Parmi toutes celles lues cette dernière fin de semaine (peu, en vérité!), ce passage d’un article deJ.P Enthoven sur Milan Kundera. Un Milan Kundera qui vient d’entrer dans l’illustre Bibliothèque de la Pléiade. Quasi invisible, on le célèbre partout, mais en son absence. Comme on le comprend!
« Toujours il sut se défier de la manie moderne, voire sentimentale, de travestir le réel en une vision extatique et idyllique du monde – mais l’Occident, qui l’accueillit bientôt et le fêta, ne l’entendait pas de la sorte : le Grand Spectacle avait besoin d’un romancier dissident, équipé de la panoplie martyrologique qui va avec. Énorme méprise : Aragon préfaça La plaisanterie (se dédouanant ainsi de son vieux stalinisme) et les gazettes transformèrent le deuxième coup de Prague en inaugural coup de pub. Résultat : Kundera eut du succès, mais on décida de le lire comme un auteur politique- ce qu’il n’était guère.
Pour lui, un romancier n’a pas à être enraciné dans son pays ni dans une idéologie, mais dans des thèmes existentiels qu’il fait varier à l’infini. C’est un anatomiste des passions humaines en pleine possession de sa lucidité critique et sexuelle. D’où le programme kundérien : non au pathétique, au « Bien », au « Mal », à l’illusion lyrique, au tragique et à tous ces trucs qui font vibrer ; oui à la composition, à la fragmentation, à la bifurcation ; oui à l’étude du « décalage » entre ce que l’on croit savoir de soi et ce que l’on est en réalité. Ce faisant, il avait bien l’intention de revenir à la « première mi-temps » de l’histoire du roman (Rabelais, Cervantès…) en l’augmentant de ce que d’autres (Broch, Kafka…) y avaient ajouté en seconde mi-temps. Ses livres, bien sûr, sont fidèles à cette feuille de route : ils grincent, l’émotion y circule moins que l’intelligence, le dérisoire y règne sans partage. Ces machines, bâties comme des partitions où les thèmes s’enlacent et se répondent, sont irrécupérables pour la « dissidence », pour le parti, pour la nation. »
Un vent violent souffle au dessus des toits de Narbonne. Rien d’inhabituel. Il nous vient du Nord, comme d’habitude. Il pousse à grande vitesse vers la mer les eaux menaçantes de nos rivières. Le ciel a retrouvé son bleu lumineux aussi. Un bleu qu’éclairent les amandiers. Finie l’angoisse poisseuse de ces trois derniers jours. Comme si là bas les cerisiers allaient enfin fleurir…
Deux jours sans écrire un mot. Des mots qui sans cesse retournent à leur intrinsèque pauvreté. A leurs limites. Et qui vous laissent muets face à la souffrance de tout un peuple. Un peuple qui vit sur une étroite bande de terre d’un archipel montagneux où tous les jours, tous les jours, tremble la terre et montent les eaux. Un peuple qui sait depuis des millénaires que sa survie dépend de la confiance donnée au groupe, du respect de la discipline collective et d’une solidarité sans faille. Cela, je l’ai compris lors d’un séjour au Japon. Comme j’ai compris leur fascination et leur culte de la floraison des cerisiers. Ce moment éphémère d’une tragique beauté qui manifeste leur profond sentiment d’une extrême vulnérabilité. Son courage et sa dignité ne m’étonnent donc pas. Mais ce qui me révolte, à l’inverse, ce sont les commentaires de nos journalistes qui cherchent, suscitent, provoquent et tordent l’information et les témoignages pour instiller dans nos esprits que la panique occuperait le leur. Le mercantilisme de nos entreprises de presse et la projection de nos propres peurs et faiblesses sur cette immense tragédie humaine faisant, comme d’habitude, cause commune. Je disais ma honte, avant-hier. Aujourd’hui je n’ai plus de mots pour exprimer tout ce que révèle de futilité, de mesquinerie, de lâcheté et de fanfaronnade mêlés ces pratiques hypocritement compassionnelles. Sans doute, suis-je moi aussi dans l’excès. Mais il fallait que ces mots sortent. Qu’ils sortent pour que je puisse faire enfin silence…
Une catastrophe qui me laisse encore sans voix. Un peuple qui souffre dans la dignité. L’apocalypse nucléaire surgissant comme un cheval fou dans nos salons. Des images de fin du monde. Et des images d’hommes et de femmes aussi affrontant des dictatures. A mains nues. Une aubaine pour des potentats embusqués : ils tuent. Sans scrupules. Cependant qu’en France, on glose sur DSK et les « cantonales ». Dérisoire, pathétiquement dérisoire. Ce matin, un vague sentiment de honte m’envahit. Silence !
A Nantes,trois des six salariées de l’espace Simone-de-Beauvoir ont fait grève hier, à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes. Leurs raisons : leur employeur, une association de militantes féministes, «n’applique pas en interne les valeurs qu’elle défend à l’extérieur». Temps partiel «subi» et salaires insuffisants, notamment.
Du côté de la direction, Michèle Frangeul, la présidente de l’espace Simone-de-Beauvoir, financé à 80 % par la mairie, rétorque : «Cela revient à dévoyer le sens de cette journée, où l’on défend les droits universels des femmes.»
En d’autres termes, «mettez nos valeurs sous le paillasson et défendez les chez les autres». La version nantaise du célèbre slogan sartrien : «l’existentialisme est un humanisme». Et un exemple philosophique de la «mauvaise foi» si brillamment exposé par Jean Paul dans son célébrissime texte, le «garçon de café».
A Nantes, il ne pleut pas toujours. On se lâche parfois…Et une petite lueur de «vérité» éclaire les âmes…
Tokyo. Ses néons, ses silences. Un acteur américain usé accepte un emploi dans une agence de « familles à louer ». Il devient père d’un jour, mari de circonstance, ami sur commande. Tout est […]
Le rugby, à ce niveau, est le plus beau des sports collectifs. Ce France–Irlande n’est pas une simple victoire. C’est une démonstration. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime […]
On croit connaître la bassesse des hommes. Puis l’esprit bute sur un fait que la raison ne peut absorber. Quelque chose cède. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime […]
Libération diagnostique un « soft power » en ruine. Le constat séduit. Il est incomplet. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime chargement… […]
. Le bitume est gris, l’écharpe est tricolore. Entre deux villages de l’Ariège, la route serpente, prévisible. Partager :ImprimerE-mailTweetThreadsJ’aime ça :J’aime chargement… […]