Contre-Regards

par Michel SANTO

Errance politique.


Acte 1
Dès lundi soir, après la présentation du plan de 360 milliards d’euros, François Hollande, premier secrétaire du PS et Jean-Marc Ayrault, président du groupe du groupe PS à l’Assemblée,  assurent que les socialistes ne voteront pas contre.
Acte 2
Mardi matin, les deux mêmes tentent de convaincre les députés que l’heure était à l’union nationale face à la crise financière, provoquant une bronca orchestrée par Fabius.
Acte 3
François Hollande change de scénario et propose l’abstention.Sept députés la rejete, annonçant leur intention de voter le plan de sauvetage.
Epilogue
Manuel Valls: “Je regrette que nous n’assumions pas pleinement notre responsabilité de parti d’opposition. Il manque clairement aujourd’hui des hommes d’Etat au Parti socialiste”

Chers pigeons.

Max Weber et sa femme Marianne en 1893Après le haut le coeur et l’envie de vomir provoqués par l’ingestion de l’info, que j’ai toujours sur l’estomac, qui m’apprenait que Fortis s’offrait un déjeuner à 3000 euros le couvert au Louis XV, voilà que j’apprends, ce matin, juste après mon petit déjeuner, que le groupe Deixa s’est payé un raout à 200 000 euros à la même table de la principauté de Monaco. Au menu, d’après le Monde.fr: “poitrine de pigeonneau des Alpes-de-Haute-Provence, foie de gras canard et pommes de terre nouvelles sur la braise”. Au bord de la faillite et sauvés par les pouvoirs publics, ces parvenus de la finance franco-belge se goinfrent sans crainte et remords de pigeons et de canards au prix d’un paquet d’actions dévaluées. Décidemment, le temps où Weber écrivait son ” Ethique protestante et esprit du capitalisme  pour expliquer la naissance et le développement de ce système de production en Europe est bien loin. On en vient presque à regretter ces austères patrons puritains pour qui, selon notre sévère sociologue, la possession de richesses était moins condamnable que le fait de se reposer dessus et d’en jouir. Jouissance dont ne se privent pas nos chefs de la finance à qui on reconnaîtra néanmoins un certain sens de l’humour, même involontaire, et un goût certain pour l’immoralité, parfaitement assumée…

Qui s’intéresse encore au congrès de Reims?

Eh bien le voilà le plan en 3 volets  (prises de participations dans les banques, isolement des dettes pourries et aides au marché interbancaire) coordonné au plan européen que voulait le ” marché “. Echaudés par la faillite de Lehman Brothers et la non intervention de l’administration américaine, tous les détenteurs de fonds de placement avaient vendu leurs titres placés dans le secteur  bancaire et financier. Leur objectif était de bloquer la circulation monétaire et celle des crédits pour obliger les Etats à garantir leur retour sur ce marché. C’est fait, et la purge peut commencer. Si, au plan financier le ” marché “a gagné, au plan politique, et en Europe, c’est le couple Sarko-Brown. Le second parce qu’il fut le premier à concevoir et mettre en place un plan complet de crise ( et pour cause, l’industrie financière anglaise est une des plus importantes de la planète ). Le premier,  pour s’être appuyé sur le second et l’imposer au reste de l’Europe, en deux temps et moins de 15 jours. Fallait le faire! Enfin, cerise sur le gâteau, l’opposition socialiste va probablement voter le volet français…Au fait qui s’intéresse encore au congrès de Reims?…

La bourse chute! et alors…

Toutes les bourses chutent, et alors! Le problème n’est pas là, et ce pour une raison simple: toutes les entreprises, toutes, voient leur valeur fondre et sont donc, toutes, potentiellement achetables. Et l’étant toutes aucune ne le peut, acheter. Par contre, il est bien vrai que les vendeurs d’actions qui se précipitent sur des obligations d’Etat à trois mois perdent du capital. Et alors! cette perte d’aujourd’hui est un gain dans le futur pour les nouveaux acheteurs. Toute cette masse de valeur n’est pas partie en fumée, en effet, comme se plaît à le raconter une presse paresseuse et ignare. Il s’agit tout simplement d’ un transfert de valeur entre vendeur et acheteur. Ce qui, entre parenthèses, permet à ces nouveaux entrants en général jeunes, d’accèder  à des ” biens ” jusqu’alors réservés aux ” vieux “. Non, ce qui pose surtout problème une fois la garantie des dépôts et l’absence de faillite bancaire assurées, c’est le gel des cédits interbancaires au jour le jour et l’assèchement consécutif des ménages et des entreprises pour financer leurs trésoreries et/ou leurs investissements. Les banques qui ont du casch ne prêtent plus à celles qui ont les caisses vides et les prix des produits dérivés de crédit offrant une “assurance” contre le non-remboursement d’un crédit ( de l’ordre de la dizaine de milliers de milliards) s’envolent, traduisant ainsi, tout simplement, la probabilité perçue de non-remboursement des dettes des entreprises bancaires. En conclusion, tant que les Etats ne garantiront pas, après les dépôts des particuliers et l’absence des faillites bancaires ( par le rachats d’actifs pourris et des nationalisations partielles ou totales ) ces prêts interbancaires, on ne sortira pas de la crise. La totale quoi! Un rêve de militant socialiste réalisé par des gouvernements libéraux…

Liberté et morale (ouh! le vilain mot )

Philippe Thoreux, dans son commentaire de mon dernier billet: ” Haut le coeur ” m’écrit ceci:” Hélas les fameuse régulations qui sont souvent un boulet pour l’initiative, ignorent tout bonnement ces comportements irresponsables…” Il a raison! Aucune loi, aucune régulation, aucune administration étatique de l’économie et des entreprises, à la chinoise, à la coréenne, à la française ne pourra empêcher que les détenteurs du pouvoir politique, juridique, économique ou des trois à la fois se ” payent ” ce genre de frivolités. Et je connais des présidents d’agglomérations et de régions de gauche, qui aujourd’hui s’étranglent en fausses indignations et se drapent dans les plis de la vertu, s’en allaient hier en compagnie de courtisans et faire valoir de toute engeance en ” voyages d’études” (?) aux quatre coins de la planète.. Dans l’ordre de la morale, de l’ éthique de la gouvernance dans le langage contemporain, le jurico-politique est en effet en grande partie impuissant. Des solutions pourtant existent, comme la mise en place de chartes de déontologie ( certaine entreprises s’en sont dotées ). A la condition toutefois qu’elle soit rendues publiques et que leurs comptes-rendus d’application le soient tout autant. Si la crise a un sens, indépendamment de la mise à jour de défauts de régulation, c’est bien aussi celui là. Celui d’une certaine moralisation des comportements et des pratiques de ceux qui nous gouvernent.Dans l’ordre économique comme dans l’ordre politique…La liberté d’entreprendre et la libre admistration de nos collectivités publiques ne doivent plus être le cache sexe des abus et des excés de pouvoir…De tous les pouvoirs!