Moments de vie : Madame H.

Minuit trente. Sur l’écran, le générique d’Out of Africa. La musique. La lumière. Redford disparaissait dans le ciel d’Afrique. Et soudain, la sonnerie sèche de mon fixe. Madame H.

Minuit trente. Sur l’écran, le générique d’Out of Africa. La musique. La lumière. Redford disparaissait dans le ciel d’Afrique. Et soudain, la sonnerie sèche de mon fixe. Madame H.

Out of Africa. Le film a vieilli. Mais il tient. La lumière du Kenya. Le vent dans les herbes. Deux silhouettes dans l’infini : Meryl Streep, grave. Robert Redford, solaire.

On appelle ça débat démocratique. Des faits. De la raison. Le respect du contradicteur. Balivernes.

Un mois et demi au moins que les médias ne parlaient que de ça. Et que LFI misait sur la prise de l’Élysée. Finalement, le 10 septembre, rien n’a été bloqué. Ou si peu. Et vite dégagé.

Géraldine m’attendait. On aurait dit une adolescente. Menue. Jolie. Ses yeux brillaient comme si elle partait en vacances. Elle est chirurgienne.

Un café. Quatre hommes. Deux journalistes. Deux socialistes. Une phrase lancée à la cantonade : « On fait ce qu’il faut pour Dati. » Une caméra planquée. La vidéo tourne. La toile s’enflamme

New York, 1960. Les bureaux fument. Les verres de whisky s’entrechoquent. Les costumes sont nets, les robes cintrées. Don Draper marche, grand, sombre, un mystère dans les yeux. Il vend des rêves, des cigarettes, l’Amérique. Il charme. Mais il porte un secret, lourd comme une pierre.

Hier matin, il a dit que c’était fini. Qu’il était temps. Qu’il avait eu une belle vie, et qu’il voulait une belle mort.

Avec l’âge, je m’absente souvent du tumulte. Celui des ondes, des médias. Je m’absente comme on ferme un livre qu’on n’a plus envie de lire.

Un avocat lâche tout. Sa femme, sa famille, son confort, sa société bourgeoise et riche. Il veut vivre ailleurs. Plus simple, plus vrai. Dans un quartier pauvre de Paris. Il se trompe. La vérité n’est pas dans les faubourgs. Elle n’est pas dans la bourgeoisie non plus. Elle est nulle part.

Je l’ai sorti de ma pile. Celle de ma cabane. Il m’attendait, massif. Comme les amours de Javier Marías. 373 pages. Roman publié en 2011, traduit en français deux ans plus tard. Je l’ai ouvert comme on avance dans une pièce obscure, tâtonnant, cherchant la voix. Et la voix, c’est María.

Ils se sont croisés à Paris, capitale du feu et des avant-gardes. Ils se sont aimés, admirés, combattus. Parfois frères, parfois rivaux.