toute allégeance.Trouver la bonne distance, n’est donc pas simple. J’en ai conscience. Comme j’ai  conscience aussi de mes limites. Par quel miracle échapperais-je, en effet, aux préjugés, sottises et petites hypocrisies que je m’efforce de débusquer chez les autres ? Nul ne peut prétendre à l’objectivité, en l’espèce. Mais, à la différence de ceux qui font de la politique un métier depuis leur adolescence ou de ceux qui la commentent au quotidien avec les œillères de leurs « désirs », je le sais et m’efforce de les vaincre. La liberté de conscience n’est jamais garantie. Elle se construit par un travail sur soi exigeant et se dévoile, entre autres procédés esthétiques, par l’écriture. En cela, l’esthétique est une éthique.