Je pensais que c’était juste un rhume. Puis la gorge a brûlé, la tête a cogné. La fatigue est arrivée, lourde. J’avais attendu trop longtemps. Vous avez de la chance, Michel, l’infection n’a pas atteint les poumons, m’a dit Virginie. Cortisone et antibiotiques, pour finir.
Le tréfonds vorace de notre espèce, ne déroge jamais à la règle. Une évidence qui vous saute au visage dès les premières lueurs du jour, pour peu que vous preniez la peine d’ouvrir l’œil.
Hier après midi, une scène qui aurait pu s’échapper d’un chromo d’antan. Un homme pousse une de ces carrioles enfantines dont on attend, par réflexe atavique, qu’elle dissimule un enfant. Il marque une pause au bas de la promenade des Barques. Nulle layette ne garnit l’alcôve mobile, mais bien un petit cabot, affairé à se composer une majesté de souverain en exil, juché sur son trône de pacotille. Notre homme arbore l’allure nonchalante d’un chambellan au vestiaire fatigué. Et le canidé, sans aboiements intempestifs observe l’agitation citadine d’un regard impérial.
Ainsi donc, l’humble promeneur, poussait un landau comme on pousse un destin, en serviteur zélé d’une royauté canine.
Retour des Halles et café à la terrasse du Mirabeau. Sur le cours du même nom, les chapiteaux blancs du salon du livre. Une jeune femme, s’approche de ma table. Elle voudrait m’offrir un poème me dit-elle. J’accepte, d’un geste. Elle se penche vers moi et déclame ce poème de Charles Cros. Sa voix a des parfums vanillés, et son beau regard noir brille sur son beau visage cuivré. Un instant ensoleillé.
« Il n’y aura plus jamais d’été. J’imagine avoir lu déjà cette petite phrase quelque part. À moins que je l’aie écrite dans un autre temps d’une autre vie. J’avale un pinot blanc que je crois avoir vinifié de mes propres mains, tant son bouquet m’est devenu familier. Il n’y aura plus jamais de pinot blanc, en Alsace ni nulle part. Jamais d’automne. »
Une chute. Lourde.Les secours dans la chambre.Elle cherche son regard.Le transport aux urgences. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime chargement… […]
La salle est blanche, clinique. Elle est assise, une bulle de plastique et d’ondes sur les oreilles. Quinze ans, peut-être. Son pouce balaie l’écran du téléphone. Le monde s’arrête […]