Contre-Regards

par Michel SANTO

L’ appel à la raison des marchés et des politiques aussi.

 

 

 

 

Toujours la même rengaine sur les ondes, la télé, les journaux : « Il n’y pas de crise de la dette publique en Europe, et s’il y a une crise c’est de la faute des marchés et des agences de notation. » Dernier raffinement, si on peut dire, entendu ce matin sur France Culture, celui d’un économiste (il est interdit de sourire) de l’O.F.C.E : «  Il n’y a qu’à (notez le YAQUA !) dire que l’Europe garantit l’ensemble des déficits de la zone Euro » En oubliant de préciser que cela suppose une réforme des traités et que les Allemands, de la CDU au SPD, y sont opposés. Du grand n’importe quoi !

Mais arrêtons-nous quelques instants sur ces marchés présentés comme la source de tous nos problèmes. Que représentent-ils en effet sinon des circuits de collecte du fruit du travail de millions de travailleurs qui comptent sur cette épargne pour améliorer leur retraite ou faire face aux difficultés de la vie. Voudrait-t-on nous dire qu’ils devraient accepter d’y renoncer, par la relance de l’inflation et des prélèvements confiscatoires sur leurs assurances vie, notamment, que nos dirigeants politiques irresponsables ne s’y prendraient pas autrement ?

Qui ne voit pourtant que cette crise de la dette est aussi une crise de notre démocratie. Une démocratie qui se moque comme d’une guigne de la gestion de nos finances publiques. Une démocratie et des citoyens toujours prêts à se jeter dans les bras de marchands de promesses qui depuis trop longtemps dressent des montagnes de dettes.

Mais ce temps est fini. Tant mieux ! Le moment est enfin venu de demander des comptes aux sortants comme aux candidats supposés différents. Nous avons besoin de responsables politiques modernes. De ceux qui osent dire la vérité des faits, de ceux pour qui la politique ne se résume pas au bluff permanent.

Si les marchés doivent être rappelés à la raison, les politiques aussi !

Petit hommage à Jean Claude Pirotte.


Deux pleines pages du supplément«Livres et Idées» de La Croix – du jeudi, vendredi 10 et 11 novembre 2011 – sont consacrées, si j’ose dire, à Jean Claude Pirotte. C’est Antoine Perraud qui les signe. Deux pages émouvantes où se mêlent admiration et empathie. Admiration du prosateur et du poète au chant si simple et si sincère. Empathie pour un homme qui n’en finit pas de guérir d’un terrible cancer.

Un poème, ce matin…

   

« Je suis prêt à affirmer que c’est dans le langage que réside le mystère »

 

Mes lectures

 

Pourtant il nous reste encore à célébrer
comme tu le fais
Célébrer ce qui, jailli d’entre nous
tend encore vers la vie ouverte
Ce qui d’entre les chairs meurtries, crie mémoire
Ce qui, d’entre les sangs versés, crie justice
Seule voie en vérité où nous pourrions encore
honorer les souffrants et les morts

Chacun de nous est finitude
L’infini est ce qui naît d’entre nous
fait d’inattendus et d’inespérés
Célébrer l’au-delà du désir, l’au-delà de soi
Seule voie en vérité où nous pourrions encore
tenir l’initiale promesse
Célébrer le fruit, plus que le fruit même
mais la saveur infinie
Célébrer le mot, plus que le mot même
mais l’infinie résonance
Célébrer l’aube des noms réinventés
Célébrer le soir des regards croisés
Célébrer la nuit au visage émacié
Des mourants qui n’espèrent plus rien
mais qui attendent tout de nous
En nous l’à-jamais-perdu
Que nous tentons de retourner en offrande
Seule voie où la vie s’offrira sans fin
paumes ouvertes

François Cheng, A l’orient de tout, Œuvres poétiques, Poésie/Gallimard, 2010, p 322

Je persiste à tirer les masques!

 

« Bonjour Bernard ! Salut Michel ! »

Cela faisait quelque temps que je n’avais pas revu cet ami qui, avant qu’il ne prenne sa retraite, dirigeait le plus grand groupe vitivinicole de la région. Nous nous sommes rencontrés, mon Dieu que le temps passe vite, pour la première fois, lors d’un voyage de trois semaines au Japon organisé par le Conseil Régional. Il représentait son entreprise, j’accompagnais le Président de la collectivité régionale, et les circonstances et les caractères ont fait qu’il est peut-être un des seuls de cette escapade asiatique à me connaître un peu. Je veux dire qu’il sait d’où je viens, socialement parlant, quel fut mon parcours professionnel, et quelles sont mes valeurs à défaut de conviction dont Cioran disait qu’elle était le propre de celui qui n’a jamais rien approfondi. Bernard lit aussi mes billets. Il me le rappelle à chaque rencontre et ces remarques sont toujours bienvenues.

Aujourd’hui, deux d’entre elles sont à l’origine de ce petit texte : je serais très sévères envers les politiques et particulièrement envers la gauche en général et Hollande en particulier : « toi qui les connais bien et qui est plutôt de gauche ! « 

Eh bien mon cher Bernard, justement ! C’est parce que je les connais trop que je sais toute la part de démagogie et de ruses qu’ils sont capables de déployer pour conquérir ou garder le pouvoir. Du côté droit ou du côté gauche, que j’ai loyalement servi en bon technocrate que je fus, les mêmes ressorts et souvent les mêmes passions sont en effet mobilisés. Alors certes, en démocratie, nous ne pouvons pas exiger d’eux de s’en priver comme nous ne pouvons nous passer de leur intermédiation. Mais il y a quand même des limites ! Et j’ai décidé de ne plus les ignorer pour de seules raisons idéologiques.

Surtout en ce moment, où la conjoncture appelle des profils à la Mendès France, je ne peux pas laisser passer le «  réenchantement du rêve français » de l’un et le retour nostalgique au programme du Comité National de la Résistance des autres… Seul le présent seul me sollicite et le   » champ du débat  » est     dramatiquement simple : austérité budgétaire ou inflation généralisée, diminution de la dépense publique ou laminage du pouvoir d’achat et de l’épargne. La seconde hypothèse étant pour l’heure exclue. Je ne vois pas, en effet, dans les deux ou trois ans qui viennent, les pays du Nord de la zone euro accepter que la B.C.E fasse tourner la « machine à billet ». Comme je ne les vois pas non plus se précipiter vers une fédéralisation des politiques budgétaires et fiscales  pour redistribuer les produits de la croissance vers les Etats les plus défavorisés (ce qui est pourtant la solution de long terme).

Alors, mon cher Bernard, dans ce contexte, je persiste et je signe à toujours tirer les masques. Pour ne pas me mentir à moi-même, d’abord ! Et à ceux qui me lisent, ensuite…

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