Contre-Regards

par Michel SANTO

Ecrire c’est mentir.


Sur le plateau de mon bureau les ” Propos d’un jour ” de Paul Léautaud, que j’ouvre, comme j’en ai l’habitude, au hasard, et pour tomber sur ceci, page 74 : ” Ecrire…c’est mentir. C’est tout au moins fausser plus ou moins… Que cela devient-il quand il s’agit de critique, et que l’amitié ou seulement la sympathie,- ou la détestation ou seulement l’antipathie,- ou encore la basse malignité, font leur oeuvre… Excès des deux côtés. Je me connais et je connais ce que je fais. Une bonne moyenne entre ces deux extrêmes, voilà le vrai.” Etre exact est bien rare, en effet…

Les vérités que l’on ne veut pas voir…

Alain Rollat, ancien journaliste au Monde de 1977 à 2001, écrivait ceci, le 6 février 2004, à Henri Maler, d’Acrimed : « …Les manuels de journalisme sont bourrés d’exemples de ces vérités que l’on ne sait pas voir, que l’on ne veut pas voir, que l’on voit mais que l’on ne peut pas ou ne veut pas dire… »
C’est ce qui m’est arrivé dans un billet d’humeur j’ai usé à l’égard du même Alain Rollat de moyens qui, à la relecture, m’apparaissent, aujourd’hui, peu glorieux.
Comment ne pas avoir vu, en effet, que, dans son dernier bouquin, “L’assassinat raté de Georges Frêche”, il s’agissait moins, comme je m’en irritais, d’un plaidoyer en faveur de ce dernier que
de l’analyse du traitement médiatique de sa « sortie » sur les sous-hommes. Et pourquoi n’avoir pas dit, surtout, comme me le permettait son ouvrage, qu’en posant de manière implicite l’équation, non seulement absurde mais ridicule, GF=Le Pen, les médias contribuaient ainsi à masquer la véritable personnalité du président de la région  languedoc-roussillon. Un personnage certes hors du commun et certainement pas raciste, de gauche par nécessité et de nulle part par vocation, mais un personnage qui, par son cynisme sans retenu, incarne l’essence même du “politique” quand il se coupe de tout référent moral, si modeste soit-il.
C’est cela que je visais dans ce billet. Et que, par négligence et irrespect à l’égard du travail d’Alain Rollat, j’ai manqué. L’honnêteté intellectuelle exigeait que cela soit dit et le disant de préciser ma pensée. C’est fait !

 

Le mammouth est dans la rue…

Claude Allègre sur radio-classique. Il commente la grève des enseignants et nous dit quelques mots mal-pensants sur les OGM et la Chine.Sans langue de bois, comme d’habitude. On comprend pourquoi les profs ne l’aiment guère.Et pourquoi nous le goûtons…
N.B: Pour 1,3 million de personnes, dont 800 000 enseignants, le budget du ministère a augmenté de dix milliards d’euros depuis 1997 ». En gros, ça fait un milliard d’euros d’augmentation par an. Ouaf!!!

Rendements décroissants?

Les enseignants font grève pour s’opposer à la suppression de postes et les élus de tout bords ne veulent pas entendre parler de leur diminution par la suppression des départements, par exemple, comme le prône J. Attali et, surprise, le groupe UMP de l’ Assemblée. Ce qui les unit ? la sociologie: nombre d’élus viennent de l’Education Nationale, et leurs revenus sont financés par l’impôt. Ce qui les sépare, le pouvoir que confère la loi aux élus d’appliquer aux autres ce qu’ils refusent d’appliquer à eux-mêmes. En l’espèce, la recherche d’une plus grande efficacité dans le service rendu aux contribuables-électeurs et conséquemment la diminution des dépenses publiques et l’allégement de la dette nationale. Car on ne nous fera pas croire que nos 558 102 élus de France métroploitaine, soit 1 élu pour 108 habitants, record du monde absolu et nouvelle exception française, seraient le prix de notre excellence démocratique. A l’inverse, ils marquent plutôt le conservatisme d’une offre institutionnelle pléthorique au rendement décroissant dont le coût n’a cessé d’augmenter. Ainsi,entre 2002 et 2007, les indemnités versées aux maires et présidents d’assemblées locales ont crû en moyenne de 55% ! Et depuis, avec la mise en place des nouveaux conseils municipaux et conseils communautaires, de droite ou de gauche, elles ont explosé … En pleine crise de pouvoir d’achat. Comme les revenus de près de trois patrons sur quatre de grandes sociétés françaises qui,selon une étude publiée en début d’année,ont gagné 40% de plus en 2007 qu’en 2006. Ce qui fait dire à Jean-Claude Juncker, patron de l’Eurogroupe que : “Nous courons le risque de ne plus être compris par nos concitoyens si nous leur adressons d’un côté des appels incessants à la modération salariale” pour freiner l’inflation et que,de l’autre, les chefs d’entreprise et les élus font l’inverse. Extravagants et paradoxaux comportements, en effet!