Contre-Regards

par Michel SANTO

Ecrire c’est mentir.


Sur le plateau de mon bureau les ” Propos d’un jour ” de Paul Léautaud, que j’ouvre, comme j’en ai l’habitude, au hasard, et pour tomber sur ceci, page 74 : ” Ecrire…c’est mentir. C’est tout au moins fausser plus ou moins… Que cela devient-il quand il s’agit de critique, et que l’amitié ou seulement la sympathie,- ou la détestation ou seulement l’antipathie,- ou encore la basse malignité, font leur oeuvre… Excès des deux côtés. Je me connais et je connais ce que je fais. Une bonne moyenne entre ces deux extrêmes, voilà le vrai.” Etre exact est bien rare, en effet…

Aimer Césaire!






L’élégance et la noblesse d’un poète qui se meurt . Oublié cette fraternelle voix ! Nous vivons il est vrai le temps des Ménard et des reporters sans frontières. Un temps plat, vide. Un temps de coups et de pubs. Un temps de papiers et d’images lisses. Celui de l’actualité.Qui nous prend et nous désespère de ne pouvoir entendre cette parole de vie…

L’illusion de l’échange

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Dans
l’Échange, pièce créée en 1893-1894 et dont l’action se passe en Amérique, Paul Claudel (1868-1955) met en scène une actrice alcoolique, Lechy Elbernon, magnifiquement interprétée, mardi dernier, au Théâtre de Narbonne, par une Nathalie Richard véritablement habitée par ce personnage redoutable d’intelligence qui se joue et se réjouit de l’illusion du désir et de la liberté…

Extrait :

«  LECHY ELBERNON
Je suis actrice, vous savez. Je joue sur le théâtre. Le théâtre. Vous ne savez pas ce que c’est ?

MARTHE
Non.

LECHY ELBERNON
Il y a la scène et la salle. Tout étant clos, les gens viennent là le soir, et ils sont assis par rangées les uns derrière les autres, regardant.

MARTHE
Quoi ? Qu’est-ce qu’ils regardent, puisque tout est fermé ?

LECHY ELBERNON
Ils regardent le rideau de la scène. Et ce qu’il y a derrière quand il est levé. Et il arrive quelque chose sur la scène comme si c’était vrai.

MARTHE
Mais puisque ce n’est pas vrai ! C’est comme les rêves que l’on fait quand on dort.

LECHY ELBERNON
C’est ainsi qu’ils viennent au théâtre la nuit.

……………

MARTHE
L’œil est fait pour voir et l’oreille
Pour entendre la vérité.

LECHY ELBERNON
Qu’est-ce que la vérité? Est-ce qu’elle n’a pas dix-sept enveloppes, comme les oignons ?
Qui voit les choses comme elles sont ? L’œil certes voit, l’oreille entend.
Mais l’esprit tout seul connaît. Et c’est pourquoi l’homme veut voir des yeux et connaître des oreilles.
Ce qu’il porte dans son esprit, – l’en ayant fait sortir.
Et c’est ainsi que je me montre sur la scène.

MARTHE
Est-ce que vous n’êtes point honteuse ?

LECHY ELBERNON
Je n’ai point honte ! mais je me montre, et je suis toute à tous.
Ils m’écoutent et ils pensent ce que je dis ; ils me regardent et j’entre dans leur âme comme dans une maison vide.
C’est moi qui joue les femmes :
La jeune fille, et l’épouse vertueuse qui a une veine bleue sur la tempe, et la courtisane trompée.
Et quand je crie, j’entends toute la salle gémir. »

Comme sur d’autres scènes de la vie…


 

Un troupeau de chèvre près de Madrid…

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Mardi soir au Théâtre, Vicente Pradal! Superbe spectacle. Voix, musique, poèmes… Un peu moins de deux heures prises à la vulgarité du temps présent. Celui qui ravit et béatise les bigots de l’actualité. Et la découverte de Miguel Hernàndez, natif de Orihuela, très belle petite cité de la province d‘Alicante, située à quelques kilomètres de Cox, le village de mon grand père. Voici ce qu’en disait Pablo Neruda, son ami: