Contre-Regards

par Michel SANTO

Le leurre du métissage culturel.

“Le modèle français d’intégration ne fonctionne plus, il aggrave inégalités et discriminations plus qu’il ne les combat. Et le décalage entre le métissage de la société française et l’étroite homogénéité de ses élites est plus flagrant et choquant que jamais.” Métissage! voilà un mot, généralement suivi du qualificatif culturel, abondamment cité dans la presse au nom d’un anti-racisme de bon aloi, dont nul esprit égalitariste ne saurait s’offusquer, mais qui a le redoutable inconvénient d’oublier la réalité qu’il désigne. Car si les mots ont encore un sens, il nous est demandé, aux fins d’insertion dans un moule étroit,de devenir les otages du principe de standardisation et du rabotage des aspérités culturelles. Alors même que, comme le dit si justement le poèteécrivain  Gil JouanardNul véritable citoyen du monde ne fondera jamais son cosmopolitisme sur d’autres motifs que ceux suscités par le primat viscéral et intellectuel de la diversité.” ( Le jour et l’heure. Editions Verdier. 1998.Page 31 ). J’avoue moi aussi que je recherche chez autrui ce qui m’en différencie et  que, plus ” la différence entre lui et moi est grande, plus son identité requiert mon attention.” Tournant ainsi le dos au métissage culturel, ” …j’offre mon attention passionnée aux quatuors de Haydn, aux chants des Pygmées, aux joueurs de murali du rajasthan, au peintre en bâtiment siffleur, à l’individu qui ne ressemble à personne.”

L’anti ” yakas “.


                      

Mieux écrit que je ne saurais le faire, cette note de lecture sur le petit ( par le format ) mais grand ( par son contenu ) du dernier ouvrage d’Hubert Védrine : ” Continuer l’ histoire “ , que vous trouverez dans l’excellent blog
” Fugues et Fougue “ . Un peu de réflexion, en ces temps de toutes les démagogies, ne peut nuire à nos cerveaux bombardés quotidiennement de ” yakas ” et de ” fokons “. Cette vidéo aussi, pour entendre une langue qui, elle, n’est pas de bois .Qu’en pensez-vous ?

Entre les murs de la lutte des classes.






A propos du fim  Entre les murs dont on nous bombarde les oreilles depuis ce matin sur France culture, M. Chevènement, nous dit qu’il est d’une ” inspiration (pédagogiste) qui a conduit l’école là où elle est aujourd’hui “. Jugement que le grand théoricien et propagandiste militant Philippe Mérieu conteste tout en précisant, dans l’Express, qu’à l’inverse de celle montrée dans le film: “Une pédagogie de gauche donne la parole aux élèves et préconise de se mettre à leur portée et non à leur niveau ” Oui, vous avez bien lu ! Et comme le ridicule ne tue plus et la bêtise prospère, il rajoute un petit zeste de lutte des classes :”Pour moi la gauche parie sur l’éducabilité des élèves alors que la droite à tendance à traiter l’échec par l’exclusion.” Ce que confirme, pour ce qui concerne le ridicule et la bêtise, un de ses anciens élèves, dans le Monde, un nommé Sébastien Ledoux, enseignant au collège Jean-Vilar de Grigny – la Grande Borne (Essonne) et précise-t-il, chercheur associé à l’Institut national de recherche pédagogique ( on s’en serait douté ) : ” son succès ( du film ) relève une fois de plus de la bonne conscience française face aux problèmes de ségrégations ethnico-sociales qui minent le sentiment d’appartenance collective.” Bref, ce film d’inspiration pédagogiste de droite dédouanerait l’Etat en masquant sa politique d’apartheid et d’exclusion. Je n’ai pas vu  cet Entre les murs et m’abstiens donc de tout jugement sur le travail de Laurent Cantet. Travail qui, quoiqu’il en soit de sa valeur esthétique, n’a visiblement pas fini d’offrir à certains l’occasion de pousser les murs de l’école entre le zéro de la démagogie pédagogiste et l’infini de la surenchère politicienne.

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Besson! un Chardonne qui aurait “fait 68″…

 Un extrait de la dernière chronique de Patrick Besson , dans Le Point de cette semaine. C’est vif et vrai. Stylé et plein d’humour : ” Cohn-Bendit : sur quel ton il s’est adressé à notre président. Il l’a pris pour un CRS de 1968. Ou alors c’est un ex non répertorié de Carla. Le trémolo de l’indignation dans la culotte du dalaï-lama. Ayant abandonné la lutte des classes depuis plusieurs décennies, Cohn-Bendit est obligé de trouver de nouveaux prolos pour faire entendre sa voix de stentor qu’il adore. Tibétains de tous les pays, unissez-moi. Il va chercher un combat de gauche au bout du monde, tellement il ne veut pas en trouver un chez nous. Ça le démoderait de lutter contre les conditions de vie et de travail des ouvriers et employés européens. Lui ferait perdre son aura dans les médias. Ses complicités dans les journaux. On pourrait le confondre avec Besancenot, Chevènement ou Aubry. Ce qui ne serait pas moderne. Dany, c’est le styliste de la révolution. Comme Lagerfeld, pas comme Stendhal. “
Besson, lui, est  un sceptique amusé,un virtuose du paradoxe. Chaque phrase de sa prose pourrait servir de citation: ” Le maigre est méchant car il a faim et il envie le gros parce que l’autre a bien mangé.”  Comme un Chardonne qui aurait ” fait 68 “…

Les rats rodent…

Si l’on veut avoir une idée jusqu’à quel degré de complaisance perverse peuvent tomber les meilleurs esprits quant il s’agit de juger de la valeur d’une exposition de photos présentée comme un évènement culturel par la quasi totalité de la critique parisienne, je vous recommande de consulter le billet de Pierre Assouline ” Controverses “  et les réactions de ses lecteurs de la République des livres, dont je fais encore partie…Une image, en effet, cet expo, du caractère maniaco-dépressif d’une prétendue élite intellectuelle prête à toutes les  ” expériences de pensée ( !!! ) “. Les rats rodent