𝐍𝐨𝐭𝐫𝐞.

Quelques mots Par texto

Quelques mots Par texto

Un homme fête ses 86 ans. Le dessert arrive dans une pluie d’étincelles. Sa femme regarde ailleurs. Puis une longue robe rouge traverse la terrasse. Pendant quelques secondes, le cœur se trompe. Cheveux blonds. Yeux bleus. Une lumière familière.

Nous constatons que les adultes sont aujourd’hui plus lourds, plus épais. Ils se couvrent davantage qu’ils ne s’habillent.
Vêtements de maçon. Chaussures de sécurité. Il attend. Une cigarette. Quelques pas.

Photo : André Subirana. Hier, sur les Barques. Un homme. Le regard bas, les mains jointes dans le dos. Il marchait comme si les Écritures l’habitaient, ou un secret plus lourd.

22h41. Depuis la terrasse, la nef de Saint-Just et Saint-Pasteur. Pierre d’or sur ciel noir. Une beauté immobile, presque irréelle. Elle veille encore sur ce que nous avons perdu.

Je marchais dans l’air du soir, doux et frais. Le ciel, hier, à la limite du jour. Une lumière qui ne demande rien. Elle est là, simplement.

Ils s’assoient. Leurs mains se rejoignent. Les doigts parcourent la peau des bras, effleurent un visage. Ils rient.

17 h 30. Le banc des Barques. Le vent remonte du canal.

L’homme occupe le premier banc, au départ du chemin de halage.

La salle est blanche, clinique. Elle est assise, une bulle de plastique et d'ondes sur les oreilles. Quinze ans, peut-être. Son pouce balaie l'écran du téléphone. Le monde s'arrête là.

Hier midi, au début des Barques. Là où la ville se raconte qu’elle est un décor. Ils étaient trois. Un couple de cols verts et leur petit. Neuf et maladroit.