Contre-Regards

par Michel SANTO

Questions à Georges Frêche et à Midi Libre.

Dans cette interview vidéo, en répondant à la dernière question, Georges Frêche (G.F) nous dit qu’il   » a pris  » un Languedoc Roussillon placé au 23ème rang des régions françaises (faux: il y en a 26, et le classement en question ne concerne que les 22 régions métropolitaines), qu’il est à présent ( nous sommes en 2008!) au 12ème rang (toujours faux : voir ci-dessous)  et qu’il entend l’amener au 4ème (en prenant quel critère? Si c’est l’un des deux premiers, c’est tout simplement absurde).Et la presse régionale, toujours aussi nulle en ces matières, de reprendre ses propos comme paroles d’évangile.

Quant est-il donc exactement.

Constatons d’abord que le critère utilisé, pour le premier classement, est le PIB/habitant, et celui du second le PIB,  l’année de référence étant 2002 (source INSEE).C’est à dire une année où G.F, n’était bien sur pas aux affaires. Et que disent précisément les chiffres de cette période ? En premier lieu, que le PIB du Languedoc-Roussillon, qui représente 3 % de la richesse nationale  situe le Languedoc-Roussillon au 11e rang des régions métropolitaines. Que si l’on prend en compte le PIB par emploi, la région améliore légèrement son rang, passant à la 10e place. Enfin, qu’au niveau du PIB par habitant, la situation se dégrade sous la double influence de la faiblesse du taux d’activité et du nombre élevé de chômeurs plaçant le Languedoc-Roussillon à l’avant-dernière place des régions métropolitaines, juste avant la Corse. Eurostat, en livrant les derniers chiffres disponibles, ceux de 2005, nous apprend même que la Corse nous passe devant pour le PIB/habitant et que nous gagnons une place pour le PIB…

La manipulation est, si je puis dire, limpide et grossière : G.F prend le PIB/habitant de 2002 pour débuter son raisonnement (21ème rang et non 23ème en réalité) et charger son prédécesseur, puis il enchaîne par le PIB de la même année 2002 (11ème rang et non 12ème)  pour illustrer l’extraordinaire performance de sa gestion depuis… 2006!!! Une comparaison avec des indicateurs différents, d’une même année et sur plusieurs années (?!!), s’appuyant sur des stats, au mieux de 2005.CQFD.

Voilà comment la presse est utilisée comme un des vecteurs du plan de communication du président de la Région, concourrant ainsi à la désinformation de ses lecteurs. Autre hypothèse, les journalistes ne font pas leur travail par paresse, « jemenfoutisme », trop de stress, ou incompétence. Peu importe après tout, le résultat est le même. Qui s’en soucie? Personne.

L’allègre bon sens de Claude.

Dans ma revue de presse de ce matin, je note ces remarques de bon sens de Claude Allègre formulées sur une grande radio nationale et reprises dans le Figaro :

( Le problème de l’exécutif est qu’il croyait «piloter une Formule 1, et qu’il se retrouve au volant d’un tracteur, puissant, mais qui n’avance pas». Cette «inertie» explique que «Nicolas Sarkozy se prenne le manche du râteau dans la figure», autrement dit une chute dans les sondages et une défaite aux municipales. Si les électeurs ont sanctionné un bilan qu’il juge, pour sa part, «pas mauvais», c’est à cause du «décalage entre les annonces et les résultats». Et selon lui, «tant que ça durera», l’opinion continuera d’exprimer son «mécontentement», malgré les «changements de posture» du président qui, a-t-il souligné, «ne l’ont pas fait remonter dans les sondages».

En tant qu’«observateur», cette fois, Claude Allègre a aussi donné son avis sur la préparation de la présidentielle à gauche, en confiant avec humour : «Je ne voudrais pas nuire à la candidature de Bertrand Delanoë en disant que c’est le meilleur candidat.»)

Ce sera tout pour ce Lundi de Pâques…

 

Les raisons d’une victoire ( ou d’une défaite ).

A Narbonne, la campagne des municipales fut, pour l’essentiel, digne. Et Jacques Bascou l’a nettement emportée : 57%. Cette sévère défaite de Michel Moynier vient de loin et il ne peut , pour l’expliquer, s’en tenir qu’à des facteurs externes :  une  presse malveillante (facile!), l’effet Sarkozy (trop simple!)… voire à l’usure du pouvoir ( un peu plus sérieux!).
Ces facteurs doivent certes être pris en compte, mais il ne me semble pas déterminants. En réalité, malgré la présentation d’un bon bilan et d’un bon programme, cette sanction des électeurs s’explique essentiellement par des raisons qui tiennent à la forme, au style même de la gouvernance conduite par la municipalité sortante.
Une gouvernance héritée d’une histoire marquée par une opposition frontale aux principaux acteurs institutionnels locaux de gauche et un « apolitisme » de combat établit il y a trente ans par son fondateur, Hubert Mouly. Une histoire qui a profondément structurée des pratiques et  une culture de « ville assiégée », en totale contradiction, aujourd’hui, avec les réalités d’une société locale plus « éclairée », plus ouverte, plus diversifiée. 
Bien que cela soit difficile à entendre, on ne peut pas ne pas constater, en effet, une demande de la société civile de  » participation  » à la définition et à la  » mise en oeuvre  » des politiques publiques .Et cette attente, les électeurs narbonnais ont considérée qu’elle n’avait été ni entendue ni satisfaite . Les conditions dans lesquelles la piétonisation et le plan de circulation ont été mis en place à deux  ans des élections, par exemple, ont révélé (à tort ou à raison , peu importe après tout!) l’ampleur de ce déficit d’écoute et de dialogue cristallisant définitivement dans l’esprit des narbonnais l’image d’un maire «  passant systématiquement en force. « 
Sur le plan institutionnel ensuite, en prenant l’initiative (juste et nécessaire) de la création d’un nouvel espace de gestion (la Communauté d’Agglomération de la Narbonnaise, le SYCOT…) avec des communes environnantes en majorité « hostiles » au plan politique Michel Moynier signait, de fait, la fin du « Moulysme » et de sa culture politique sans en tirer cependant toutes les conséquences, notamment , dans ce domaine aussi, quant à son style de « management » forcément inadapté à ce nouvel environnement institutionnel (CAN, Parc Naturel Régional, Pays de la Narbonnaise…) structurellement plus ouvert et  plus coopératif.
Dans ce contexte, il suffisait à J. Bascou de bâtir une liste et de construire une campagne qui, par « effet miroir »  mettent en relief ces contradictions résultant d’une manière de faire propre à Michel Moynier combinée à une forme  » politique » et à un style de gouvernance manifestement en fin de cycle .
Ce fut fait…On connaît la suite !

Deux ans pour agir à froid!

Comment se répartissent, dans la coalition des électeurs qui a fait perdre à «  la droite » les élections municipales, les mécontents et les impatients ? Ceux qui veulent plus de réformes et ceux qui n’en veulent pas ? Les défenseurs des droits acquis et ceux qui en veulent moins ? Bien malin celui qui peut répondre à ces questions ? Aussi je ne m’y hasarderai pas. Par contre, il n’est pas trop risqué de dire que sur la manière de conduire les politiques engagées par un gouvernement présidentialisé et médiatisé à l’excès, les Français ont fait passer un message clair : ils ne veulent plus du style moderne et américanisé de Nicolas Sarkozy. Sans pour autant souhaiter un retour au cérémonial monarchique de ses prédécesseurs, ils attendent en effet un peu plus de hauteur, mais sans isolement et avec un peu plus d’empathie, de celui pour lequel ils se sont prononcés afin qu’il engage sans barguigner les réformes nécessaires au pays. Deux ans sans élections sont devant lui…Il lui est donc possible d’agir à froid. La récession exige d’aller vite

La gloire de l’olivier.

images-copie-1.jpgCe dimanche du deuxième tour des élections municipales est aussi celui des rameaux et de la passion. Le porteur de la vérité démocratique ne se rendra pas à la maison commune à dos d’âne et ses fidèles du jour l’acclameront en brandissant des veaux d’or. Mais, dans la liesse générale se propage déjà la sourde opposition entre le poison de la puissance, de la gloire et de l’argent et le souci du bien commun, de la tolérance et de la dignité. Deux lois adverses et  organiquement liées qui rythment le temps de l’histoire. 

  
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