Contre-Regards

par Michel SANTO

Fais-moi mal !

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C’est le merveilleux apanage des sots que d’idolâtrer leurs contempteurs…

Cela reste en vérité un mystère pour l’observateur attentif.

Sans offenser la mémoire de notre défunt président de région, on peut écrire que, outre le fait de ne pas se prendre pour une bouse de vache (ce, en quoi il avait sans doute raison ), il semblait aussi avoir une prédisposition naturelle a considérer le reste de l’humanité et notamment le corps électoral comme roupie de sansonnet et ramassis de demeurés dont on pouvait obtenir le vote avec un colifichet ou une boite de chocolat…Un peu comme les premiers explorateurs se gagnaient l’amitié des sauvages avec quelques brillantes pacotilles (Si ma mémoire est bonne, il l’avait d’ailleurs clairement dit, ainsi que cela fut rapporté sans susciter de démentis par ses adversaires politiques lors des combats électoraux)

Les épithètes fleuris dont il qualifiait les malheureux opposants qui osaient émettre quelques réserves sur ses proclamations péremptoires et ses projets quelquefois mégalomaniaques demeurent dans toutes les mémoires…

Bref, considérer ses semblables comme un troupeau de lémuriens plus ou moins décérébrés, n’a surement, en soi,  rien de répréhensible (et pourrait même susciter un débat passionnant et fort argumenté ou les opinions négatives et positives devraient s’équilibrer), mais le dire, le montrer, voire le clamer avec autant d’ostentation et néanmoins faire un triomphe a chaque consultation électorale ouvre des perspectives très intéressantes pour l’étude du quotient intellectuel de l’électeur moyen.

Cela pourrait faire penser a ces partenaires amoureux qu’un macho velu fouette avant de violenter et qui, pâmé, crie encore…encore…

Mais c’est vrai que la sottise est aussi inébranlable que le génie, c’est sa multiplication qui fait sa supériorité…C’est pour cela que les génies gagnent rarement les élections, d’ailleurs la plupart ne s’y présente jamais, la politique étant une des rares choses dont les gens de qualité évitent de se préoccuper.

Je repense, en souriant à Rimbaud, immortalisé a Charleville par les mêmes gens qu’il avait jadis écrasé de son flamboyant mépris.

«   Sur la place taillée en mesquines pelouses,

     Square ou tout est correct, les arbres et les fleurs,

     Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs,

     Portent le jeudi soir, leur bêtise jalouse… »

En conséquence, les susnommés lui érigèrent un buste sur la place en question…C’est ce qui s’appelle n’avoir pas de rancune, non ?

Je repense aussi aux cohortes de communistes, prolétaires et apparatchiks de tous les pays unis dans la même démonstrative affliction devant la dépouille d’un des monstres les plus achevés (avec Hitler) que l’humanité eut jamais engendré…Joseph Dougatchvili dit Staline, lequel expédia vingt millions d’entre eux au paradis des travailleurs…

Mêmes scènes de douleur poignante aux funérailles du cinglé Nord Coréen aux babines sanglantes…Kim Jong Hil…

Nul doute que nous verrons bientôt s’étaler un peu partout l’intolérable souffrance des adorateurs de Castro, ce grand humaniste a la barbe fleurie, lorsque celui-ci aura rendu ce qui lui tenait lieu d’âme a sa destination naturelle…L’enfer (non, pas l’enfer capitaliste, Mr Mélenchon, l’autre)

Lider maximo…Cadaver minimo…Nous avons d’ailleurs en France plusieurs sectateurs de ce personnage dont je vois et j’entends déjà les panégyriques enflammés…Ces gens pour qui il n’est d’assassin que de droite, étant entendu qu’ à gauche, si on tue les gens ça ne peut être que pour leur bien !

Mais voilà, c’est ainsi, le con moyen a besoin d’icones…Cela peut être, indifféremment et suivant les époques Staline, l’abbé Pierre, Zidane, Mickael Jackson ou Lady Di…L’essentiel est d’avoir une image sainte a adorer, la génuflexion est le propre du con !

Revel l’avait écrit « l’idéologie c’est ce qui pense a notre place ».

Dès lors, mon cher Michel, pourquoi s’étonner d’une statue géante de Mao ?...D’accord c’est avec notre pognon, oui, d’accord, on ne nous a pas demandé notre avis…Mais ou est le problème ? Depuis quand est ce un problème pour ces roitelets de province, ces petits seigneurs d’improbables royaumes, que d’agir a leur guise en se foutant du tiers comme du quart de ce que peuvent penser leurs concitoyens ?

Cela dit, Mao après Lénine, c’est fort, fallait oser…Mais Mr Frêche, ce n’était pas Mao…C’était Moa…Et, de toute façon, s’il l’a dit, s’il a donné ses péremptoires et définitives raisons, toute la petite armée de ses séides, ses sicaires, ses thuriféraires empressés et zélés, tout ce que la région peut compter de paillassons et de bouffons pathétiques peinturlurés en rose ou vert,  ces petits poissons qui collent aux grands squales dans l’espoir d’une miette tombée des puissantes mâchoires….Tout ce petit monde le reprend.

« Tout ce que je fais, mon âne, mon âne,

   Tout ce que je fais, mon âne le refait… »

C’est beau les comptines d’enfance…

Eh oui, voici venu le temps ou l’on statufie les assassins…

Mais  attention ! Des assassins de gauche, ce qui, de toujours, fut une circonstance atténuante !

Tu te souviens de ces abrutis soixantuitards qui brandissaient un petit carnet rouge ou pouvait se lire un ramassis d’affligeantes banalités, en hurlant leur enthousiasme et leur dévotion au bandit rouge qui saignait la Chine à blanc sous les regards extasiés de l’intelligentsia de gauche ?

Les mêmes (ou leurs héritiers) brandissent maintenant une petite fleur rose qui n’en demandait pas tant et qui s’excuserait presque si elle pouvait s’exprimer dans son langage de rose…Oui, les mêmes âneries prétentieuses dans les mêmes bouches a peine un peu plus édentées, la même certitude de représenter le camp du bien malgré tant et tant de décennies d’erreurs tragiques…

Mais, bah…L’essentiel, c’est de brandir au dessus de soi une pensée qui remplace la sienne, quand on a si peur de sa propre vacuité.

Oui, Don Quichotte est mort, le monde appartient à des notables replets et desséchés, pontifiants et persuadés d’eux-mêmes…Se sont perdus les condottières, les orgueilleux paladins, les âmes contemplatives…Par terre les funambules dans un grand roulement d’illusions fracassées.

Nous restent les petits matadors fatigués de l’arène publique, restent ces chefaillons de clownesques troupeaux a cheval sur des sigles qui, depuis longtemps, ne veulent plus rien dire !

Et bien heureusement nous reste le poète… « Le dernier oiseau qui chante au dessus de la foret calcinée. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

 

 

Dimanche 5 Août de l’an 2012,

 

Qu’il fait chaud, Dieu qu’il fait chaud, mon oncle ! Les narbonnais s’allongent à l’ombre de leurs volets clos tandis que les touristes s’étalent au soleil sous leurs parasols publicitaires. Ceux là virent au rose pendant que les premiers rêvassent dans la pénombre. Enfin ! pour ceux qui se laissent aller à leurs lascives contemplations ou leurs oniriques chimères. Quant aux autres, mon oncle… Ainsi, l’été, en ces terres comtales, vivent deux mondes étrangers l’un à l’autre. D’un côté, les autochtones, pas tous, évidemment, qui fuient la foule, le bruit, le soleil, les glaces et les pizzas ; de l’autre, les estivants, pas tous, heureusement, qui frénétiquement les recherchent. Toutefois, une heure rapproche certains d’entre eux, sans pourtant les confondre : celle de l’apéritif. A la fraîche, vers les 20 heures ! Mêmes « marcels » et culottes fanés ; et mêmes boules de pétanques rouillées semblablement préparées. C’est l’heure où l’on commente aussi, entre deux verres de vin rosé, les Olympiades de Londres. Ainsi, supputent-on, avachis dans des chaises en plastique, les yeux mouillés et l’esprit brumeux, comme un ciel de la sombre Angleterre, des performances d’athlètes aux physiques enviés. Un hommage inouï rendu par des corps bien souvent flasques et disgracieux à la perfection plastique de superbes compétiteurs ; une étrange inversion du culte de la paresse par ceux là même qui s’y abandonnent. N’y a-t-il pas là, mon oncle, dans ces triviales manifestations du désir de ces « héros » des temps modernes, quelque chose de brutal et d’obscène, comme une négation de ce qu’ils incarnent d’énergie, de souffrance et d’efforts pour devenir ce qu’ils sont ? C’est dans ces moments relâchés que l’essence pornographique de nos mœurs s’exprime, si je puis dire, dans toute sa nudité. A la rentrée, quand la « flamme » olympique quittera Londres et la « normalité » reprendra ses droits, on ne louera plus les vertus de l’effort les pieds palmés à l’ombre d’un parasol. Elles seront niées et castrées. Le soleil, la mer et le temps du farniente, en ce mois d’août de l’an 2012, apparaîtront alors pour ce qu’ils furent : le cadre idéal d’une étrange et perverse transformation. Celle des valeurs de compétition et de performance en leur caricature estivale et apéritive…Normal !

A ce propos, mon oncle, je veux dire à propos des « vacances normales » de François de Gouda et de sa dame, les images que tu as eu la gentillesse de m’envoyer, sont particulièrement suggestives. Tous les deux grassouillets, et fagotés comme des sacs, ne leur manquent que l’épuisette et le seau à pâté pour ressembler à des beaufs de Reiser. Après le « bling, bling » du feu roi précédent, serions nous à présent entrés dans l’ère du « bla, bla » et du « plouf, plouf » ? Le rêve français ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’enfer ce n’est pas toujours les autres…

 

 

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Texte de Jacques Raynal qui, ici, a quartier libre…

Tombé sur Sartre ce matin…On tombe toujours à un moment ou à un autre sur ce binoclard gigantesque…On le hait quelquefois, on voudrait l’oublier, certains disent même qu’il est complètement oublié…Bernique ! Il est toujours là, bourré d’amphétamines, baignant dans son whisky, projetant autour de lui d’étranges, inquiétantes et fulgurantes lueurs. Dernière phrase des « Mots » (les mots, encore !) : « Si je range l’impossible salut au magasin des accessoires, que reste t’il ? Un homme fait de tous les hommes qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » D’accord, Poulou, L’homme est ce qu’il se fait, l’essence n’existe pas, il n’est que l’existence, hein…? Oui, l’homme est responsable de ce qu’il est, condamné à être libre, il sera ce qu’il a projeté d’être… Tout cela a marqué toute une génération, la mienne, la notre…liturgie de l’engagement et de l’action, de la responsabilité aussi, c’est ce que l’on a appelé l’existentialisme… L’homme en marche volontaire vers son devenir, Dieu est définitivement mort et enterré…

Par cet apport considérable a l’histoire de la pensée (même si il doit beaucoup a Kierkegaard et Heidegger) Sartre s’inscrit de façon indélébile dans la mémoire des hommes. Mais hélas, Sartre ça n’est pas que cela, sol y sombra…c’est aussi: « Le communisme est l’horizon indépassable de l’humanité…Tout anti communiste est un chien (qu’il faut abattre ?) » Et puis aussi, cette sidérante préface au livre de Franz Fanon: « Les damnés de la terre »; morceau choisi : « Car, dans un premier temps de la révolte, il faut tuer…C’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé…Restent un homme mort et un homme libre ».

De quoi écrire une thèse sur les effets de la mescaline et autres hallucinogènes sur une intelligence supérieure, cet homme qui, dixit Beauvoir, se croyait, dans ses rêves, cerné par des homards, voyait, quand il était réveillé des opprimés partout…

Sartre, philosophe préféré, sans doute de monsieur Mélenchon…Quoique, Sartre voulait les tuer, Mélenchon, lui, veut seulement faire les poches des riches…C’est à ces petits riens que l’on constate des fissures dans la pureté idéologique !

Sartre a aussi écrit « La nausée »… Il est arrivé, mais cela était involontaire, qu’il nous la donne également…Celui qui a écrit que « L’enfer c’était les autres » a sans doute bâti en lui-même son propre enfer…Me revient en mémoire cette remarque d’Umberto Eco: « le diable, c’est la foi sans le sourire, la vérité qui n’est jamais effleurée par le doute. » Sartre a dit aussi que « la modestie est la vertu des tièdes »; si cela est exact, alors, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était, lui, chaud, bouillant.

Pour changer d’angle et de perspective, quelques lignes du merveilleux Unamuno: « Ceux qui se croient justes sont le plus souvent des arrogants qui veulent humilier les autres par l’ostentation de leur justice »

Transmis à tous ceux, qui, de nos jours inclinant la tête sous le poids de leur vertu, mettent en avant, bien en vue, leur cœur énorme en bandoulière afin que l’on voit bien à quel point ils sont bons et généreux, dignes d’estime et d’admiration… Les mêmes qui, baptisés sur les autels de Saint Marx, se font briller mutuellement l’auréole et appellent ça la solidarité militante…

On en trouve dit on, un certain nombre dans ce que tu nommes les congrès et réunions rosiennes, mon cher Michel…Tu sais, ces lieux ou, oubliant que l’homme doit travailler pour vivre, on pense penser et l’on fait des mots pour survivre (dans leur étrange dialecte, ils appellent cela des motions… moulins a paroles…organes verbeux a moudre l’inutile…Tu te souviens de Shakespeare et du cri de lady Macbeth ? : « Comment puis je m’aimer si vous ne m’aimez pas… » Et voilà le militant résumé. Freud avait d’illustres précurseurs !

Allez, encore un petit coup d’Unamuno ? ça ne se refuse pas !

« La raison répète vanités des vanités, tout est vanité…L’imagination réplique plénitude des plénitudes tout est plénitude. Nous vivons ainsi la vanité de la plénitude et la plénitude de la vanité. » Et aussi : « La vraie science enseigne avant tout de douter et d’ignorer, l’avocasserie ne doute ni ne croit qu’elle ignore, il lui faut une solution ». Beaucoup d’hommes politiques sont avocats (ou enseignants) Montebourg, par exemple est avocat…Je ne sais pas pourquoi je dis ça, rien a voir avec Unamuno (mais alors, ce qui se dit vraiment rien !)

Mais revenons a Sartre qui écrit dans « Les mots » : «  L’enfant, cet espèce de petit monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets. » L’enfant est mort trop tôt, le monstre est resté.

Allez, un dernier coup d’Unamuno pour la route, après, c’est promis, j’arrête. « Il y des gens qui ne pensent qu’avec leur cerveau ou n’importe quel autre organe qui serait l’organe spécifique de la pensée tandis que d’autres pensent avec le corps et avec toute l’âme, avec la moelle des os, avec le cœur et les poumons avec le ventre, avec la vie…Les gens qui ne pensent qu’avec leur cerveau donnent des définitions, ce sont des professionnels de la pensée »

Sartre et Camus, quoi…cœur racorni, aigri d’un coté, cœur palpitant d’amour et ouvert au monde de l’autre.

La bonté est sans doute la meilleure source de clairvoyance spirituelle…Il n’est d’autre vraie intelligence que celle du cœur.

Au bout du compte le but n’est autre que de devenir heureux, pleinement, véritablement heureux…Pas forcément cultivé, raffiné, disert (même si cela ne gâte rien)…Non, heureux dis je, a hurler a la lune, a se rouler dans les champs comme un chien hystérique, a se dissoudre avec délectation dans la tendre rumeur du monde !

Alors, si la culture, la connaissance doivent conduire au désespoir, cela ne sert a rien, rien de rien… Nous  volerons d’autant plus haut que nous nous prendrons a la légère et dans toutes ces salles de classe sombres et tristes ou s’ânonnent les catéchismes rancis de toutes les idéologies humaines, il faut ouvrir la fenêtre et laisser entrer une hirondelle…C’est elle qui nous dira l’essentiel de ce qu’il faut savoir.

Et, quitte a mourir inconnu (ce qui me pend au nez) permettez que je me flatte de vivre méconnu et que, très humblement, je mette mes pas dans ceux de Cyrano « ne pas monter bien haut, peut être, mais tout seul ! » ; « L’optimiste est un imbécile heureux mais le pessimiste, lui est un imbécile malheureux » ça, c’est de Bernanos… Restons des imbéciles si l’on doit être heureux, ça vaut le coup…

Et puis, parce qu’il faut toujours que les derniers mots reviennent au poète puisqu’il sait, lui, les apprivoiser les aimer, qu’il sait leur témoigner révérence et amour, quelques lignes de ce barde enchanteur de notre imaginaire…Christian Bobin.

« Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres…Ainsi allons nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste…Et la beauté parfois nous brule comme une branche basse giflant notre visage et la beauté parfois nous mord comme un loup merveilleux sautant a notre gorge »

Plus rien…Le silence qui suit un texte de Bobin, il est encore de Bobin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mao, place des Droits de l’Homme!

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L’édification d’une statue de Mao commandée par Georges Frêche, installée mardi dernier sur la place du XXe siècle dite des « Grands Hommes », suscite l’admiration des notables socialistes régionaux. A l’instar de Jean-Pierre Moure, président PS de la communauté des agglomérations : « Les idéologies représentées sur la place sont toutes des idéologies de libération, de conquête des droits, malgré leurs parts d’ombre.  Le fascisme et le nazisme sont la négation même de liberté. Mao a effectivement causé des millions de morts mais il a aussi joué un grand rôle dans la montée en puissance de la Chine au XXe siècle. » Fermez le ban ! Ainsi à 50 ou 60 millions de morts au lieu de 80, le communisme serait présentable. Ce que ne veulent pas voir et penser nos tartuffes régionaux, c’est que, sans le crime, le plan de réorganisation totale de la société par les communistes était tout simplement impossible.Et qu’à statufier Mao en place de Montpellier, c’est le crime qu’on glorifie…

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